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Libye - Les nomades noirs Toubous dénoncent un «massacre»

Les combats dans la ville libyenne de Sabha (700 km au sud de Tripoli) ont fait 70 morts et 150 blessés, a annoncé le 28 mars le porte-parole du gouvernement libyen, Nasser al-Manaa, rapporte Al-Jazeera.

Ces affrontements à l’arme lourde opposent la tribu Ouled Slimane, qui a soutenu l’ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et les Toubous, une communauté nomade noire déployée dans le sud de la Libye, au Tchad et au Niger.

Les premiers accusent les seconds d’avoir tué l’un des leurs lors d’un braquage de voiture qui aurait mal tourné le 25 mars au soir.

«Il est regrettable que plus de 70 personnes aient été tuées et plus de 150 blessées», a déclaré le porte-parole du gouvernement libyen lors d’une conférence à Tripoli le 28 mars.

Le Conseil national de transition (CNT) a promis des mesures pour ramener le calme et garantir une trève, notament par l’envoi de 3.000 soldats et gardes-frontière, précise RFI.

«Il y a encore des affrontements mais pas aussi intenses», a indiqué Abdelmajid Seif al-Nasser, un fonctionnaire qui a quitté le CNT le 27 mars pour protester contre ces violences, rapporte la BBC.

Or, les Toubous se disent encerclés et dénoncent un «massacre».

Pour réagir à la situation sanitaire, très critique étant donné le manque de moyens médicaux dans le sud, des ambulances supplémentaires et du personnel hospitalier ont été acheminés.

Vidéo amateur tournée à l'hôpital de Sebha le mardi 27 mars 2012.

Nasser al-Manaa a également annoncé l’arrivée sur place d’une délégation ministérielle.

«Cette délégation est chargée d’évaluer la situation, de répondre aux besoins et d’écouter l’opinion publique. Nous espérons que les autorités locales y participeront autant que possible».

Le porte-parole du gouvernement a nié les accusations de représentants Toubous selon lesquelles le CNT et l’armée nationale ont pris part au bombardement du camp de Tayuri, au sud de Sabha. Les combattants Toubous y seraient retranchés.

Depuis plusieurs années, des milliers de Toubous ont émigré des pays limitrophes, notamment du Tchad et du Niger et se sont installés en Libye où ils réclament la citoyenneté.

Le chef des Toubous, Issa Abdelmajid Mansour, dénonce un «plan de nettoyage ethnique», et a déclaré le 27 mars vouloir créer un nouvel Etat.

Le porte-parole du gouvernement libyen a immédiatement réagi, constate l'AFP.

«Le gouvernement n'acceptera pas une entité qui s'appelle la province des Toubous. La Libye est unifiée et celui qui a une opinion ou une idée, il n'a qu'à l'exposer pacifiquement.»

Et d’ajouter: «Il faut que la situation se calme pour pouvoir décider par la suite qui [parmi les Toubous] a le droit de rester et qui ne l'a pas.»

Pour cette ethnie de nomades et de contrebandiers du désert qui dénonçait sa marginalisation sous l'ancien régime de Mouammar Kadhafi, la situation s'est empirée depuis l'arrivée des nouvelles autorités.

Lu sur Al-Jazeera, BBC, RFI

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