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En Sierra Leone, l'internet n'avait pas la cote pendant les élections

Le dépouillement des résultats de la présidentielle du 31 mars en Sierra Leone, qui a finalement vu la victoire du candidat de l'opposition Julius Maada Bio, avait progressé à un rythme d'escargot pendant des jours. 

En cause, une défiance envers l'internet, après une série d'incidents, et un recours à une méthode "manuelle" de compilation des résultats, jugée plus sûre par le parti au pouvoir, l'APC, qui a malgré tout décidé de contester les résultats proclamés mercredi soir par la Commission électorale nationale (NEC).

Au centre de dépouillement régional de Wellington, à une heure de route de la capitale, Freetown, les procès-verbaux transmis par plus de 3.000 bureaux de vote de la région Ouest ont pourtant été encodés rapidement, par une quarantaine d'opérateurs, dans un système informatique centralisé et connecté, ont constaté des journalistes de l'AFP dans le courant de la semaine. 

Mais dans un hangar poussiéreux jouxtant la salle informatique, des responsables de la NEC ont poursuivi inlassablement la lecture à haute voix des mêmes PV devant des témoins de partis prenant note au fur et à mesure des résultats sur une feuille de papier.

Dans le même temps, un assesseur additionnait les voix dans un programme de tabulation maintenu "hors ligne" afin d'éviter toute intrusion.

"A ce rythme, ils en ont encore pour dix jours", se plaignait un membre de la mission d'observation de l'Union européenne.

Ce comptage à l'ancienne, que la NEC n'a pas mentionné lors de l'annonce des résultats, pourrait servir d'élément de preuve dans la bataille juridique que le parti du président sortant, l'APC, a l'intention de livrer devant la justice.

 - Perturbations -

Lors du premier tour le 7 mars, "les résultats ont été comptabilisés par l'internet, mais nous avons contesté ce système pour le second tour. Nous voulons que les résultats soient compilés manuellement, à la main, candidat par candidat", avait averti juste après le second tour le candidat du parti au pouvoir, Samura Kamara, un proche du président sortant Ernest Bai Koroma.

Tout le processus électoral a été marqué par des incidents liés aux technologies, dans un pays où l'épidémie d'Ebola (2014-2016) avait contribué à populariser les paiements par téléphone mobile, accélérant la pénétration de l'internet.

Le soir du premier tour, la police a effectué une descente au domicile de M. Bio après avoir reçu des "indications" sur de possibles tentatives de piratage, mais n'a rien trouvé de compromettant dans ses ordinateurs. 

Quelques jours plus tard, une start-up suisse, Agora, a laissé entendre que le premier tour avait été la "première élection nationale de l'histoire" à avoir utilisé, grâce à elle, la technologie de transmission d'informations sécurisée blockchain.

Une information démentie par le président de la NEC, Mohamed Conteh. Agora a ensuite reconnu qu'il s'agissait juste d'un test dans 280 bureaux où elle était présente avec le statut "d'observateur international". L'affaire a renforcé les soupçons de possibles manipulations.

 - Coupure généralisée -

La confusion s'est ensuite aggravée quand, le soir du second tour, une panne généralisée a privé le pays de l'internet et de téléphonie pendant plus de sept heures. 

Des médias locaux ont soupçonné une action délibérée du pouvoir, mais la Commission nationale des télécommunications (Natcom) a attribué le problème à une rupture de câble au large de la Mauritanie.

Lors d'une conférence de presse, la chef de la mission d'observation de l'UE, l'eurodéputée britannique Jean Lambert, a expliqué que cette "coupure inexpliquée de l'internet" le 31 mars serait "inquiétante s'il était prouvé qu'elle était volontaire".

Cette panne a pour le moins eu des "conséquences sérieuses" en "empêchant les électeurs de rendre compte immédiatement des incidents" à un moment crucial, alors que le comptage avait commencé, a expliqué Samuel Kamanda, chef de projet chez le développeur du site de la campagne citoyenne "Sierra Leone Decides", Sensi Tech Hub.

Pour ce spécialiste, "pirater le système électoral en Sierra Leone serait compliqué". Selui lui, le manque de confiance du public concerne plutôt la manière dont la NEC utilise les technologies.

Celles-ci sont pourtant "très utiles en période électorale", souligne la directrice de l'ONG locale Campaign for Good Governance, Valnora Edwin. "Elles aident à rendre les élections transparentes et justes" et il "faudra les utiliser à l'avenir en Sierra Leone" également.

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