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Tunisie - Le théâtre en plein air est-il une provocation?

Quel est la place de l'art dans l'espace public tunisien? Devrait-il s'exprimer uniquement dans certains lieux au risque d'être considéré comme une provocation?

Ces questions se sont posées le 25 mars à Tunis lorsque des manifestants salafistes ont agressé des artistes et tenté de saboter la manifestation «Le peuple veut du théâtre», rapporte le quotidien tunisien Kapitalis.

Un rassemblement religieux prévu à la Kasbah, devant le siège du Premier ministre, devait être célébré le 23 mars, décrété Journée nationale du Coran par le ministère des Affaires religieuses.

Il a ensuite été reporté au 25 mars, devant le théâtre municipal, endroit où depuis trois mois, une association de comédiens avait prévu de célébrer la journée mondiale du théâtre du 27 mars et jouer quelques saynètes de pièces classiques, explique Rue 89.

Le face-à-face entre les deux groupements a rapidement dégénéré. Des bouteilles d'eau, des verres et des œufs ont été lancés par les manifestants en direction des comédiens qui ont dû être rapidement évacués par la police à l'intérieur du théâtre.

Dans un communiqué du 26 mars, le ministère de la Culture a condamné ces violences affirmant «sa profonde détermination à préserver la liberté d’expression et de création culturelle et artistique».

Appelant au respect du droit à la différence, le ministère de la Culture a insisté sur la nécessité de «poursuivre en justice toute personne qui s’avère impliquée dans ces agressions contre les artistes et dans la destruction de leurs matériels».

Anissa Daoud, comédienne, raconte comment les salafistes ont pris les scènes d’assaut:

«Les comédiens ont été malmenés. Une comédienne a pris un coup violent sur la poitrine. La police leur a demandé de se replier devant les portes du théâtre municipal. Elle leur a assuré qu'elle ne pouvait pas repousser les salafistes, mais a demandé d'attendre deux heures, le temps que la situation se calme», rapporte Rue 89.

Mais selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, «aucune violence n’a été enregistrée au cours des deux manifestations».

Pour les organisateurs de la manifestation, le pire a été évité. Un officier de police a expliqué la stratégie adoptée: «Il ne faut pas radicaliser davantage ces extrémistes en employant la force».

En fin d'après-midi, les comédiens ont obtenu de pouvoir faire une marche silencieuse de quelques centaines de mètres.

Lu sur Kapitalis, Rue89

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