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Laurent Gbagbo, à Abidjan, novembre 2003 © REUTERS/Luc Gnago
Laurent Gbagbo, à Abidjan, novembre 2003 © REUTERS/Luc Gnago

Un an après, on ne regrette pas Gbagbo

Pour le quotidien burkinabè Le Pays, les partisans de Laurent Gbagbo doivent sortir de la nostalgie de leur leader pour ne pas définitivement disparaître.

Cela fait un an, jour pour jour, que l’actuel chef de l’Etat ivoirien, le président Alassane Dramane Ouattara (ADO), a accédé de facto à la magistrature suprême de son pays. Une année qui a été mise à profit pour tenter de gagner deux paris aussi herculéens, l’un que l’autre. Le nouveau locataire du palais d’Abidjan avait, en effet, la redoutable charge de tirer son pays du marasme économique dans lequel l’avait plongé la crise engendrée par les turpitudes de son prédécesseur. Il devait dans le même temps réconcilier ses frères et sœurs en vue de l’avènement d’un climat social paisible et sécurisé.

Le nouveau président, mais ancien Premier ministre de feu Félix Houphouët-Boigny, semble cependant sur le point de relever le défi. La moindre des mentions que l’on peut décerner à sa gouvernance, dans un contexte de crise économique mondiale pas très favorable, c’est qu’il a réussi à remettre les secteurs de développement sur orbite. Le gouvernement d’ADO a su reconquérir la confiance de ses partenaires africains et occidentaux, en vue de relancer leurs relations économiques et redynamiser leurs rapports diplomatiques.

La confiance retrouvée

La tenue de conseils des ministres conjoints avec le gouvernement burkinabè, ses visites à la Maison blanche et à l’Elysée sont, pour un début, des preuves palpables de résultats, sinon satisfaisants, du moins encourageants. Une confiance regagnée dont l’un des signes prometteurs fut l’élection, pour la première fois dans l’histoire politique de la Côte d’Ivoire, du chef de l’Etat ivoirien comme président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Le message envoyé par ses pairs de la sous-région en le plébiscitant est, on ne peut plus réconfortant et significatif. Ce n’est ni plus ni moins qu’une façon, pour eux, de le légitimer et d’afficher leur ferme volonté à tourner définitivement la page sombre du bord de la lagune Ebrié et, partant, celle non moins noire de Laurent Gbagbo.

L’on note également avec satisfaction que le pays a été remis sur les rails politiques au niveau national. Le bon déroulement des élections législatives consacre la reprise normale de la vie politique avec l’installation prochaine du parlement, institution centrale de législation, de contrôle et d’imposition. Certes, le boycott du scrutin par le Front populaire ivoirien (FPI), le plus important parti d’opposition, influe négativement sur sa saveur qui n’en est cependant pas moins exquise. Le retour de toutes les formations politiques aux consultations électorales demeure, en ce sens, un des chantiers à poursuivre par l’ensemble de la classe politique ivoirienne.

Le Rassemblement des républicains de Côte d’Ivoire (RDR), qui détient la réalité du pouvoir d’Etat, ne doit point se lasser de se comporter en rassembleur, en offrant sans cesse aux autres l’opportunité de participer à l’animation de la vie politique. A leur tour, les partis de gauche, notamment le FPI, doivent éviter de sombrer dans la léthargie. Celui-ci doit se donner les forces nécessaires de survivre à son ancien président, désormais entre les mains de la Cour pénale internationale (CPI). A force de bouder les urnes, le parti de Laurent Gbagbo s’expose à l’inertie politique qui peut engendrer de fâcheux phénomènes comme l’éclatement ou la mutation régressive. Ce n’est pas en restant à l’écart des sphères de décision par une auto-marginalisation inféconde que les dignitaires du FPI pourront libérer leur mentor de la CPI ou lui préparer un retour triomphal au cas où il en sortirait.

Ne pas sombrer dans l’oubli

Le camp d’en face ne perdra pas le temps à attendre qu’ils finissent de pleurnicher et fassent indéfiniment le deuil de leur gourou pour occuper le terrain. L’une des prouesses du RDR est d’avoir réussi, en tout cas, à faire oublier l’enfant terrible de Mama dont il ne reste pratiquement plus grand-chose des années de règne. L’ombre de Gbagbo a ainsi cessé de planer sur le processus de normalisation de la Côte d’Ivoire, même si, par moments, ses partisans font de l’agitation. Il est heureusement indéniable que les Ivoiriens, du moins ceux qui ont encore en mémoire les actes indignes du prédécesseur de ADO, ne le regrettent nullement. Les patriotes ivoiriens, les vrais, ont mieux à faire que de se faire du mauvais sang pour un gangster électoral qui fut de surcroît un incitateur aux crimes en série.

La reconstruction de l’armée et la poursuite de la recherche de la totale réconciliation sont, de loin, des processus de longue haleine qui méritent plus d’attention. Pour avoir su avec tact, en un an de gouvernance, faire cohabiter «chiens et chats» sans accrocs majeurs, ADO a eu le mérite de sortir son pays de la zone de turbulences. Le pire est donc passé, mais la trajectoire est encore longue pour réussir un vol paisible après ce redécollage réussi. Car, le retour à une Côte d’Ivoire à la fois paisible, prospère et hospitalière doit s’inscrire dans la durée.

Le Pays

 

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