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Nigeria: qui sont les auteurs des violences dans le conflit pastoral?

Les éleveurs musulmans ont été désignés coupables du massacre ayant fait 18 morts dans une église du centre du Nigeria. Mais de nombreuses questions restent posées sur l'enchaînement des violences, dans un contexte politique sensible à moins d'un an de la présidentielle.

Deux prêtres et 16 fidèles ont été froidement abattus mardi à l'aube par une trentaine d'assaillants, en pleine cérémonie de funérailles dans un village de l'Etat de Benue, selon la police.

Le gouverneur de Benue est aussitôt monté au créneau pour condamner ces violences, affirmant que son Etat était "assiégé". Les éleveurs, régulièrement accusés de saccager les fermes agricoles avec leurs troupeaux venus du nord sahélien, sont à nouveau montrés du doigt avec véhémence, le diocèse catholique local les qualifiant de "jihadistes" venus "conquérir Benue".

Mais plusieurs analystes mettent en garde contre des conclusions trop hâtives tant que les auteurs de l'attaque n'ont pas été identifiés, et soulignent le risque d'instrumentalisation politique de cette crise complexe, avant les élections prévues en février 2019.

La "ceinture centrale" du Nigeria, point de rencontre entre un nord majoritairement musulman et un sud principalement chrétien, est secouée depuis des décennies par des affrontements entre agriculteurs dits "autochtones" de confession chrétienne et éleveurs peuls nomades, majoritairement musulmans.

Ce conflit pour la terre et l'eau, aggravé par l'explosion démographique dans le pays le plus peuplé d'Afrique (180 millions d'habitants), a pris ces derniers mois une dangereuse tournure identitaire et religieuse entre deux communautés devenues irréconciliables.

Les éleveurs peuls font office d'"épouvantail", affirme à l'AFP le politologue Chris Ngwodo: "un terme générique pour expliquer l'effondrement de l'ordre public" dans la région.

"Le schéma de l'attaque d'hier était différent des attaques précédentes menées par les Peuls", estime pour sa part Cheta Nwanze, du cabinet de conseil SMB Intelligence basé à Lagos. "A mon avis, quelqu'un tire avantage du problème peul".

Au moins 385 personnes ont été tuées dans le seul Etat de Benue depuis janvier 2017, avec une forte augmentation du nombre de victimes au début de cette année, selon les données du Armed Conflict Location & Event DataProject (ACLED).

- Représailles sanglantes -

Mais aucun incident n'avait jusqu'alors été recensé dans le district de Gwer-East, où s'est déroulé le massacre. Depuis janvier, la plupart des violences ont eu lieu bien plus au nord, à la frontière avec l'Etat voisin de Nasarawa, où sont regroupés les troupeaux de bétail.

"Nos éleveurs n'ont plus le droit de transhumer dans la zone (...). Il est très surprenant qu'une telle attaque ait pu avoir lieu à cet endroit", affirme à l'AFP Danladi Chiroma, le représentant régional de l'Association nigériane des éleveurs de bétail Miyetti Allah (Macban).

"Il y a visiblement un agenda politique" visant à stigmatiser les éleveurs peuls, ajoute M. Chiroma, qui accuse les "milices Tiv" (ethnie locale chrétienne) d'agir en toute impunité, tuant les bergers et volant leur bétail.

De nombreux politiciens nigérians alimentent ces tensions en opposant les ethnies les unes aux autres pour mobiliser leur électorat, selon Idayat Hassan, directrice du Centre pour la démocratie et le développement en Afrique de l'Ouest.

"Cela galvanise la campagne", analyse Mme Hassan, basée à Abuja. "Ethnie contre ethnie, villageois contre villageois: c'est l'un des plus gros problèmes de la campagne électorale pour 2019".

Face à des forces de sécurité très critiquées pour leur passivité, les violences s'inscrivent dans un cycle de représailles sans fin.

Quelques heures après la tuerie de l'église, des émeutes ont éclaté mardi à Makurdi, la capitale de l'Etat de Benue. Des centaines de jeunes en colère sont descendus dans les rues et s'en sont très violemment pris à la minorité musulmane.

Onze corps de commerçants haoussa lynchés à coups de machette ou brûlés vifs par la foule ont été retrouvés mercredi, alors que les tensions restaient palpables en ville, où de nombreux commerces sont restés fermés.

"Les jeunes (Tiv) prennent pour cible tous les musulmans, qu'ils soient peuls ou haoussa", a raconté à l'AFP un responsable du marché à bétail de Makurdi, Garba Mohamed.

"Les gens restent retranchés dans le quartier musulman. Nous ne pouvons plus sortir, il n'y a aucune force de l'ordre pour nous protéger", a-t-il ajouté. "Nous avons peur".

AFP

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