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François Hollande, mars 2012 © Gonzalo Fuentes/Reuters
François Hollande, mars 2012 © Gonzalo Fuentes/Reuters

Hollande peut-il tuer la Françafrique?

Le candidat socialiste à la présidentielle française veut en finir avec les réseaux de la Françafrique, s’il est élu en mai.

Mise à jour du 22 avril à 20h :François Hollande arrive en tête du premier tour de la présidentielle 2012. Il obtient 28,8% des suffrages face au président sortant Nicolas Sarkozy. Ce dernier arrive deuxième avec 26,10%.  La grande surprise de ce scrutin est la percée de Marine Le Pen qui est le «troisième homme» de cette course à l’Elysée. La candidate du Front national obtient 18,5%, alors que Jean-Luc Mélenchon arrive quatrième avec 11,70% suivi de François Bayrou, 8,80%. Le taux de participation quant à lui est de 80,3%.

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«Je souhaite faire de la France, un partenaire de l’ensemble des nations africaines. Cela implique une coopération débarrassée des formes anciennes héritées de la période post-coloniale dure et tournée résolument vers les défis des sociétés africaines du 21e siècle.»

Le 11 mars 2012, lors d’un point de presse à Paris, François Hollande a levé le voile sur l’orientation qu’il entend donner aux relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique, s’il accède à la magistrature suprême en mai. Des promesses qui rappellent celles qu’avait faites en 1981, le premier président socialiste de la France, François Mitterrand. On sait ce qu’il en est advenu. Jean-Pierre Cot, son jeune et bouillant ministre de la Coopération l’avait pris au mot et ne manquait pas une occasion de faire passer, sans ménagement, le message aux chefs d’Etat africains.

Mais, dès les premiers froncements de sourcils d’Omar Bongo et autres Gnassingbé Eyadéma, François Mitterrand tourne casaque. Jean-Pierre Cot a été remercié en décembre 1982. Remplacé par Christian Nucci. L’ancien maire de Beaurepaire (sud-est de la France) a été chargé d’apaiser et de rassurer les dinosaures africains. Mission qu’il accomplit avec un zèle certain. Christian Nucci finit même par être impliqué dans la ténébreuse affaire du Carrefour du développement. Un scandale portant sur un détournement d’une somme 27 millions de francs (4.116.124 euros), entre 1984 et 1986.

De vieilles promesses

Le second septennat de François Mitterrand n’a pas brillé par ses distances avec la Françafrique. Lors de la 16e Conférence des chefs d’Etat d’Afrique et de France, l’ancien président socialiste avait pourtant conditionné l’aide au développement en direction des pays africains, à l’engagement de ces derniers à enclencher des réformes démocratiques. Malgré le discours de La Baule donc, en juin 1990, la situation a continué à se dégrader. L’un des symboles de cette dégradation étant la nomination du propre fils de Mitterrand, Jean-Christophe, à la tête de la fameuse cellule africaine de l’Elysée. Jean-Christophe Mitterrand, succédant à Guy Penne, va se noyer, à son tour, de 1986 à 1992, dans le marigot africain.

«Il pêche à la ligne avec Mobutu, copine avec le fils d’Omar Bongo qui le promène dans sa Mercèdes couleur framboise, convivial et sans méfiance, il se sent à l’aise dans les micmacs de la Françafrique», écrit l’hebdomaire français Le Point, le 7 novembre 2001.

«Avec Jean-Christophe, nous réglons les petites affaires habituelles. Avec le ministre de la Coopération, nous parlons de la politique africaine de la France», peut-on lire dans le même article qui rapporte une confidence d’un chef d’Etat africain.

François Hollande va-t-il donc réussir à redorer le blason socialiste en Afrique, et réussir là où son illustre aîné François Mitterrand a failli? Comme la plupart des hommes et femmes politiques de sa génération, il n’a pas le tropisme africain. La seule fois où il a publiquement parlé de l’Afrique, c’était au plus fort de la crise en Côte d’Ivoire. Au moment où les escadrons de la mort, agissant pour le compte du régime de Laurent Gbagbo, terrorisaient et tuaient les opposants à Abidjan. Il s’était spectaculairement démarqué d’un certain nombre des éléphants de son parti qui soutenaient leur camarade de l’Internationale socialiste, en déclarant avec fracas: «Laurent Gbagbo est infréquentable.»

Le président du Conseil général de Corrèze est aussi un proche de Lionel Jospin. Un homme connu pour sa rigueur morale. Le seul qui a véritablement tenté de «moderniser et moraliser les relations Afrique-France» en 1998, quand il était Premier ministre. Il y serait, peut-être parvenu, sans la présence de Jacques Chirac à l’Elysée. C’est Lionel Jospin qui, le premier, a enclenché le mouvement de fermeture des bases militaires françaises en Afrique.

Faire comme Obama

Selon Kofi Yamgnane, François Hollande adoptera la même ligne de conduite que Barack Obama, car «il estime que c’est le rôle d’un chef d’Etat de fixer des standards démocratiques élevés et de ne pas légitimer des autocrates en leur rendant des visites de complaisance ou en les recevant aux frais de la République, un jour, pour ensuite les vouer aux gémonies».

Et l’ancien secrétaire d’Etat à l’Intégration de François Mitterrand, désormais l’un des messieurs Afrique du candidat socialiste, d’énumérer pour SlateAfrique, les cinq principales orientations qui devraient caractériser la politique africaine de Hollande:

«Faire un bilan sans complaisance des 50 ans de relations ambigües, illustrées par la Françafrique; lancer une opération vérité sur la politique de l’aide publique française au développement ; refonder les relations avec l’Afrique sur des bases saines (…); prendre en compte l’impératif démocratique sur le continent; participer au renforcement de le sécurité collective en Afrique même si la définition de l’architecture de défense du continent revient d’abord aux organisations régionales et sous-régionales africaines.»  

Antoine Glaser, l’ancien directeur de la rédaction de La Lettre du continent, est plus circonspect:  

«Il m’étonnerait que sa politique africaine soit très éloignée de celles déjà initiée par Nicolas Sarkozy et dont les grandes lignes passent par une normalisation des relations de la France avec l’Afrique. Il y aura de moins en moins une politique africaine de la France, mais une politique de la France en Afrique, comme il y a une politique de la France vis-à-vis des Etats-Unis ou vis-à-vis de la Russie.»

Ce fin connaisseur des arcanes de la Françafrique à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages, précise aussi:

«De toute façon, la France n’a plus le choix. Quelques réseaux franco-africains font encore de la résistance. Mais la Françafrique n’existe plus comme institution, parce que Paris n’a plus les moyens de la maintenir en l’état. L’Afrique se mondialise. La France l’a si bien compris qu’elle tente depuis plusieurs années d’européaniser la politique africaine.»

La percée des hommes neufs

Une chose est sûre. Avec Kofi Yamgnane, François Hollande a choisi de confier le dossier africain à des hommes neufs. Comme Thomas Melonio, un ancien cadre de l’Agence française de développement (AFD), Kader Arif, proche de Lionel Jospin et spécialiste, selon Antoine Glaser, de tout ce qui touche au développement, Pierre Shapira, un adjoint du maire de Paris, Bertrand Delanoë, et Puria Amirshai, secrétaire national du Parti socialiste à la Coopération, la Francophonie, et au Développement.

Ces jeunes mousquetaires pourront-ils résister à la pression des anciens et, en particulier, de ceux qui comme Jean-Marie le Guen et autres François Loncle, ont encore un vrai relationnel voire des réseaux en Afrique?

Il n’a échappé à personne que Laurent Fabius a effectué récemment un bref séjour au Gabon. Dans quel but l’ancien Premier ministre de François Mitterrand a-t-il effectué ce voyage? Etait-il en mission commandée pour rassurer ce pays historiquement très lié à la France en cas de victoire de François Hollande?  

«Il s’y est rendu dans le strict cadre de ses activités privées, en l’occurrence pour donner une conférence de presse sur la formation de cadres gabonais», indique Kofi Yamgnane. Dont acte!

Valentin Hodonou

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Valentin Hodonou

Valentin Hodonou. Journaliste béninois. Spécialiste de l'Afrique.

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