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Les partisans de Macky Sall fêtent sa victoire à Dakar, le 25 mars 2012. REUTERS/Stringer
Les partisans de Macky Sall fêtent sa victoire à Dakar, le 25 mars 2012. REUTERS/Stringer

Wade, mauvais joueur, mais pas mauvais perdant

La presse ouest-africaine se réjouit de l'aboutissement d'un processus électoral sénégalais qui pouvait sembler compromis.

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Aux environs de 21h30, à Dakar, le téléphone sonne : «Monsieur le président, félicitations. (...). Je vous souhaite de réussir à la tête du Sénégal.» C’est en ces termes qu’Abdoulaye Wade se serait adressé à Macky Sall à l’annonce des premiers résultats rapporte le journaliste sénégalais Cheick Yérim Seck sur le site Dakaractu. En réponse, le président nouvellement élu aurait admiré la hauteur d’esprit et la capacité de dépassement de son prédécesseur et ancien mentor.

Mauvais joueur, mais pas mauvais perdant: c’est ce que juge une partie de la presse, en constatant que Wade a sacrifié au rituel du fair-play démocratique.

«L’acte est celui d’un grand homme qui, malgré ses défauts sait accepter sa défaite. Mieux, il a reconnu que “l’élève Macky a dépassé le maître Abdoulaye”» estime Morin Yamongbé, du bimestriel burkinabè Fasozine.

Le bilan de Wade critiqué

Mais tous les commentateurs ne sont pas aussi tendres avec le président sortant. C’est ainsi que dans une tribune publiée sur Dakaractu, le professeur Gorgui Dieng, parle de «La tragédie du président Wade» en référence à une œuvre littéraire d’Aimé Césaire. Il y accuse le président déchu d’avoir commis des erreurs majeures parmi lesquelles la trahison des alliés, le népotisme et le mépris du peuple.

Le blog Patrie Sénégal est encore plus sévère en affirmant que Wade ne quitte pas ses fonctions par la grande porte: «entré dans le palais la tête haute, comme un lion, accompagné d'une jeunesse en liesse, aujourd'hui,(…) il rase les murs pour en sortir.»

Le site d’information Senenews affiche le même ton de la déception. Gorgui (le vieux), est accusé d’avoir perpétué des pratiques qui n’honorent pas la politique sénégalaise:

«En 2000, (date de son élection NDLR) Wade symbolisait l’espoir de tout un peuple qui, avec l’élection du troisième président du Sénégal, avait pensé s’être libéré du joug du népotisme, de la corruption et de la dépolitisation du citoyen sénégalais au profit d’un groupe de politiciens, d’hommes d’affaire et de marabouts affairistes. Hélas, le peuple s’était trompé», écrit le journaliste.

Anciens alliés devenus adversaires, disciple et professeur désormais égaux dans la candidature puis l’accession à la magistrature suprême, Wade et Sall viennent d’inverser les rôles. Pour certains médias, cette succession qui n’aura pas été dynastique mais démocratique porte malgré tout un caractère filial.

L’Observateur Paalga va jusqu’à parler d’un «parricide politique.»:

«Le président-candidat aurait voulu sans doute que ce soit son fils biologique (Karim), qui le “tue”, mais hélas en politique, on ne choisit pas ses adversaires, encore moins celui qui vous terrasse.»

Réussite de l'exercice démocratique

Après une campagne marquée par des violences meurtrières et un premier tour mouvementé, il y a de quoi se réjouir que le second tour du scrutin se soit déroulé dans le calme, écrit le site guineeconakry.info:

«L’enjeu était de taille, mais les Sénégalais ont su bien négocier le cap. Les inquiétudes fondées sur les questions de transparence du processus de dépouillement, de la compilation et de la proclamation des résultats, ne se justifient presque plus, puisque Wade a eu le fair-play de couper court, en reconnaissant la victoire de son ancien PM et, ipso facto, sa défaite.»

Et le journaliste de Fasozine d’ajouter que le dénouement de ces élections constitue un pas de plus pour l’homme africain vers la consolidation de la démocratie. Sans manquer de faire un parallèle avec le voisin malien, ex-élève modèle :

«Du coup, c’est la démocratie sénégalaise qui vient une fois de plus de s’ériger en exemple sur le continent africain. Le triomphe du processus démocratique, à l’actif de tous les Sénégalais est d’autant plus à saluer que des voisins du Pays de la Téranga, notamment le Mali dont le processus démocratique vient de connaître un coup d’arrêt avec le putsch du jeudi 22 mars dernier, et dans un passé très récent, la Côte d’Ivoire qui s’est illustrée négativement par une longue crise postélectorale, (...) constituent des taches noires pour le continent.»

Guinéeconakry.info analyse encore que ce forcing électoral de la part d’Abdoulaye Wade et la campagne mouvementée lui ont fait perdre ses dernières illusions sur sa capacité à aller à contre-courant de ce processus:

«Cette période psychologiquement et politiquement dure aura permis au vieux Wade d'avoir le courage de pouvoir jeter enfin l'éponge du ... pouvoir !»

Abdel Pitroipa

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Abdel Pitroipa est journaliste à SlateAfrique

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