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Laurent Gbagbo le 5 décembre 2011 à La Haye. Reuters
Laurent Gbagbo le 5 décembre 2011 à La Haye. Reuters

Il faut arrêter de penser à Gbagbo

Si les partisans de Laurent Gbagbo embarquent, à leur tour, dans le train de la réconciliation, alors, tout sera possible en Côte d'Ivoire.

Nous avons célébré, le 11 avril, le premier anniversaire de l’arrestation de Laurent Gbagbo, l’ancien président de notre pays. Chacun l’a fait en fonction des sentiments qu’il nourrit à l’égard de l’ancien chef de l’Etat et de celui qui fut son adversaire acharné, celui à qui il ne voulait, pour rien au monde, céder le pouvoir que les Ivoiriens lui avaient donné à travers les urnes.

Pour les partisans de l’actuel Chef de l’État pour qui cette arrestation a signifié la fin d’un long cauchemar marqué par des meurtres, de terribles privations et des exactions sans nom, le 11 avril représente la fin d’une dictature et le retour à la légalité et à la démocratie.

Perte du pouvoir que Gbagbo ne voulait pas lâcher

Pour les partisans de Gbagbo, évidemment, ce 11 avril signifie la perte définitive par leur champion du pouvoir qu’il ne voulait pas lâcher, même au prix de l’incendie du pays tout entier, et le début d’une longue nuit marquée par l’exil pour beaucoup d’entre eux; la prison, la mort et des privations pour certains autres.

Nous revenons de loin. Et, si, malgré tous nos défauts, nous n’étions pas un peuple, somme toute formidable, notre pays se serait retrouvé en lambeaux comme bien d’autres avant lui.

Nous revenons vraiment de loin. Au cours des vingt dernières années, chacun des trois principaux partis politiques de notre pays a eu à expérimenter la perte du pouvoir, les privations, la prison, l’exil, la mort.

Il y a de quoi, pour chacun de nous, ruminer des ressentiments. Mais le chemin qu’il nous reste à parcourir est encore plus long, plus dur et certainement plus passionnant.

Nous avons un pays à construire, à développer. Nous avons à bâtir l’avenir des futures générations. Nous avons le choix entre leur bâtir un futur de haine et de sang ou un avenir de paix, d’amour et de bonheur.

Décider de taire leurs rancœurs

Le choix se trouve vraiment entre nos mains et l’opportunité se présente à nous maintenant. Le choix se trouve surtout entre les mains des partisans de Laurent Gbagbo. C’est à eux de décider, soit de taire leurs rancœurs et de revenir dans la République pour que nous bâtissions ensemble notre pays, soit de rester en marge en rêvant de vengeance, en échafaudant mille plans de reconquête par la force du pouvoir perdu, ce qui ne ferait qu’alimenter une suspicion légitime à leur endroit.

Il faudrait que les partisans de Laurent Gbagbo se décident, une bonne fois pour toutes, à faire leur deuil de leur règne passé et à saisir franchement la main que le Chef de l’État et le chef du gouvernement leur tendent.

Personne ne peut diriger ce pays en excluant l’autre. Notre histoire récente nous l’a suffisamment enseigné, et les tenants du pouvoir actuel, qui ont le plus souffert de l’exclusion, le savent mieux que quiconque. Ils savent qu’ils n’ont aucun intérêt à exclure qui que ce soit. Mais personne dans ce pays ne peut espérer prospérer en s’excluant de lui même.

Le pays avancera sans lui. La question récurrente que tous les journalistes du monde posent est celle de l’absence du parti de Laurent Gbagbo à l’Assemblée nationale. Et la question subsidiaire est celle de savoir si cette absence ne rend pas imparfaite notre démocratie. Oui, et alors? Pouvait-on obliger le FPI (Front populaire ivoirien) à participer aux législatives pour rendre notre démocratie parfaite?

 Fallait-il céder à leur chantage de n’y aller qu’à la condition que Gbagbo soit préalablement libéré? Le FPI n’est pas à l’Assemblée, mais celle-ci existe bien et fonctionnera sans les représentants de ce parti. Toutes les circonscriptions électorales de notre pays sont représentées au Parlement et notre pays avancera sur son chemin.

Si le FPI boycotte à nouveau les municipales et les régionales, cela n’empêchera aucune commune d’avoir son conseil municipal, ni aucune région d’avoir son conseil régional. Il ne restera plus au FPI qu’à utiliser sa capacité de nuisance, ce que plus personne dans ce pays n’est prêt à lui accorder à nouveau. Nous revenons de loin, mais le chemin qu’il nous reste à parcourir est le plus passionnant.

Si nous le parcourons ensemble. Si les partisans de Laurent Gbagbo embarquent, à leur tour, dans le train de la réconciliation, alors, tout sera possible, mêmes des réponses positives à certaines de leurs demandes qui semblaient jusqu’alors utopiques et inacceptables. Et tout le monde dans ce pays retrouvera la paix du cœur, à commencer par les partisans de Laurent Gbagbo.

Venance Konan

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Venance Konan

Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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