mis à jour le

Au Mozambique, les militants de la Renamo orphelins de leur chef disparu

Ils se sont serrés sur des bancs en bois, à l'ombre des manguiers. Deux jours après sa mort, les militants de l'ex-rébellion devenue le principal parti d'opposition du Mozambique peinent à croire que leur chef historique Afonso Dhlakama les a quittés.

Comme ailleurs dans le pays, le décès du commandant suprême de la Renamo, âgé de 65 ans, a totalement pris de court ses partisans de Dondo (centre).

Assis devant la permanence du parti, certains pleurent, d'autres se prennent la tête entre les mains, noyés dans la poussière des camions qui filent, à quelques mètres de là, de la grande ville côtière de Beira vers le Zimbabwe voisin.

"Ils sont venus pour se recueillir, chanter, prier et attendre les instructions du parti sur l'organisation de l'enterrement", explique Bernardo Joao, le délégué local.

Très affecté, il explique avoir perdu plus qu'un chef. "Nous considérons Dhlakama comme un +Moïse+ du Mozambique (...) il est venu libérer le peuple qui vivait en esclavage".

Afonso Dhlakama a dirigé pendant trente-neuf ans la Renamo d'une main de fer. D'abord lors de la guerre civile meurtrière qui l'a opposée au Front de libération du Mozambique alors d'inspiration marxiste (Frelimo, au pouvoir), de l'indépendance sur le Portugal en 1975 jusqu'en 1992.

Puis lorsqu'elle s'est muée en parti d'opposition, sans succès. Et encore lorsqu'elle a repris les armes, en 2013. M. Dhlakama vivait lui-même depuis deux ans dans le maquis des montagnes de Gorongosa, pas très loin de Dondo.

Malade, c'est là qu'il est mort jeudi dernier. 

"S'il était tombé pendant la guerre, ça aurait été différent. Mais il a survécu, il est juste mort d'une maladie", note Joao Bernardo, "pour nous c'est aussi une victoire".

- 'Héros' -

A ses côtés, Luisa Jequecene, chemisier jaune à pois noirs, se souvient d'abord de Afonso Dhlakama comme d'un chef de guerre.

"Nous étions ensemble sur le champ de bataille. Il préparait les hommes à lutter contre le régime marxiste, il les entraînaient à libérer des zones", dit l'ancienne combattante du "détachement féminin" de la Renamo, aujourd'hui âgée de 48 ans.

"Le président Dhlakama était une bonne personne", poursuit-elle, "il m'avait choisi avec trois autres filles pour une formation, un cours de politique, destiné à expliquer à nos amies que nous combattions pour nous libérer du régime marxiste-léniniste".

Luisa Jequecene ne sait pas si les négociations de paix entamées par son défunt chef avec le président Filipe Nuysi vont aboutir. Mais elle EST sûre d'une chose. Avec ou sans Afonso Dhlakama, "la Renamo va continuer".

Son "collègue" du parti Carlitos Nhambo Vasco, 44 ans, a lui aussi combattu dans les rangs de la Renamo lorsqu'il avait à peine 15 ans. "Pour défendre la démocratie", dit-il.

A ses yeux, son chef disparu était un "héros" et les atrocités qui lui ont été reprochées pendant la guerre civile des mensonges. "Lorsque l'on se retrouve en face de l'ennemi et qu'on a une arme, c'est à celui qui tirera le premier", plaide-t-il.

Même démenti lorsqu'on évoque les enfants-soldats recrutés en masse par la Renamo. "A 16 ans on est déjà un homme, on peut porter un (fusil d'assaut) AK47", plastronne l'ancien guérillero. "La Renamo recueillait bien des enfants mais c'était parce qu'ils étaient abandonnés par leurs parents, elle s'occupait d'eux".

Depuis jeudi, Carlitos Nhambo Vasco est inconsolable.

"Il va être difficile de combler l'espace qu'il a laissé car il planifiait tout (...) il n'y a personne pour le remplacer, c'est une perte incommensurable", se désole-t-il.

"Nous ne perdons pas seulement un père pour le Mozambique ou pour l'Afrique, mais un père pour le monde entier".

AFP

Ses derniers articles: Niger: les soldats américains libèrent l'otage américain enlevé cette semaine  Présidentielle en Côte d'Ivoire: "désert électoral"  Burkina: ouverture de la campagne électorale pour la présidentielle 

chef

AFP

Guinée: la médiation demande le libre accès au domicile du chef de l'opposition

Guinée: la médiation demande le libre accès au domicile du chef de l'opposition

AFP

Elections en Tanzanie: répression sanglante

Elections en Tanzanie: répression sanglante

AFP

Tunis: le chef de la diplomatie française reporte de trois jours son voyage au Mali

Tunis: le chef de la diplomatie française reporte de trois jours son voyage au Mali

militants

AFP

"Peur que l'espoir disparaisse": au Zimbabwe, militants et opposants face

"Peur que l'espoir disparaisse": au Zimbabwe, militants et opposants face

AFP

Côte d'Ivoire: 10.000 militants rendent un dernier hommage au Premier ministre

Côte d'Ivoire: 10.000 militants rendent un dernier hommage au Premier ministre

AFP

Algérie: peines de prison et condamnations pour des militants du "Hirak"

Algérie: peines de prison et condamnations pour des militants du "Hirak"

orphelins

AFP

Kenya: décès de Daphne Sheldrick, la célèbre "mère" des éléphants orphelins

Kenya: décès de Daphne Sheldrick, la célèbre "mère" des éléphants orphelins

AFP

Nigeria: les orphelins du conflit de Boko Haram dans la jungle urbaine

Nigeria: les orphelins du conflit de Boko Haram dans la jungle urbaine

AFP

Le difficile réapprentissage de la vie pour les orphelins d'Ebola

Le difficile réapprentissage de la vie pour les orphelins d'Ebola