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Mali - Avec les sanctions, les Maliens redoutent une tragédie économique

En prenant des sanctions économiques et financières pour forcer les putschistes à quitter le pouvoir au Mali, les dirigeants ouest-africains "nous mènent à l'abattoir", lâche Bôh, 29 ans, qui, comme beaucoup à Bamako, redoute une tragédie en plus de la guerre.

"On est face à l'avancée des rebelles" et des islamistes qui contrôlent le nord du Mali, "on est dans la précarité économique et ils nous mettent cet embargo", déclare à l'AFP Bôh Diallo, comédien et animateur de télévision.

Lors d'un sommet le 2 avril à Dakar, les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) ont décidé d'un "embargo total" contre la junte militaire ayant renversé le 22 mars le président Amadou Toumani Touré (ATT). Une mise en application de menaces annoncées lors d'un précédent sommet sur la crise malienne le 29 mars à Abidjan, qui avaient déjà suscité des inquiétudes dans ce pays sahélien de plus de 15 millions d'habitants, enclavé et essentiellement approvisionné à partir d'Etats voisins côtiers.

"Je suis contre les sanctions de la Cédéao. Ce n'est pas solidaire, et ce n'est pas contre la junte mais c'est pour tuer les Maliens. Ils nous mènent à l'abattoir, nous. Ca va être une autre tragédie!", s'énerve M. Diallo.

Son sentiment est généralement partagé par des Maliens de tous bords. Parmi eux, ceux qui se disent distants de toute la classe politique comme des putschistes, et ont créé lundi à Bamako "les Sofas de la République" —les Sofas, guerriers ancestraux— pour pousser au dialogue et "sauver le Mali d'abord".

Pour Alioune Ifra Ndiaye, entrepreneur culturel, "c'est vraiment dommage" et "ça va peut-être radicaliser la situation à l'intérieur", déjà peu reluisante avec les attaques des groupes armés et la crise politique née du putsch.

"La situation est chaotique et il y a une urgence, c'est de sortir de l'impasse", dit Ndiaye, 40 ans, pour qui le départ des putschistes du pouvoir, réclamé par les pays ouest-africains, pourrait être une solution. Il appelle à "saisir la perche tendue par la Cédéao".

"Indécent"

Cheick Oumar Sissoko, cinéaste réputé qui fut un ministre du président Touré puis un de ses opposants radicaux et aujourd'hui membre d'un mouvement pro-junte, s'emporte.

"Je suis vraiment surpris par ces sanctions. La Cédéao va trop vite en besogne, c'est incompréhensible".

"Dans la situation de crise actuelle, c'est même un peu indécent de parler de respect de la Constitution et d'oublier l'essentiel: ce qui est en train de se passer dans le Nord", juge Sissoko, réalisateur notamment de "Guimba, un tyran, une époque" et "La Genèse".

"Ils (les assaillants armés) sont en train de casser, tuer, égorger! En plus, il y a ces déplacés et réfugiés", sans compter "la catastrophe alimentaire en cours. Il y a une tragédie qui est en train de se jouer, et on veut sauver la tête d'un homme", ajoute-t-il, allusion au président renversé.

Pour Siaka Diakité, syndicaliste et responsable d'un mouvement anti-junte, la décision de la Cédéao est "inopportune", car elle fera "souffrir les populations maliennes".

"Tous ces décideurs-là ne pensent pas à nous, et c'est nous qui souffrons. J'espère qu'ils vont voir les choses entre eux et s'entendre, parce que la vie est vraiment dure", dit Mariétou Diaby, vendeuse de "tchôkon" (pois sucrés) sur le trottoir d'une grande artère du centre-ville.

Depuis le putsch, elle peine à gagner en trois jours sa recette d'une journée.

"Si cela devient encore plus difficile, ce sera l'équivalent de la mort. Je prie Dieu de nous venir en aide", dit-elle, s'abritant du soleil derrière un morceau de pagne.

Lu sur AFP

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