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Liberia - La Prix Nobel de la paix condamne l’homosexualité

Dans une interview commune avec Tony Blair, la prix Nobel de la paix 2011 et présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf a défendu la loi incriminant l’homosexualité.

Sirleaf, première femme présidente d’un Etat africain en 2006 et réélue en 2011, a déclaré à The Guardian:

«Il y a certaines valeurs traditionnelles dans notre société que nous souhaiterions préserver».

Blair, en visite au Liberia en tant que fondateur de l’Africa Governance Initative (AGI), une œuvre de bienfaisance visant à renforcer la gouvernance africaine, semblait gêné et a refusé tout commentaire sur les remarques de Sirleaf, rapporte The Independant.

Premier ministre britannique pendant dix ans, Tony Blair s’était fait le grand défenseur des homosexuels, notamment en soutenant la loi pour les partenariats civils et en supprimant celles interdisant l’homosexualité dans les forces armées. Converti au catholicisme, il avait même appelé le pape à revoir son opinion sur l’homosexualité.

La législation du Liberia considère la sodomie comme un délit punissable d’un an de prison. Et si, selon le dernier rapport du département américain des droits de l’homme, il n’y a pas eu de récentes condamnations, des activistes anti-homosexuels encouragent au durcissement du code pénal.

Ainsi, s’il est modifié, il pourrait rendre coupable d’un crime de second degré tout homme ou femme, qui aurait «séduit, encouragé, ou aidé une personne du même sexe à se livrer à des activités sexuelles» ou «suscité chez une personne de même sexe à avoir des relations sexuelles».

La peine pourrait aller jusqu’à cinq ans de prison.

Le deuxième projet de loi, ébauché par Jewel Howard Taylor, l’ex-femme de l’ancien président Charles Taylor, punirait le mariage homosexuel de 10 ans d’emprisonnement.

Elle a déclaré que «l’homosexualité est une infraction criminelle. C’est non-africain. Nous considérons que c’est un problème dans notre société. Nous considérons la déviance sexuelle comme un comportement criminel. Nous voulons juste renforcer nos lois. Ceci n’est pas une atteinte aux homosexuels», rapporte The Guardian.

Le débat sur les droits des homosexuels a éclaté au Libéria après que la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton ait déclaré en décembre que l’aide financière américaine tendrait à la promotion de la protection des droits des homosexuels. L’acquisition de ces fonds serait liée à l’application de ces droits.

Et si jusqu’à présent les homosexuels vivaient en secret mais ne craignaient généralement pas pour leur vie, depuis cette annonce d’Hillary Clinton les journaux du Liberia ont publié des articles décrivant l’homosexualité comme une «profanation», une «injure» et une «abomination».

«Si [Sirleaf] tente de dépénaliser les lois relatives à l’homosexualité ce serait un véritable suicide» a déclaré Tiawan S Gongloe, ancien conseiller général, précise The Guardian.

«Sans un gouvernement majoritaire, Sirleaf a besoin du soutien des autres députés pour traiter des autres affaires telles que la corruption, l’exploitation des ressources naturelles du pays et le chômage qui touche les jeunes» a-t-il ajouté.

Le mois dernier, il y a eu au moins six attaques homophobes dans la capitale Monrovia.

«Depuis les six derniers mois, nous avons constaté une recrudescence inquiétante des propos anti-homosexuels, une intolérance et des attaques contre les personnes qui luttent pour les droits des Liberiens homosexuels», rapporte Corine Dufka, chercheuse pour Human Rights Watch dans l’ouest de l’Afrique.

L’homosexualité est interdite dans 37 pays africains. En Ouganda, une loi restreint la liberté pour l’homosexualité bien qu’elle ne contienne plus la peine capitale. Dix femmes ont été récemment arrêtées au Cameroun et accusées d’être homosexuelles, tandis qu’au Nigeria l’homosexualité est punissable de 14 ans d’emprisonnement.

Lu sur The Independent

 

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