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Des femmes séropositives de RDC, après un défilé de mode, mars 2012, Kinshasa, © Junior D. Kannah
Des femmes séropositives de RDC, après un défilé de mode, mars 2012, Kinshasa, © Junior D. Kannah

Les séropositives congolaises défilent pour leur survie

La baisse des financements des bailleurs de fonds fait craindre une détérioration de l’accès aux médicaments antirétroviraux.

«Nous faisons le plaidoyer pour réclamer notre droit, notre accès aux ARV», plaide Judith à quelques pas d’une immense statue blanche de Jésus, trônant dans le verdoyant Centre catholique Nganda, dans l’est de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo C’est là que le 30 mars elle a défilé avec onze autres femmes séropositives pour interpeller les bailleurs de fonds et l’Etat congolais.

Situation d’urgence

Selon Médecins sans frontières-Belgique, à l’origine du défilé, 350.000 patients devraient bénéficier d’ARV mais que seuls 50.000 bénéficient d’un traitement —soit une couverture de moins de 15%. Par ailleurs, quelque 15.000 personnes ont besoin d’ARV de «manière urgente, faute de quoi elles seront mortes d’ici à trois ans».

Seulement, avec la crise financière mondiale, des bailleurs de fonds «se retirent ou diminuent sensiblement leurs subventions, comme le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme» qui est le «principal pourvoyeur d’ARV en RDC», s’inquiète MSF. Dans le même temps, le gouvernement ne décaisse pas entièrement le budget santé alloué à la lutte contre le sida (7%).

Nouveau militantisme

Le défilé s’inscrivait dans le cadre de la campagne «VIH/sida en RDC: l’urgence ignorée» que MSF a lancée le 25 janvier.

«En RDC, c’est devenu comme culturel de lier la Journée de la femme du 8 mars au port du pagne. Dès lors, il paraissait logique, à mon avis, de penser à un défilé plutôt qu’à un concert, par exemple», explique Patient Ligodi, assistant de communication à MSF, qui a eu l’idée du show.

L’Amicale des stylistes a créé deux tenues, dont une en tissu, pour chaque femme.  

«On a essayé d’en parler en groupe pour dire qu’elles sont des personnes normales, que quand on va faire les essayages ou les habiller, il ne faudrait pas qu’on soit un peu distants.Qu’il fallait qu’on les traite comme des clients normaux», confie Noëlla Budjamabe, présidente de l’association et qui a cousu une robe de mariée présentée lors du défilé.

La taille et la corpulence des douze femmes ne sont pas celles de mannequins classiques, mais les stylistes se sont adaptés pour camoufler ici des rondeurs, là des épaules trop frêles.  

«C’est justement pour montrer que ce sont des femmes comme les autres et qu’elles peuvent bien mettre toutes les tenues, mettre leur corps en valeur, même si elles sont porteuses du VIH», précise Noëlla Budjamabe.

Les créations —à dominantes rouge, noire et blanche— étaient, pour beaucoup, assorties du fameux ruban rouge. Aux oreilles et au cou, les mannequins étaient parés des bijoux d’une créatrice qui reprenaient avec du fil ou des perles les courbes du symbole de la lutte contre le sida.

Courage et espoirs

A chaque passage, les femmes délivraient un message en français ou en lingala. Un message  d’espoir lancé avec le sourire, avec une pose glamour ou en clamant un SOS, le visage plus grave. Celui qui revient comme un refrain, et même un cri de guerre:

«Avec les ARV, je suis en bonne santé!»

Les applaudissements étaient nourris, les sourires chaleureux et les regards admiratifs des créations et, surtout, de l’assurance de ces femmes sorties de la clandestinité pour réclamer leur droit de vivre.

La présidente du Réseau national des organisations à assise communautaire (RNOAC), partenaire du défilé, leur a demandé si elles craignaient les répercussions de leur engagement dans un pays où la stigmatisation des séropositifs reste forte.  

«Elles ont répondu: "Non, il en va de notre vie! Aujourd’hui, si nous ne sommes pas là, que deviendront nos enfants? Nous avons tout intérêt à interpeller notre gouvernement pour qu’il achète des ARV et que la vie continue!"», rapporte Clarisse Mawika, également superviseur d’un poste de distribution des ARV à Kinshasa.

Judith, sous traitement depuis quatre ans, est aujourd’hui assez bien portante pour travailler et élever ses trois enfants. Mais elle vit dans l’angoisse permanente que tout s’arrête. Et aussi pétrifiée qu’elle soit, elle martèle qu’il ne faut pas tout miser sur les bailleurs.  

«Les ARV, c’est pour toute la vie, alors que l’Etat prenne vraiment en charge ses responsabilités! C’est ça que nous demandons. Plutôt que les autres viennent par-ci, par-là pour nous aider. C’est au gouvernement de nous aider! Là, les autres vont voir qu’il est responsable, plutôt qu’irresponsable.»

Habibou Bangré, à Kinshasa

 

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Habibou Bangré

Habibou Bangré. Journaliste, spécialiste de l'Afrique. Elle collabore notamment avec The Root.

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