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Jihadisme au Sénégal: prison pour un Franco-Sénégalais, début du procès de 30 personnes

Un tribunal correctionnel de Dakar a condamné lundi à 15 ans de travaux forcés pour "terrorisme" un Franco-Sénégalais revenu de Syrie, avant d'entamer effectivement le procès de 30 personnes, dont un imam, reporté trois fois depuis trois mois.

Le procès est le premier de ce type au Sénégal, par le nombre de prévenus, dont l'imam Alioune Ndao, originaire de Kaolack (centre) et trois femmes. Ajourné à trois reprises depuis son ouverture le 27 décembre, il devrait durer plusieurs jours.

Selon l'ordonnance de renvoi lue pendant près de deux heures, ils sont accusés d'avoir voulu créer "une sorte de base" du groupe Etat islamique (EI) dans le sud du pays avant d'étendre leur projet "entre le Sénégal, la Gambie, la Guinée et la Guinée-Bissau".

Auparavant, la même chambre du tribunal avait condamné le Franco-Sénégalais Ibrahima Ly, 34 ans, en détention depuis presque trois ans, à quinze ans de travaux forcés pour association de malfaiteurs et apologie du terrorisme.

Le parquet avait requis la perpétuité contre ce natif de Trappes, en banlieue parisienne, notamment pour s'être rendu en territoire syrien contrôlé par l'EI. Sur son téléphone ont été retrouvés des photos où il tient une arme et une vidéo dans laquelle il exhorte les musulmans au jihad.

Ibrahima Ly et son avocat ont affirmé qu'il était parti en Syrie pour y étudier le Coran et non pour combattre.

Son jeune frère, Mansour Ly, a été condamné en mars 2016 à cinq ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes.

Il faisait partie d'un groupe de quatre jeunes Français dont la tentative de gagner la Syrie quelques jours après l'attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015 avait échoué en raison d'un accident de voiture en Turquie.

Selon l'ordonnance de renvoi, le projet de l'imam Ndao et de ses coprévenus avait pour "cibles les Français, les confréries, les bâtiments publics" et comme méthodes notamment les "attentats suicide".

"La tête de pont de ce groupe est Mokhtar Diokhané", alias Abou Anwar, un des prévenus, ancien élève de l'imam Ndao ayant fréquenté au Nigeria le groupe jihadiste Boko Haram puis arrêté au Niger et expulsé au Sénégal, selon l'accusation.

Des vidéos et autres documents de propagande de l'EI, de l'argent, des téléphones portables et des armes ont été retrouvées chez des prévenus qui ont en outre tenu des "réunions" sous la direction de Mokhtar Diokhané et ses deux épouses, selon l'ordonnance.

Les prévenus, qui nient les faits, détenus pour certains depuis plus de deux ans, sont notamment poursuivis pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", "actes de terrorisme" ou encore "financement du terrorisme".

Dans une autre affaire, le tribunal a en revanche acquitté Assane Camara, âgé d'une trentaine d'années, détenu depuis deux ans, des chefs de complicité d'acte terroriste et d'association de malfaiteurs.

Pays réputé pour sa tolérance religieuse, le Sénégal compte plus de 90% de musulmans, adhérant pour la plupart à l'islam soufi, représenté par différentes confréries.

Il a été jusqu'à présent épargné par les attentats jihadistes, qui ont frappé d'autres pays d'Afrique de l'Ouest.

Mais il a renforcé la sécurité devant les hôtels et de nombreux bâtiments publics après les attentats qui ont touché depuis 2016 le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire, alors que le Mali voisin est le théâtre d'attaques jihadistes quasi quotidiennes.

AFP

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