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Le chef de la junte au pouvoir, Amadou Sanogo AFP PHOTO / HABIBOU KOUYATE
Le chef de la junte au pouvoir, Amadou Sanogo AFP PHOTO / HABIBOU KOUYATE

Mali: la solitude des putschistes

La junte n’a aucun crédit auprès de l’opinion africaine et internationale. Un désaveu qui doit réjouir le président déchu, Amadou Toumani Touré.

Mise à jour du 1er avril 2012: Les rebelles touareg du MNLA affirment "cerner" Tombouctou, dernière ville du Nord du Mali encore contrôlée par l'armée malienne, après s'être emparé le 31 mars de la ville de Gao et avoir "mis fin à l'occupation malienne sur toute la région".

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Jamais une junte n’a été aussi isolée que celle qui a renversé le président malien Amadou Toumani Touré (ATT). Amadou Sanogo, le chef du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDR), et ses hommes sont plus que jamais voués aux gémonies. Tels des indésirables, ils sont présentés comme des fossoyeurs de la démocratie malienne plutôt qu’en redresseurs de tort comme ils veulent le faire croire.

Condamnations unanimes

Car, outre les multiples condamnations qui fusent de partout, dans le monde entier, les putschistes doivent désormais faire face à une fronde interne soutenue par les principaux leaders de la classe politique malienne. En effet, pas plus tard que le 26 mars dernier, de nombreux Maliens (un millier s’il vous plaît) ont pris d’assaut les rues de Bamako pour exiger le départ immédiat et sans condition du capitaine Sanogo et sa bande du pouvoir.

De quoi troubler le sommeil de ces «fantassins» qui croyaient pourtant qu’en alléguant la mollesse et le laxisme du président ATT face à la rébellion touareg et aux multiples prises d’otages d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ils s’attireraient sans coup férir la sympathie de l’opinion malienne et internationale. Que nenni!

Et l’étau semble se resserrer davantage autour d’eux puisque, réunis en session extraordinaire à Abidjan en Côte d’Ivoire, les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) les ont enjoints de quitter sans délai le pouvoir sous peine de sanctions militaires et pécuniaires.

Un unanimisme sans précédent qui, s’il est suivi d’actions concrètes, pourra rehausser l’image de marque de la Cédéao qui dame d’ailleurs le pion à sa sœur puinée, c’est-à-dire l’Union africaine, réputée pour son indolence et son impéritie. Et c’est pourquoi, acculée et coincée jusqu’à l’étroit, la junte qui fait feu de tout bois pour légitimer son pouvoir, appelle les rebelles touaregs à déposer les armes et à venir autour de la table de négociation.

La junte discréditée

C’est à ne rien comprendre. On perd parfois le nord à vouloir suivre la logique de ces prétoriens qui, non seulement confirment par-là qu’ils sont arrivés au pouvoir par défaut, mais semblent aussi manquer d’intelligence politique à tout point de vue.

On s’attendait de fait à ce que ces derniers jouent les Zorro en se jetant sur le casse-pipe des dunes pour en découdre avec les rebelles touaregs; ATT, comme ils le disent, ayant fait la preuve de son incompétence en privilégiant une solution négociée.

Mais le constat est tout autre. Une chose est de prendre le pouvoir, une autre est de savoir s’assumer, surtout quand on se fait passer pour un Don Quichotte. Et c’est sans doute, le président ATT, du fond de son trou jusque-là tenu secret, qui s’en trouvera réconforté de voir que ses contempteurs, ceux-là mêmes qui l’accusent de tous les maux, n’ont pas mieux fait que lui.

Bien au contraire, ils auront contribué à l'enlisement de la crise. De toute évidence, le compte à rebours semble avoir commencé pour la junte malienne qui gagnerait, pendant qu’il est encore temps, à négocier, la queue entre les jambes s’il le faut, une sortie honorable, en gardant toujours à l’esprit que, comme le dit la sagesse:

«Tout ce qui vient par la flûte s’en ira un jour par le tambour.»

Boundi Ouoba (Le Pays)

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