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Le capitaine Amadou Sanogo, déclarant la restauration prochaine des institutions, 1er avril 2012, AFP PHOTO/Issouf Sanogo
Le capitaine Amadou Sanogo, déclarant la restauration prochaine des institutions, 1er avril 2012, AFP PHOTO/Issouf Sanogo

Mali: Le capitaine Sanogo, un putschiste pas comme les autres

Portrait d’un futur ex-président arrivé au pouvoir par accident.

L’avocat et homme politique malien, Me Kassoum Tapo, n’a pas tort de dire que le capitaine Amadou Sanogo est entré dans l’histoire, d’une façon ou d’une autre. Il aura inscrit son nom dans la liste des chefs d’Etat du Mali, même si c’est pour quelques jours.

Un homme que rien ne prédestinait à diriger le Mali

Pourtant, dans un pays démocratique, rien n’aurait prédestiné ce militaire d’une quarantaine d’années à accéder au pouvoir suprême. Sauf que depuis les indépendances en Afrique, c’est malheureusement le plus court et le plus sûr moyen de se porter à la tête d’un Etat.

Fils d’un infirmier à la retraite, le capitaine Amadou Sanogo est le quatrième d’une famille de sept enfants au nombre desquels on compte deux filles. Son père est originaire de Ségou où il a grandi avant d’intégrer la fameuse école du Prytanée militaire de Kati, sis à une quinzaine de kilomètres de Bamako, la capitale du Mali.

Cette école qui date de l’époque coloniale a déjà vu passer nombre d’officiers africains. Y compris des putschistes désormais célèbres bien avant le capitaine Amadou Sanogo à l’instar du général Mathieu Kérékou, ancien président du Bénin, arrivé au pouvoir à la suite du coup d’Etat du 26 octobre 1972.

Plusieurs sources concordantes, décrivent le capitaine Sanogo comme un homme discret. Celui que son père qualifiait du plus imperturbable de ses enfants. Mais cette discrétion qu’on lui attribue ne fait pas forcément de lui un homme peu bavard si ceux qui le connaissent font l’unanimité sur le fait que ce père de famille de trois enfants est aussi un grand séducteur et un fêtard.

Populaire mais…

Au Prytanée militaire de Kati tout comme à l’Ecole militaire inter armes (EMIA) de Koulikoro où il a officié comme instructeur, il jouissait d’une certaine popularité auprès de la troupe. Rien d’étonnant dans une telle position.

Une popularité cependant quelque peu assombrie à Koulikoro par une affaire de bizutage ayant entraîné la mort de cinq élèves officiers. Ce qui lui valut d’être sanctionné au même titre que tous les responsables, sans qu’il soit pourtant directement mêlé aux sévices corporels, et renvoyé à Kati où il dispensait jusqu’alors des cours d’anglais.

En effet, d’après des sources du Département d’Etat américain citées par la presse américaine, le tombeur du président Amadou Toumani Touré a bel et bien effectué quelques passages aux Etats-Unis. Entre 2004 et 2005 d’abord, puis en 2007 et 2008 et enfin en 2010, il a bénéficié d’une formation de professeur d’anglais.

Au cours de sa brève présidence du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDR), on l’a vu maintes fois arborer le badge des Marines américains. Il s’agit d’un souvenir de son passage à la base des Marines de Quantico en Virginie. La capitaine Amadou Sanogo faisant partie de ceux qui ont bénéficié des formations dans le cadre de la lutte contre le terrorisme au Mali. Plus insolite encore, les gris-gris et le petit bâton de commandement qu’on l’a vu porter et qui sont sans doute révélateurs de sa personnalité.

Putschiste malgré lui

«Je n’ai jamais pensé à un coup d’Etat!» S’en est défendu ce putschiste pas comme les autres. Si on peut lui concéder cela au bénéfice du doute compte tenu du contexte dans lequel il s’est produit, en revanche, son attitude au cours de ses quelques jours au pouvoir prouve à suffisance qu’il n’avait pas le charisme pour diriger le Mali.

En témoignent ses déclarations et ses apparitions qui ont montré qu’il n’avait pas l’envergure d’un président du Mali. Dans une situation aussi critique que celle de son pays, un chef de l’Etat, de surcroît un militaire dont plus de la moitié du pays est entre les mains des rebelles ne saurait se permettre les sourires désinvoltes qu’il affichait. Comme si de rien n’était ou si la gestion d’un pays était un jeu d’enfant ou un dîner de gala.

Les co-auteurs du putsch à l’instar de l’adjudant Astan Doumbia peuvent trouver qu’il est plutôt attentif, sociable et rassembleur, il en faut bien plus pour gérer un pays. «La mort vaut mieux que la honte», aimait à leur répéter le capitaine Amadou Sanogo selon ses proches compagnons.

Un coup de force qui n’a pas arrangé les choses

Il n’empêche que la conquête fulgurante de tout le nord du Mali par les séparatistes touaregs et leurs supplétifs de milices arabes ainsi que leurs alliés d’Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) s’est faite quasiment sans que ses soldats se battent. Ce qui contraste avec sa devise de militaire et son code d’honneur.

Le capitaine Amadou Sanogo que ses détracteurs considèrent comme un militaire «aigri et fougueux» est, qu’on le veuille ou non, entré dans l’histoire de son pays grâce à son coup d’Etat. Sans doute parce qu’il avait une influence certaine sur ses hommes de Kati. Mais c’est maintenant au tour de l’histoire de le juger, à travers l’aggravation situation au nord du Mali que son coup d’Etat a favorisée, de même que les conséquences sociopolitiques et économiques qui s’ensuivront.

En s’engageant à restaurer, le 1er avril dernier, la légalité des institutions républicaines conformément à la Constitution de 1992 et à l’ultimatum de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cédéao), il va quitter la scène politique comme il y est entré. Sans tambours ni trompettes. Pire, sans avoir défendu l’intégrité territoriale du Mali ou le pouvoir qu’il s’était arrogé, mais en laissant derrière lui le statu quo du chaos.

Marcus Boni Teiga

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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