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Au Mozambique, la Renamo sous pression après la mort de son chef Dhlakama

La mort de son chef historique Afonso Dhlakama a mis sous pression le principal parti d'opposition du Mozambique, la Renamo, à la veille des élections locales et en pleines discussions de paix avec un régime de plus en plus autoritaire.

Du président mozambicain Filipe Nyusi aux partisans de la Renamo (Renouveau national du Mozambique), la disparition jeudi du "lider" Dhlakama a pris tout le monde par surprise.

Faute d'un dauphin désigné, la rébellion s'est choisi un patron intérimaire, le général Ossufo Momade, ancien secrétaire général de la Renamo. Il devrait occuper ce poste jusqu'à un congrès qui élira officiellement un successeur.

Ossufo Momade est "un dirigeant provisoire destiné à serrer les rangs dans l'attente du congrès", juge le chercheur français Michel Cahen, spécialiste de la Renamo. "Ce choix montre clairement que les généraux gardent le pouvoir".

La succession d'Afonso Dhlakama reste ouverte. Dans une conjoncture politique nationale plutôt favorable, la Renamo va devoir trancher rapidement.

"Le parti est sérieusement affaibli par (la) mort (de son chef)", estime Alex Vines, du centre de réflexion britannique Chatham House, "mais il va devoir rapidement aboutir à un consensus en vue des élections locales d'octobre où il espérait progresser".

Ce choix pèsera également sur l'avenir des discussions de paix engagées personnellement entre MM. Dhlakama et Nyusi.

La Renamo est rentrée dans le rang à l'issue d'une meurtrière guerre civile (1976-1992). Mais après une succession d'échecs électoraux, l'ex-rébellion a repris les armes en 2013 pour contester la mainmise du Front de libération du Mozambique (Frelimo), au pouvoir depuis l'indépendance en 1975.

- Débat interne -

Afonso Dhlakama a toutefois déclaré une trêve en 2016 et entamé des pourparlers avec M. Nyusi qui semblaient proches d'aboutir.

Un premier accord a déjà été annoncé en février en vue d'une réforme de la Constitution, qui permettrait aux gouverneurs des onze provinces du pays d'être nommés non plus par Maputo mais sur proposition du parti politique vainqueur des élections locales. La Renamo réclamait cette mesure depuis des années.

Le dernier point des discussions en suspens concerne l'épineuse réintégration des "soldats" de la Renamo dans l'armée ou la police.

Telle qu'approuvée par Afonso Dhlakama et le président Nyusi, la réforme de "décentralisation" est cependant très loin de faire l'unanimité dans leurs camps.

Mme Soares a rappelé que le projet prévoyait le maintien auprès du gouverneur élu d'un administrateur tout-puissant désigné par le gouvernement. C'est "un cadeau empoisonné", a-t-elle noté.

Le débat interne à l'opposition ne devrait toutefois pas remettre en cause sa participation aux discussions de paix.

"Je connais les gens de la Renamo. Ils vont d'abord chercher à respecter les souhaits et l'honneur du président Dhlakama. Et ça passe par le maintien du cessez-le-feu", anticipe Daviz Simango, maire de Beira (centre) et ancien de la rébellion.

De l'avis général, le risque de dérapage émane surtout des rangs du pouvoir, où la récente complicité affichée par le président et son rival n'a pas fait l'unanimité.

- 'Contrôle absolu' -

"Les faiblesses de la Renamo peuvent convaincre l'aile dure du Frelimo de tenter d'en profiter pour rétablir son contrôle absolu sur le paysage politique mozambicain et faire dérailler le processus de paix", redoute Alex Vines.

"La balle est dans le camp du gouvernement", confirme Daviz Simango, "il ne faut pas que le parti au pouvoir profite des circonstances pour satisfaire ses caprices".

Ces dernières années, le gouvernement a souvent usé de la manière forte.

En juin 2015, les troupes gouvernementales ont ainsi engagé les hostilités pour tenter de déloger les combattants de la Renamo de leur base de l'ouest.

Trois mois plus tard, le convoi d'Afonso Dhlakama a été attaqué à deux reprises alors que le numéro 1 de l'opposition tenait une série de meetings. Et début octobre 2015, c'est encore l'armée qui a encerclé la résidence du chef de l'opposition à Beira, le convaincant de rejoindre le maquis.

Affaibli par les difficultés économiques et le scandale dit de sa "dette cachée", le pouvoir s'est crispé, multipliant les intimidations violentes. Il pourrait être tenté d'éliminer la Renamo par la force, à dix-huit mois des élections présidentielle et législatives.

"Pour le Frelimo, il est inconcevable de perdre le pouvoir. Ils considèrent que le pays est à eux", souligne Michel Cahen.

"Si les élections locales d'octobre se traduisent par un fort progrès de la Renamo, je crains qu'on assiste à la même situation qu'au Zimbabwe de (l'ex-président Robert) Mugabe", ajoute-il, "un fond de violence permanent à l'encontre de l'opposition".

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