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Militaires mutins à Bamako le 28 mars 2012.   Reuters Staff / Reuters
Militaires mutins à Bamako le 28 mars 2012. Reuters Staff / Reuters

Mali: le coup d’Etat de trop

Le putsch du 22 mars n’a été finalement qu’une aventure sans lendemain.

Le 22 mars dernier, le président Amadou Toumani Touré que l’on appelle affectueusement par ses initiales A.T.T a été renversé par un coup d’Etat. L'histoire d'une rencontre entre le ministre de la Défense et des militaires du camp de Kati situé à 15 Km de Bamako au sujet de la rébellion touarègue qui a mal tourné. Le chef des putschistes, le capitaine Amadou Sanogo, et ses hommes en ont profité pour s’emparer du pouvoir. Motif de ce coup d’Etat: manque de moyens militaires pour défendre l’intégrité territoriale et incompétence du régime à gérer la crise au nord du pays face à l’avancée des séparatistes touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Elu en 2002 et réélu en 2007, le président déchu s’apprêtait pourtant à quitter le pouvoir à la suite de la présidentielle dont le premier tour était prévu en avril.

On a beau reprocher à l’ex-président Amadou Toumani Touré sa gestion politique et militaire de la crise, la corruption de la hiérarchie militaire et tutti quanti, rien n’autorisait un coup d’Etat dans un tel contexte. Même si des manifestations contre l’ex-président Amadou Toumani Touré à Bamako au sujet des exécutions sommaires de militaires maliens par les séparatistes du MNLA et leurs alliés d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) indiquaient un certain ras-le-bol des Maliens.

Les putschistes impuissant face à l'avancée des rebelles

Après une semaine d’errements, les putschistes ont dû, bon gré mal gré, se résoudre à céder à la pression sous-régionale et internationale. Mais aussi à celle des partis politiques et des organisations de la société civile du Mali. Le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) institué au lendemain du putsch a ainsi fait long feu. Cependant, avant que les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) ne somment les putschistes de restaurer la légalité constitutionnelle, ils n’auront pu rien faire face aux séparatistes touaregs du MNLA.

Bien au contraire, ceux qui prétendaient prendre le pouvoir pour défendre l’intégrité territoriale du pays n’ont assisté qu’impuissants à la chute des villes de Kidal, Gao et Tombouctou. Une démission d’autant plus grave que tout le nord du pays est quasiment tombé sans coup férir du fait qu’ils n’ont pas mesuré la gravité et les conséquences de leur acte. Les condamnations qui ont fusé du monde entier en disent d’ailleurs long.

Le coup d'Etat, une aventure sans lendemain

Le coup d’Etat du 22 mars au Mali n’a été finalement qu’une aventure sans lendemain. Il aura montré au monde entier les visages des putschistes, incapables même dans les meilleures des conditions de gérer un pays. Tant il apparaissait qu’ils n’avaient pas les ressources intellectuelles pour ce faire. Mais cette parenthèse militaire dans l’apprentissage démocratique du pays constitue une régression notable. Et le Mali pouvait en faire l’économie. Surtout que le président déchu avait formellement entrepris de quitter le pouvoir suite à la présidentielle prochaine, après ses deux mandats constitutionnels.

Au-delà du Mali, ce coup d’Etat constitue un mauvais exemple pour les pays d’Afrique de l’ouest et pour toute l’Afrique d’ailleurs. Du moment qu’il indique aux militaires d’autres pays que face à un mécontentement purement corporatiste, ils pourraient toujours tenter l’aventure si les circonstances se présentaient. Quitte à négocier une porte de sortie par la suite, avec à la clé quelques strapontins en guise de contrepartie.

La crise au Mali, une poudrière?

La situation de crise politique et militaire au Mali ne manquera certainement pas d’avoir des répercussions à divers niveaux en Afrique de l’ouest. En soi, il s’agit déjà d’une crise de trop dans une région qui sort à peine de plusieurs convulsions sociopolitiques. Aussi,  la CEDEAO, à travers deux sommets extraordinaires consécutifs a-t-elle mandaté le président Blaise Compaoré du Burkina Faso pour jouer les médiateurs et parer au plus pressé. Au sujet des événements au nord du Mali, le président Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire et président en exercice de la CEDEAO a exprimé ses vives inquiétudes.

Néanmoins, il a précisé:

«nous tenons à l’intégrité du territoire malien. Nous mettrons tous les moyens pour stopper cette rébellion et que le Mali retrouve l’intégrité de son territoire. C’est un devoir pour la sous-région».

Hormis la situation politique et humanitaire dont les pays d’Afrique de l’ouest doivent aussi dorénavant se préoccuper, il y a évidemment celle encore plus lancinante des séparatistes touaregs avec leur allié d’AQMI.

La menace d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI)

L’Afrique de l’ouest, notamment avec les intégristes de Boko Haram au Nigeria et les enlèvements d’occidentaux par AQMI au nord du Mali et en Mauritanie avaient déjà beaucoup d’inquiétudes à se faire. Dans ces conditions, la CEDEAO ne saurait tolérer un quelconque séparatisme au Mali sans que cela donne des idées dans d’autres pays de la sous-région. Qui pis est, quand les séparatistes touaregs sont associés à des intégristes d’AQMI dont on sait que certains d’entre eux sont déjà en train d’infiltrer nombre de pays de la CEDEAO.

Face à ce nouveau péril qui menace toute la sous-région, la réponse à la situation au Mali doit aller au-delà de la crise actuelle. Elle nécessite des mesures appropriées pour y faire face. Au risque de se retrouver un jour dans la même situation que les pays d’Afrique de l’est qui font aujourd’hui face aux Shebabs de la Somalie. Et pour cause, la force militaire de 2.000 hommes que la CEDEAO a pré-positionnée devrait servir sur le terrain malien à décourager toute velléité, une bonne fois pour toute. Car, il faut bien le dire, face à AQMI, la CEDEAO a trop longtemps laissé le Mali seul comme s’il s’agissait uniquement d’une situation malo-malienne. Mais on est actuellement contraint de se rendre à l’évidence, fort de la collaboration, que le séparatisme touareg a bien prospéré sur le terreau d’AQMI.

Marcus Boni Teiga

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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