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Pourquoi le militantisme de George Clooney n'aide pas le Soudan

Si l’acteur américain George Clooney voulait faire encore plus parler de lui, l’opération a été plutôt réussie.

Son arrestation, le 15 mars, lors d’une manifestation devant l’ambassade du Soudan à Washington, pour plaider la cause des populations des monts Nouba, vivant au centre du Soudan, continue de susciter de nombreux commentaires.

Ainsi, dans les colonnes éditoriales du Guardian de Londres, la chroniqueuse Nesrine Malik s’interroge sur les réelles intentions de la star hollywoodienne. En se faisant menotter devant les caméras,«George Clooney n’aide pas le Soudan», estime-t-elle, catégorique.

La journaliste met en avant ses origines soudanaises pour voir d’un autre œil l’engagement humanitaire affiché par George Clooney:

«La préoccupation de Clooney n'est pas vraiment les souffrances des populations des montagnes Nouba. Mais, plutôt, une forme d’activisme pour conforter sa célébrité.»

Des propos un peu rudes, mais que la journaliste du Guardian justifie, en expliquant que c’est très souvent le piège dans lequel finissent par tomber nombre de stars.

Où se situe la frontière entre l’engagement pour de grandes causes et le culte de la personnalité? En intervenant parfois dans des causes aussi sensibles, les célébrités ne risquent-elles pas de provoquer un effet contre-productif?

Nesrine Malik essaye tout de même de nuancer:  

«Je ne doute absolument pas de la sincérité et du sérieux de Clooney. C’est admirable qu’il consacre un peu de son temps et de ses moyens à une cause qu’il croit juste. Mais, étant Américain, et en affrontant ainsi de face le régime de Khartoum, ne risque-t-il pas d’attiser la méfiance du Soudan vis-à-vis des Etats-Unis?»

L’article pense que la star de cinéma est un acteur et qu’il doit le rester.  

«Il n’est ni un politicien, ni un universitaire. Caresser ainsi Khartoum à rebrousse-poil ne peut provoquer qu’un effet boomerang.»

Au delà, de risquer de soulever l’ire du régime du Soudan, cela peut susciter, ajoute la chroniqueuse du Guardian, la suspicion auprès de l’opinion qui, sans pour autant soutenir les atrocités commises, s’interroge sur les velléités interventionnistes des puissances occidentales en Afrique.

Nesrime Malik en profite aussi pour «rectifier» des propos de George Clooney. Selon elle, il ne tiendrait pas compte de toutes les subtilités et de toutes les nuances de la situation au Soudan, lorsqu’il déclare que la tragédie des populations des monts Nouba, est «un drame humain taillé sur mesure par le régime de Khartoum».

Lu sur The Guardian

 

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