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Burkina Faso - Etrange dévotion autour de la tombe de l'ex-président Sankara

Jamais sépulture n’aura autant alimenté les superstitions au Burkina Faso. Pour la deuxième fois en moins d’un an, la tombe de Thomas Sankara, a été profanée.

Dimanche 1er avril 2012, Moussa Sawadogo a été interpellé alors qu’il s’apprêtait à commettre un sacrifice rituel sur le tombeau du président défunt rapporte le quotidien burkinabè Le Pays.

Après avoir escaladé le mur du cimetière de Dagnoën à Ouagadougou, il a été arrêté par les éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) postés dans le cimetière depuis la première profanation en juillet 2011.

Le profanateur a été surpris alors qu’il venait de poser des objets rituels sacrificiels (noix de cola, pièces de monnaie…) sur la tombe et qu’il se livrait à des incantations.

«Le nommé Sawadogo a déclaré que feu le président Thomas Sankara est son idôle, explique le commissaire central de Ouagadougou. Il déclare être allé faire des prières sur sa tombe histoire d’obtenir ses bénédictions et qu’il intercède pour lui afin qu’il ait au moins son pain quotidien.»

En juillet 2011, des faits semblables s’étaient produits. Un beau matin, les Ouagalais avaient découvert consternés ce qui s’apparentait à un acte de vandalisme contre un symbole national.

«L’épitaphe tombale a été démolie. La dalle centrale de la tombe a essuyé des coups de pioche. Du sang a été versé sur la tombe, faisant penser à un sacrifice sur la tombe», avait dénoncé la Fondation Thomas Sankara pour l’humanité dans un communiqué publiée dans L’observateur Palgaa.

Arrêté en septembre 2011, au cimetière de Dagnöen alors qu’il s’y rendait pour la deuxième fois, l’auteur des faits, Zaksongo Jacob avait été confondu après que l'on ait retrouvé chez lui des "cailloux provenant de l’épitaphe.

Lui aussi avait affirmé avoir fait ça pour améliorer les conditions de vie de ses enfants. Il voulait faire un sacrifice avec les cailloux de la tombe présidentielle, révèle Le Pays.

«Thomas Sankara est un grand homme»

Tous deux se présentent comme des admirateurs de Sankara,«un grand homme», et voient en sa tombe des propriétés mystiques. S’il a été avéré que le premier profanateur ne jouit pas de toutes ses facultés mentales, le deuxième en semble pourvu.

Les internautes Burkinabès considèrent à présent que si les autorités se sont montrées efficaces pour interpeller les profanateurs, elles devraient l’être pour les assassins du capitaine, il y a 25 ans.

Le leader révolutionnaire qui dirigea le Burkina Faso de 1983 à 1987 avait péri assassiné avec 12 de ses compagnons lors du coup d’Etat sanglant du 15 octobre 1987.

Enterrés à la hâte, à peine recouverts de terre, les 13 martyrs avaient finis par recevoir des sépultures dignes.

Un quart de siècle encore après l’assassinat, de nombreux admirateurs viennent se recueillir là où repose le père de la révolution burkinabè.

Lu sur Le Pays, L’Observateur Paalga

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