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Manifestation de soutien à la junte, aéroport de Bamako, 29 mars 2012 ISSOUF SANOGO/AFP
Manifestation de soutien à la junte, aéroport de Bamako, 29 mars 2012 ISSOUF SANOGO/AFP

Mali: le dilemme de l'Afrique de l'ouest

La communauté ouest africaine doit faire un choix: affronter les rebelles ou les putschistes.

La situation politico-militaire au Mali va décidément de mal en pis depuis le coup d’Etat du 22 mars dernier. La percée de la rébellion du Nord a atteint son niveau record sous le règne de la junte militaire qui a pourtant pris le pouvoir pour, selon elle, mieux mater les rebelles.

Une attitude naïve face à la rébellion Touarègue

Tel un cancer qui profite d’un facteur favorable pour entamer sa phase de métastase, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) a mis à profit le désordre instauré au sein de l’armée par le putsch, pour avancer. Après Kidal et Gao, Toumbouctou, importante et dernière ville du nord-est malien est tombée dans la gibecière du MNLA.

Le Comité national pour le redressement et la restauration de l’Etat (CNRDR) se trouve empêtré dans de beaux draps et se débat pour en sortir. Le capitaine Sanogo et ses camarades d’armes ont sans doute, tout comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), sous-estimé la situation.

Le CNRDR et la Cédéao ont, en effet, commis l’erreur de croire naïvement que les combattants de l’Azawad allaient observer une trêve avec la confusion qui règne à Bamako. Prise entre le marteau de la rébellion et l’enclume de la Cédéao, la junte se voit déjà obligée de faire un certain nombre de concessions.

C’est ainsi qu’elle s’est favorablement prononcée pour le retour rapide à l’ordre constitutionnel normal. Elle a même commencé à joindre l’acte à la parole en promettant le rétablissement de la Constitution de 1992 et le maintien en l’état de toutes les institutions républicaines, et ce à la veille de l’expiration de l’ultimatum lancé par la Cédéao.

Aucune proposition concrète ni décision courageuse n’ont cependant été enregistrées en ce qui concerne le mode de dévolution du pouvoir pour lequel le pouvoir militaire entend organiser une convention nationale. On ne sait pas non plus quand ces concertations auront lieu.

Peut-on s’attendre à ce que la transition démocratique envisagée par la Cédéao voie le jour à cette occasion? Il serait en tout cas trop tôt pour émettre une hypothèse très proche de la réalité, à partir du moment où en promettant de remettre le pouvoir aux civils, Amadou Sanogo ne dit pas clairement dans quel délai cela se fera.

La Cédéao est sur deux fronts

L’évolution biaisée de la situation de crise au Mali donne ainsi du fil à retordre à la Cédéao qui se retrouve confrontée à un véritable casse-tête, obligée qu’elle est de s’attaquer simultanément à deux fronts. Celui de la junte à qui elle a toujours refusé toute légitimité et celui de la rébellion qui est jusque-là restée sourde à ses appels au dialogue, préférant profiter du désordre créé par le putsch pour gagner du terrain.

L’institution sous régionale a toujours joué sur les deux tableaux diplomatique et militaire afin de mettre toutes les chances de réussite de son côté et de prendre le soin d’épuiser toutes les voies pacifiques. Reste à savoir si les sanctions diplomatiques et financières qu’elle envisage en cas de non-retour à l’ordre constitutionnel seront vraiment opérantes.

Le plus souvent, les populations sont les principales victimes de ce genre de mesures qui ne manquent pas de dégrader considérablement leurs conditions de vie déjà peu enviables. Certes, des sanctions ciblées tels des interdictions de voyager et des gels d’avoirs sont prévues.

Toutefois, l’expérience a montré qu’elles ont rarement eu sur leurs cibles plus d’effet que l’eau sur les plumes d’un canard. La junte malienne en a certainement conscience et risque fort de faire dans le dilatoire en faisant des annonces sans effets juste pour gagner du temps.

Les injonctions de la Cédéao n’auront pas plus de portée qu’un coup d’épée dans l’eau si elles n’allient pas célérité et efficacité. Tout comme sa dernière expédition hâtivement préparée et qui s’est soldée par un atterrissage manqué des avions des chefs d’Etat membres de la délégation de haut niveau, toute mesure prise sur un coup de tête sans avoir été mûrement réfléchie sera vouée à l’échec.

Il ne servira à rien de proférer des menaces de sanctions assorties d’un ultimatum inconséquent alors qu’on n’a pas de moyens de coercition. La tâche de la Cédéao sera d’autant plus titanesque et embarrassante qu’elle devra faire preuve de méthode pour régler en même temps deux situations aussi préoccupantes l’une que l’autre.

Elle devra probablement procéder par priorisation si elle ne veut pas courir le risque d’échouer à normaliser la situation au Mali en dispersant ses forces et ses moyens. La résolution de la crise malienne passera, à coup sûr, par le règlement entier et quasi-simultané des problèmes politiques et militaires que posent la junte et la rébellion. Par quel bout prendre une affaire d’une telle délicatesse? En d’autres termes, faut-il commencer par la question du coup d’Etat ou celle de la rébellion ? Comme le disent les Anglo-saxons, «that is the question.»

Le Pays

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