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Manifestation en faveur du régime militaire à Bamako, le 29 mars 2012. REUTERS/Luc Gnago
Manifestation en faveur du régime militaire à Bamako, le 29 mars 2012. REUTERS/Luc Gnago

Mali - Les Maliens ont tort de refuser l'aide extérieure

Les Maliens ont tort de refuser l'aide de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest).

Les chefs d’état dépêchés par la Cedeao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest) au Mali pour trouver une issue à la crise institutionnelle née dans ce pays à la suite du coup d’état militaire n’ont pu atterrir à Bamako, parce que des partisans de la junte avaient envahi la piste d’atterrissage de l’aéroport.

Les militaires au pouvoir au Mali essayeront certainement de nous faire croire qu’il s’agissait d’une manifestation spontanée de la population qui soutient le putsch et rejette l’action de la Cedeao. Ils ne convaincront qu’eux seuls, tant il est connu qu’il suffit de quelques petits billets de banque pour amener nos populations qui croulent sous le poids de la misère à faire toutes les manifestations spontanées que l’on veut.

Formidable bond en arrière

Pauvre Mali, pauvres Maliens qui ne se rendent pas compte du formidable bond en arrière que leur fait faire ce coup d’État, et qui ne réalisent pas que la Cedeao ne cherche qu’à leur venir en aide. Qui est mieux placé que le président Alassane Ouattara, qui préside la Cedeao, pour expliquer aux Maliens dans quelle aventure hasardeuse et dangereuse ce coup d’État conduit leur pays? Sur les forums de discussion de certaines radios et sur l’internet, nous avons entendu des Maliens dire tout le mal qu’ils pensaient du président Amadou Toumani Touré (ATT).

Un homme politique malien s’est même demandé où était la Cedeao lorsque ATT dirigeait mal son pays. Soit! Même si l’on veut bien admettre qu’ ATT a mal dirigé son pays, le principe du jeu démocratique veut que les citoyens puissent sanctionner par leur vote leurs dirigeants dont ils n’apprécient pas la gestion.

Que le président ATT ait bien ou mal dirigé son pays, l’occasion était donnée aux Maliens de choisir dans un mois l’homme ou la femme qu’ils estiment suffisamment compétent pour diriger leur pays. att ne demandait plus le suffrage de ses concitoyens.

Les Maliens ont aujourd’hui à leur tête des hommes qu’ils n’ont pas élus, dont ils n’ont aucune idée de la compétence à diriger un pays, des hommes qui se sont imposés à eux par la force de leurs fusils. On a connu ce genre d’aventure dans plusieurs pays de notre région, y compris au Mali. Il n’y a pas très longtemps, c’est la guinée qui se donnait en spectacle avec Moussa Dadis Camara, avec toutes les conséquences que ces tristes shows ont eues sur la vie des guinéens. Le tristement célèbre “Dadis show” s’est terminé dans le sang de plusieurs centaines de personnes.

Aider les Maliens à sortir leur pays du piège

L’action de la Cedeao n’a pour objet que d’aider les Maliens à sortir leur pays du piège dans lequel l’ont enfermé des militaires grisés par le pouvoir qui, apparemment, leur est tombé entre les mains par hasard. Au moment où ce pays est ravagé par une rébellion qui est vraisemblablement soutenue par les fous furieux d’al Quaida au Maghreb Islamique (AQMI) qui sévissent aussi au Nigeria à travers la secte Boko haram, la Cedeao ne pouvait pas croiser les bras.

Et Alassane Ouattara, dont le pays a connu une rébellion et failli basculer dans une atroce guerre civile parce qu’un homme n’avait pas voulu respecter les règles de la démocratie, est certainement l’homme qui peut le mieux expliquer aux Maliens le gouffre vers lequel ils courent. L’Afrique de l’ouest, qui aspire depuis tant d’années à la démocratie, ne peut laisser des militaires tuer l’exemple malien.

L’Afrique de l’ouest qui sort de la crise ivoirienne qui fut tout aussi désastreuse pour elle-même que pour tous ses voisins, ne peut laisser le Mali, cette terre qui vit naître quelques-uns des plus grands empires de notre région, se détruire ainsi. Le Mali, pays pauvre parmi les plus pauvres, victime collatérale de la guerre menée contre Kadhafi en Libye, a trop de problèmes en ce moment pour se permettre un tel coup d’État à un mois de son élection présidentielle. C’est toute l’Afrique de l’ouest qui doit se lever pour relever le défi malien.

Venance Konan

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Venance Konan

Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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