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En Tunisie, les jeunes ont des rêves mais ne croient plus

Des rues propres, des transports publics fonctionnels, un terrain de football: les jeunes Tunisiens ne demandent pas la lune, mais la plupart disent douter de la capacité de leurs futurs élus locaux à répondre à leurs attentes.

Pour les municipales du 6 mai, les premières de l'après-révolution, un tiers des électeurs (32%) et la majorité des candidats (29.660, soit 52%) ont moins de 36 ans -la loi prévoit un quota de trois jeunes par liste.

Mais si la jeunesse tunisienne fut le premier moteur de la révolution ayant chassé du pouvoir Zine el Abidine Ben Ali en 2011, elle apparaît, sept années et demie plus tard, largement démobilisée.

Pantalon en tweed ajusté et cheveux gominés, Yosri Aloulou, 22 ans, peste en enjambant ordures et eaux souillées dans la vieille ville de Tunis, pour rejoindre l'appartement familial après sa journée de travail comme serveur dans un café branché de la capitale.

"Tu vois, ça s'appelle rue du Riche, mais à partir de là, c'est plutôt rue du pauvre", ironise-t-il avec ses amis, rageant de voir le contraste entre la médina touristique voisine soigneusement rénovée et leur quartier, Bab Jdid, où les maisons s'effondrent. 

"Je voudrais que la route soit repavée, et les poubelles ramassées, qu'on n'ait plus de l'eau jusqu'aux genoux dès qu'il pleut une demi-heure", énumère le jeune homme, qui a fini le lycée l'été dernier et travaille le temps d'économiser pour se payer des études de cinéma.

"Ici, il n'y a même plus de maison de jeunes, pas un seul terrain de foot", déplore-t-il.

"Des gens du quartier ont fait passer une liste d'idées aux autorités locales, on leur a répondu de voter et qu'on en reparlerait après avec la municipalité élue. Mais je n'irai pas voter, je ne crois pas à leurs promesses", note Yosri.

"Les associations agissent. Eux, c'est du +bla bla+", lance-t-il en désignant un groupe de militants politiques en campagne.

- "Vieux éléphants" -

Désenchantement face au manque d'amélioration et méfiance envers une classe politique qualifiée par certains jeunes de "vieux éléphants": beaucoup disent qu'ils n'iront pas voter pour ce scrutin pourtant crucial dans le but d'ancrer la démocratie à l'échelon local.

A rebours de cette tendance, Wassila Najar, interne en médecine à l'hôpital de la Manouba, en banlieue ouest de Tunis, veut "garder l'espoir qu'un changement est possible".

"Dans ma circonscription, il y a un chirurgien et d'autres gens que je connais qui se présentent, avec de vraies propositions", argue cette étudiante de 29 ans, citant parmi les thèmes de campagne la pollution, la gestion des déchets et les transports.

De fait, les municipalités élues dimanche auront largement plus d'autonomie que celles sous Ben Ali, et plus de prérogatives que les délégations spéciales désignées au lendemain de la révolution pour la gestion courante.

"Pour moi, ce sont les listes indépendantes qui peuvent améliorer la situation, avec des responsables locaux qui connaissent nos problèmes et ont des idées pour les résoudre", avance Wassila.

- "Pure comédie" -

Seuls les islamistes d'Ennahdha et  Nidaa Tounès, le parti fondé par le président Béji Caïd Essebsi, ont réussi à présenter des listes dans l'ensemble des 350 municipalités. Nombre d'observateurs s'attendent à ce qu'ils raflent mathématiquement une bonne partie des villes.

Wassila votera, elle, pour ne "pas laisser le pays à ceux qui nous ont menti et déçus" ces dernières années, en allusion aux deux principales formations actuelles, Nidaa Tounès et Ennahdha.

Après les législatives de 2014, la première, élue sur un programme anti-islamiste, avait rapidement fait alliance avec la seconde, laissant un goût amer à nombre d'électeurs.

C'est justement pour cela que Ghazoua Maaouia, enseignante, n'ira pas voter cette fois, contrairement à 2014, lorsqu'elle avait même été observatrice.

"C'est de la pure comédie toute cette campagne", accuse-t-elle. "Ils s'affrontent sur les plateaux télé, mais le pouvoir passe par des arrangements dans les coulisses, entre les grands partis qui se partagent le gâteau".

Selon cette professeure de sport, qui enseigne dans une école publique du centre-ville tout en achevant un doctorat, "le pouvoir ne sera jamais dans les mains des jeunes", qui ne font "que de la figuration".

"Les jeunes ont des idées, ils font beaucoup de choses sur le terrain associatif, mais ils n'ont aucun pouvoir politique pour faire avancer les choses", juge-t-elle.

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