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Le conflit agropastoral est "la nouvelle menace sécuritaire" en Afrique de l'Ouest (ONU)

La multiplication des affrontements entre agriculteurs et éleveurs constitue une menace pour les pays d'Afrique de l'Ouest et du Sahel, a prévenu l'ONU jeudi, alors que le Parlement nigérian vient de convoquer le président Muhammadu Buhari pour s'expliquer sur l'escalade de la violence dans son pays.

Selon le représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU, pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel, Mohamed Ibn Chambas, le niveau de violence a augmenté dans toute la région sous l'effet conjugué notamment de la croissance démographique rapide, du changement climatique et de la circulation des armes.

"Le conflit entre agriculteurs et éleveurs est la nouvelle menace sécuritaire dans la sous-région", a-t-il déclaré lors d'une conférence de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) sur le pastoralisme à Abuja.

"Une action urgente est nécessaire pour résoudre les conflits dans les pays qui connaissent actuellement des niveaux élevés de violence entre les éleveurs et les agriculteurs", a ajouté M. Chambas, précisant que des mesures de long terme devaient également être mises en oeuvre pour s'attaquer aux causes du problème.

"Des efforts soutenus de prévention des conflits sont nécessaires pour empêcher la violence de prendre racine et l'Etat doit s'impliquer activement, en travaillant avec les communautés locales", a-t-il dit.

Le pastoralisme représente plus de 60 millions de têtes de bétail en Afrique de l'Ouest et au Sahel, a rappelé le président de la commission de la Cédéao, Jean-Claude Kassi Brou.

Mercredi, les parlementaires nigérians ont voté en faveur de la convocation du président Buhari ainsi que pour "le remplacement des chefs de service et conseillers en sécurité" de l'armée, selon le président de la chambre basse, Yakubu Dogara.

M. Buhari qui est aussi le commandant en chef des forces armées, "doit répondre aux questions pertinentes sur ce que l'exécutif fait pour mettre un terme à la série de meurtres dans différents Etats de la Fédération" du Nigeria, a-t-il ajouté dans un tweet.

"La principale responsabilité du gouvernement est d'assurer la sécurité des hommes et des biens et, en tant que législature forte du mandat de nos électeurs, nous ne pouvons pas continuer à regarder notre peuple se faire tuer de sang froid", a affirmé M. Dogara.

La plupart des violences se sont produites dans l'Etat de Benue où quelque 385 personnes ont été tuées depuis janvier 2017, selon une organisation américaine spécialisée dans les conflits armés intitulée Armed Conflict Location and Event Data Project.

Mardi, deux prêtres et 16 fidèles ont été froidement abattus par une trentaine d'assaillants, en pleine cérémonie de funérailles dans un village de l'Etat de Benue, selon la police. Des émeutes ont ensuite éclaté dans la capitale régionale Makurdi, faisant 11 morts au sein de la communauté musulmane prise pour cible par de jeunes chrétiens en colère.

La "ceinture centrale" du Nigeria, point de rencontre entre un nord majoritairement musulman et un sud principalement chrétien, est secouée depuis des décennies par des affrontements entre agriculteurs dits "autochtones" essentiellement de confession chrétienne et éleveurs peuls nomades, majoritairement musulmans.

Mais ce conflit pour la terre et l'eau, aggravé par l'explosion démographique dans le pays le plus peuplé d'Afrique (180 millions d'habitants), a pris ces derniers mois une dangereuse tournure identitaire et religieuse entre deux communautés devenues irréconciliables.

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