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Éthiopie - La vidéo qui choque les Ethiopiens

Alem Dechasa, une Éthiopienne de 33 ans et mère de deux enfants, s’est suicidée le 14 mars. Elle s’est étranglée avec son drap dans sa chambre de l’hôpital psychiatrique du couvent de la Croix, à Badaro, au sud-est de Beyrouth, rapporte le quotidien libanais The Daily Star.

Elle y avait été internée par son employeur, responsable d’un bureau de recrutement, qui l’avait battue devant le consulat d’Éthiopie, quelques jours plus tôt, explique L'Orient-Le Jour, un autre quotidien local.

La vidéo d’Alem diffusée par la chaîne télévisée LBCI avait provoqué un vaste mouvement d’indignation dans le pays et n’a pas manqué d’enflammer les internautes sur les réseaux sociaux et sur Youtube, rapporte le réseau mondial de bloggeurs Global Voices.

Étendue par terre devant le consulat d’Éthiopie à Badaro, elle pleure, crie et se débat face à un homme qui la maltraite, la traîne et la fait entrer de force dans une voiture.

Elle gémit et répète en amharique (langue éthiopienne): «Je ne veux pas y aller». Un passant tente de calmer son bourreau criant: «Arrête, c’est quoi ton problème? Laisse-là repartir à l’ambassade», précise France 24.

Le consulat d’Éthiopie n'aurait pas porté assistance à la ressortissante éthiopienne «par manque d’agents de sécurité».

La vice-consule, Yeshi Temrat, a indiqué à L’Orient-Le Jour qu’Alem «souffrait de troubles mentaux très graves» et avait conseillé à son employeur «de la transporter à l’hôpital psychiatrique du couvent de la Croix, où elle sera prise en charge par des professionnels».

Alem n’était au Liban que depuis deux mois et placée dans une famille d'accueil. Comme beaucoup de ses collègues, elle s’était endettée pour payer l’agence de recrutement qui l’avait faite venir au Liban illégalement.

«Elle était satisfaite de ses conditions de travail et aurait bien voulu rester dans cette famille, raconte Betty, une employée éthiopienne de Caritas, une organisation caritative, mais il semble que son employeur n’était pas satisfait de son travail. Ils l’ont “rendue” au bureau, sous prétexte qu’elle n’était pas propre».  

La classe politique tout entière s’est mobilisée pour dénoncer cet acte de maltraitance flagrante, promettant de sanctionner le coupable. Le ministre de la Justice aurait qualifié l’agression d’«inacceptable» et annoncé l'ouverture d'une enquête, rapporte The Daily Star.

Grâce à la plaque d’immatriculation de la voiture, l’homme a pu être identifié comme étant Ali Mahfouz, copropriétaire d’une agence de travailleurs domestiques employant des migrants.

Après avoir nié son geste, il aurait accusé sa victime d’avoir tenté de se suicider à trois reprises et refusé de rentrer chez elle. 

La jugeant inapte au travail, Ali Mahfouz l’avait amenée au consulat afin qu’elle soit renvoyée dans son pays, ce qu’elle refusait catégoriquement.

«Elle ne pouvait expliquer sa situation, car elle ne parlait ni ne comprenait un traître mot d’arabe», indique Betty. «Et puis elle était frappée et maltraitée au bureau…Elle a donc essayé d’ingurgiter de l’eau de Javel, pour attirer l’attention sur sa situation.»

Ali Mahfouz se trouverait toujours en liberté.

Environ 200.000 employées domestiques, majoritairement originaires d’Éthiopie, des Philippines, du Bangladesh, du Sri Lanka, du Népal et de Madagascar, travaillent actuellement au Liban. On estime par ailleurs à 100 000 le nombre d’employées domestiques travaillant sans titre de séjour sur le territoire libanais, rapporte France 24.

Lu sur The Daily Star, L'Orient-Le Jour

 

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