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Tunisie - Qui sont les salafistes?

Depuis presque an, les salafistes font parler d’eux en Tunisie.

Dans une interview donnée au «magazine des Tunisiens à l'étranger» 00216, Samir Amghar, spécialiste des mouvements islamistes, donne des éléments pour comprendre un peu mieux la donne salafiste dans le pays qui a chassé le dictateur Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011.

Récemment les salafistes ont fait les gros titres lorsque l’un d’entre-eux s’en est pris au drapeau tunisien acroché à l’entrée de la faculté de Lettre de la Manouba, à Tunis.

Ils ont fait leur apparition sur la scène politique tunisienne. Mais il ne faut pas se méprendre, la mouvance salafiste existait déjà sous l’ère Ben Ali, rappelle Samir Amghar.

«Elle [la mouvance salafiste] est le fruit du retour de diplômés tunisiens partis en Arabie saoudite étudier dans les universités islamiques. Ils ont connu un développement important, produit du succès des chaînes satellitaires salafistes très appréciées des Tunisiens. Elle était tolérée par le régime car elle développait auprès des Tunisiens un discours strictement religieux et très critique à l’égard des islamistes d’Ennahda. Cependant, les salafistes tunisiens ont vécu le départ de Ben Ali comme une véritable délivrance», confie le spécialiste.

Sur la question des financements des partis salafistes, Samir Amghar n’a pas plus d’informations car les réseaux de financements sont opaques. Pourtant il n’exclut pas que ces mouvements entretiennent un lien avec l’Arabie Saoudite et le Qatar. Il rappelle les intérêts politiques de ces deux pays dans la région.

«L’objectif pour l’Arabie saoudite n’est pas de ralentir le processus de démocratisation mais plutôt de disposer de relais pro-saoudiens en Tunisie afin de défendre les intérêts stratégiques du royaume des Al Saoud. N’oublions pas que l’Arabie saoudite aspire à devenir une puissance politique dans la région d’autant plus que se joue entre ce pays et l’Iran une guerre froide.»

Quant aux rapports entre les salafistes et Ennahda, le chercheur ne voit aucune rivalité. Selon lui, le parti islamiste Ennahda trouverait un intérêt à incorporer les mouvements salafistes.

«Ils sont complémentaires. Il y a à mon sens, une division du travail politique implicite entre Ennahdha et les salafistes. Ces derniers ont des positions qu’Ennahda ne pourrait pas avoir», ajoute le spécialiste.

Lu sur 00216 mag

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