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A Kolwezi, des souvenirs traumatisants, mais pas de commémorations

Fleuron minier de la République démocratique du Congo, la ville de Kolwezi s'apprête à célébrer en toute discrétion le 40e anniversaire de l'intervention franco-belge contre des rebelles katangais, qui a laissé des souvenirs vivaces dans les mémoires des quelques vieux Européens vivant encore sur place.

A part un cimetière à la mémoire des soldats disparus, la capitale de la province du Lualaba vit davantage à l'heure de la fièvre du cuivre et du cobalt, ses deux richesses, que des commémorations de la bataille entrée dans les annales en France et en Belgique.

A part le dépôt de trois plaques par la France, ni les autorités congolaises ni l'ambassade de France n'ont prévu la moindre manifestation dans cette région paisible du sud-est de la RDC épargnée par la violence des groupes armés et l'interminable crise politique autour du départ du président Joseph Kabila.

Quant à la Belgique, qui n'a plus d'ambassadeur à Kinshasa depuis février, il lui aurait été difficile de prendre la moindre initiative officielle, tant les relations de Bruxelles avec son ancienne colonie sont au plus bas.

Malgré les silences de 2018, le magnat George Forrest, 78 ans, et le Belge Willem Boulanger, 85 ans, n'oublient pas que l'intervention franco-belge les a sauvés des rebelles katangais acteurs de la "deuxième guerre du Shaba", après une première insurrection déjà repoussée l'année précédente.

"J'étais visé. Les rebelles disaient que j'étais l'ami de la France et de Mobutu. J'ai été mis au mur pour être exécuté", avait raconté en février à l'AFP l'entrepreneur George Forrest, Congolais de naissance et d'adoption, Belge depuis 1995 et longtemps consul honoraire de France dans la région. Il aura la vie sauve grâce à l'intervention de ses salariés.

 - Qui a tué les 30 Blancs retrouvés dans une maison? -

Willem Boulanger, Belge également, raconte "sa" bataille de Kolwezi qui commence avec les premiers coups de feu des "Tigres du Shaba" le samedi 13 mai à 05h30 (le Katanga s'appelait le Shaba sous Mobutu et l'actuelle RDC s'appelait le Zaïre).

"Ca a duré une semaine, sans pouvoir sortir. Heureusement, nous avions quelques provisions et buvions l'eau de la piscine", raconte l'ex-cadre de la société minière d'Etat Gécamines.

"Nous sommes restés enfermés à la maison jusqu'à l'arrivée des légionnaires français le samedi 20 mai au matin, qui nous ont littéralement sauvés, et ont libéré la ville", poursuit-il.

Mais que de frayeurs pendant cette semaine de tous les dangers : "Au bout de quelques jours, des rebelles katangais ont frappé à ma porte. Ils s'en prenaient surtout aux Français, qu'ils accusaient d'être des mercenaires. Je leur ai dit que j'étais Belge et que je n'avais pas d'armes".

Deux bonnes décennies avant l'arrivée des smartphones, le retraité belge filme le saut des Français sur Kolwezi : "A ce moment-là, on s'est sentis rassurés. On a vu les légionnaires s'avancer en colonne le lendemain sur notre avenue". 

En voyant les parachutistes "blancs" par dizaines dans le ciel de Kolwezi, un Congolais raconte qu'il a d'abord cru à une intervention de soldats cubains venus d'Angola (Mobutu, l'homme fort du Zaïre, accusait les "marxistes" angolais et cubains de soutenir la rebellion).

Une fois au sol, leur discipline a marqué tous les esprits, par rapport au comportement des autres forces en présence, à commencer par l'armée régulière.

"Ma seconde épouse congolaise avait huit ans au moment de l'attaque. Comme beaucoup de Zaïrois, sa famille et elle ont fui en brousse. Ils n'avaient ni eau, ni nourriture. Elle était terrifiée. Il faisait très chaud la journée, et terriblement la froid la nuit. Ils n'avaient rien. Elle en restée très marquée", poursuit M. Boulanger, dont la première épouse belge n'a jamais voulu revenir dans l'ex-Zaïre après leur évacuation en 1978.

Rapidement maîtres de la ville, les "paras" découvrent des dizaines de cadavres de Congolais dans les rues de Kolwezi. "Non loin de chez moi, on a retrouvé une trentaine de cadavres de Blancs entassés dans une maison, y compris de femmes et des enfants", se souvient M. Boulanger.

Des opposants de l'époque et l'écrivain belge David Van Reybrouck, auteur du livre-culte de référence "Congo, une histoire", affirment que ces 30 "Blancs" ont été tués par le régime de l'époque. L'histoire tranchera.

AFP

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