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Mali - L'angoisse des Français de Bamako

Coup d'Etat, menaçante avancée des rebelles dans le nord: au lycée français Liberté de Bamako, toujours ouvert malgré la crise, on s'inquiète de la situation politique et militaire du Mali, mais c'est plutôt l'attentisme qui prévaut.

12H45, c'est la sortie des classes. Les vendeuses de fruits et boissons fraîches sont là, comme d'habitude, pour satisfaire leurs jeunes clients assoiffés et chahuteurs.

Les élèves sortent avec le sourire, discutent entre amis, flânent à la sortie des cours. Leurs mamans viennent les chercher d'un pas décidé avant de les embarquer dans les 4X4.

La crise que connaît le pays depuis le coup d'Etat militaire contre le président Amadou Toumani Touré le 22 mars, aggravée par l'avancée foudroyante depuis lors des rebelles dans le nord malien, semble bien loin. Elle est pourtant dans toutes les têtes.

"Beaucoup (de familles) sont déjà parties", observe une dame élégante, la quarantaine, avec deux enfants scolarisés dans l'établissement.

"Beaucoup ont également récupéré les dossiers scolaires dans l'éventualité d'un départ" rapide, précise-t-elle.

"Moi je pars!", lâche une femme russe, accompagnée de son mari français, qui sort avec les dossiers scolaires de ses enfants en main.

"Ca fait 15 ans que je vis ici je ne vais pas partir", explique au contraire le père d'un adolescent de 15 ans. "On a la chance de vivre dans un pays où les gens sont très gentils. La vie reprend petit à petit" à Bamako malgré le putsch.

Quant aux rebelles, "les problèmes au nord, c'est un autre problème qui ne nous touche pas ici", assure-t-il.

La plupart des parents d'élèves ont apparemment choisi d'attendre la suite des évènements.

"Situation dangereuse"

"Pour le moment on reste, le lycée est ouvert. Je ne suis pas spécialement inquiet sur la situation à Bamako même", explique Sylvain Notebaert, professeur de mathématiques au lycée.

"Bon après, on ne sait pas comment ça va évoluer. C'est toujours la question", reconnaît-il.

Le ministère français des Affaires étrangères a conseillé à ses ressortissants, "dont la présence n'est pas indispensable, de quitter provisoirement" le pays.

"La situation est dangereuse, (...) elle se dégrade très rapidement", s'est alarmé le 2 mars le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé. Il a jugé nécessaire de "prendre le maximum de précautions", alors que 6 Français sont actuellement retenus en otage dans le Sahel, et que Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont certains éléments combattent au sein des rebelles, désigne explicitement la France comme un cible.

Près de 5.000 Français vivent actuellement au Mali, en grande majorité des bi-nationaux.

"Moi j'ai une petite fille de 4 ans et demi donc je vais peut-être faire l'aller-retour si le lycée reste fermé", explique M. Notebaert.

"Pourquoi pas faire l'aller-retour pour la ramener éventuellement dans la famille? Mais bon, pour l'instant c'est pas d'actualité encore. On attend de voir comment ça évolue", précise-t-il.

Patricia Laval, 42 ans, mère de trois enfants dont deux filles scolarisées au lycée, se dit "inquiète, forcément".

"Inquiète, pas du tout concernant le putsch qu'il y a eu, mais plutôt sur l'avancée des rebelles", souligne-t-elle.

Alors faut-il partir? "Il faudrait vraiment que l'école ferme".

"Si l'école française disait +OK, on ferme par sécurité+, là je me débrouille. Je ne sais pas, je passerai par le Sénégal ou le Burkina. Aucune idée, mais je trouverai un moyen de quitter le Mali parce que je me dis que si l'école française ferme c'est que vraiment, il y a une menace réelle".

Lu sur AFP

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