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Des populations de Bamako devant une station-service à Bamako le 23 mars. © Stringer/Reuters
Des populations de Bamako devant une station-service à Bamako le 23 mars. © Stringer/Reuters

Le Mali renoue avec les vieux démons africains

Pour les médias africains, le coup de force qui a renversé le président ATT au Mali menace le modèle démocratique du pays et la sécurité de la sous-région.

Mise à jour du 25 mars (19h16): La France continue de considérer Amadou Toumani Touré comme le président du Mali, a déclaré dimanche le ministre à la Coopération, Henri de Raincourt, en indiquant que Paris n'avait pas réussi à entrer en contact avec lui depuis le putsch du 22 mars. C'est ce qu'indique une dépêche de l'AFP.

«Amadou Toumani Touré reste le président du Mali. Nous essayons d'entrer en contact avec le président malien, nous n'y sommes pas parvenus», a-t-il déclaré lors de l'émission Internationales (RFI, TV5Monde, Le Monde), en précisant que les autres pays, y compris africains, n'ont pas non plus réussi à se mettre en contact avec lui.

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Mise à jour du 25 mars: La junte au pouvoir au Mali cherchait dimanche à consolider son pouvoir après le coup d'Etat militaire de jeudi qui a renversé le président Amadou Toumani Touré, au sort toujours inconnu, au moment où la rébellion touareg dans le nord entend pousser son avantage.

 Quatre jours après le putsch justifié par ses auteurs par l'échec du régime déchu face à la rébellion, tous les regards étaient tournés vers Kidal, une des villes les plus importantes du nord-est.

Le groupe islamiste Ansar Dine (défenseur de l'islam, en arabe), qui est l'une des forces rebelles, a affirmé samedi qu'il s'apprêtait à prendre la cité. Le mouvement, qui veut appliquer la charia (loi islamique) par "la lutte armée", a déjà revendiqué le contrôle des localités d'Aguelhok, de Tessalit et de Tinezawaten (nord-est).

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Si un calme relatif règne à Bamako, la capitale malienne, depuis le coup d'Etat du 22 mars, l'on a tout de même pu observer plusieurs scènes de pillage dans divers endroits de la ville.

C'est ce que révèle le site d'information Maliba info. Le journal parle également d'une flambée de prix de première nécessité. Ainsi, le prix du litre d’essence aurait doublé, fait savoir Maliba.info et des commerces seraient obligés de fermer, afin d'échapper à d'éventuels pillages.

«Tirant à tout bout de rue en l’air sur leur passage, ces militaires sèment la panique au sein des populations qui ne font plus mystère de leur méfiance envers la junte. Les douilles se ramassent désormais comme des  petits pains dans la capitale malienne», rapporte le journaliste.

Préserver les acquis démocratiques

Sur le site d’information sénégalais Dakaractu, l’éditorialiste Cheikh Yerim Seck fait le lien entre les événements qui se déroulent dans le pays voisin et le second tour de la présidentielle sénégalaise qui doit avoir lieu le dimanche 25 mars.

«Le Mali, qui vit une expérience démocratique exemplaire depuis 1991, opère un grave et dangereux retour en arrière. (…) C'est en cela que ce qui se passe aujourd'hui au Mali constitue un sérieux avertissement pour le Sénégal. (…) Faisons un second tour irréprochable à l'issue duquel le vaincu félicite le vainqueur! C'est le seul moyen d'éviter le grave recul chez notre voisin, où l'incertitude sur la durée de la transition annonce d'ores et déjà un cycle d'instabilité.»

En Guinée Conakry, les analyses sur le coup d'Etat au Mali sont beaucoup plus partagées. Le portail d’information Aminata.com appelle à une intervention de la force armée de l’Union africaine dirigée par l’ex-président guinéen, Sékouba Konaté, afin de «restaurer le régime constitutionnel».

 Plus nuancé, le site Guinéeconakry.info analyse les réactions limitées de la communauté internationale:

«Au-delà des premières déclarations (…) on ignore tout de la volonté de ceux qui prétendent avoir pris le pouvoir. C’est d’ailleurs certainement la raison pour laquelle la communauté internationale se limite pour le moment à des condamnations de principe. Quand le CNRDR aura davantage exprimé ses motivations, les opportunités de discussion seront examinées plus sérieusement.»

La presse burkinabè, quant à elle se désole de ce coup de force. Elle estime que le putsch balaie tous les acquis démocratiques réalisés avec Amadou Toumani Touré, le président déchu.  

«(Il) ne méritait pas le sort qui est le sien aujourd’hui. Voilà en effet un soldat qui est sorti du rang ce jour de 1991, pour mettre fin à la dictature de Moussa Traoré; qui a géré une courte transition avant de remettre le pouvoir à un civil démocratiquement élu, là où de nombreux autres auraient légalisé leur affaire; qui est ensuite revenu à la régulière au-devant de la scène en 2002 et qui, ses deux mandats expirés, s’apprêtait à jouir enfin d’une retraite bien méritée (…).», écrit L’Observateur Paalga.

Circonscrire l'incendie

Même consternation en République Démocratique du Congo, où le journal Le Potentiel estime que cet énième coup d’Etat militaire sur le continent est symptomatique de l’ingérence de l’armée dans les affaires politiques:  

«En effet, depuis les indépendances africaines, l’armée a toujours été au cœur du problème. Dans l’Afrique des généraux, des colonels et des capitaines, l’armée a été chaque fois présentée comme un "corps organisé”, susceptible de "sauver” le pays face à des politiciens indisciplinés et gloutons. Mais à la longue, l’armée est devenue un instrument d’oppression, de conservation de pouvoir et de blocage des processus de démocratisation et de développement.»

En Algérie, les conséquences collatérales de la rébellion touarègue se sont manifestées par un afflux de réfugiés dans le sud du territoire national. «Le coup d’Etat militaire, qui a renversé le président Amadou Toumani Touré, aura donc des répercussions inévitables sur la situation sécuritaire au Sahel (...)», écrit El Watan qui relaie la préoccupation des autorités sur l’instabilité croissante d'un pays qui partage 1000 kilomètres de frontière avec l'Algérie.

Le quotidien ivoirien Le Patriote s'en tient, pour sa part, à rappeler les premières initiatives d'Alassane Ouattara, le président en exercice de la Cédéao. Le chef de l'Etat ivoirien a convoqué un sommet extraordinaire  avec ses pairs de la sous-région de l'Afrique de l'Ouest, dans le but de trouver le moyen de rétablir l’ordre démocratique au Mali. Avec, en toile de fond, la crainte que la déstabilisation gagne l’ensemble des pays voisins. Selon le journal Le Patriote, Alassane Ouattara se fonde sur un principe de prévention bien résumé par cette sagesse africaine:  

«Quand la case de ton voisin brûle, hâte-toi de l'aider à éteindre l’incendie de peur qu’il ne s'attaque à la tienne.»

Abdel Pitroipa

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Abdel Pitroipa

Abdel Pitroipa est journaliste à SlateAfrique

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