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Youssou Ndour à Dakar le 5 février 2012. Reuters/Stringer
Youssou Ndour à Dakar le 5 février 2012. Reuters/Stringer

Youssou Ndour: «Pourquoi je soutiens Macky Sall»

Le célèbre chanteur et homme politique sénégalais explique les raisons qui le poussent à soutenir l'adversaire d'Abdoulaye Wade au second tour de la présidentielle du 25 mars.

SlateAfrique - Pourquoi avez-vous décidé de soutenir Macky Sall, le candidat qui affronte le président Wade le 25 mars au deuxième tour de la présidentielle sénégalaise?

Youssou Ndour - C'est vrai que Macky Sall me suit depuis le début de mon implication dans le processus électoral. Lors d’un discours de campagne, il avait demandé que je puisse rejoindre sa coalition. Mais à l’époque, j'étais en train de déposer ma propre candidature à la présidentielle [elle a été invalidée par le Conseil constitutionnel sénégalais. Selon le conseil constitutionnel, Youssou Ndour n’avait pas réuni les 10.000 signatures nécessaires pour se présenter à la présidentielle de février 2012].

Quand ma candidature a été invalidée, Macky Sall a été un des premiers à venir me témoigner sa solidarité. Et puis aussi dans les derniers jours de la campagne électorale du premier tour de la présidentielle (le 26 février), il a lancé un appel à partir de Fatick [la ville dont il est le maire], où il m'a appelé à le rejoindre dans le cadre de cette élection. Et moi par souci de ne pas déséquilibrer le système et de ne pas favoriser un candidat, je n’ai pas pu répondre trop ouvertement à ce dernier appel.

Mais je me suis rendu, le vendredi 24 à Pikine (banlieue de Dakar) pour son dernier meeting de campagne. Je n'ai pas pris la parole mais j'ai pris sa main et je l'ai levée; c'était  une manière de dire que je croyais aussi en lui. Donc le lendemain des résultats du premier tour de la présidentielle, on s'est vu, j'étais d'accord avec son programme. Nous étions d'accord comme la majorité des Sénégalais pour un changement dans la paix.

Aujourd'hui. Macky Sall est la personne la mieux placée pour sauver le pays: il suscite l'espoir de tous les Sénégalais. Je ne vois donc pas ce que je pourrais faire d'autre que de le soutenir.

SlateAfrique - Pourtant nombre de Sénégalais affirment que Macky Sall au pouvoir cela risque d’être la continuation du système Wade. Dès lors que Macky Sall a été son Premier ministre (de 2004 à 2007). Ces Sénégalais se disent: si Macky Sall est élu, ne risque-t-on pas de se retomber dans le système Wade ?

Youssou Ndour - Non je ne crois pas que ce risque existe. Oui c'est vrai, c'est un libéral [Abdoulaye Wade et son parti le PDS —Parti démocratique sénégalais— se réclament du libéralisme économique]. Mais Macky Sall, c'est quelqu'un qui a toujours dit non quand on voulait toucher aux institutions, c'est même la raison qui l’a conduit à sortir du système Wade. Depuis qu'il a quitté le système Wade [Abdoulaye Wade est au pouvoir depuis 2000], il a compris qu’il fallait aller à la rencontre de la population pour avoir son sentiment. Aujourd'hui, il sait qu'il tire sa force du dialogue avec le peuple sénégalais.

C'est aussi quelqu'un qui fait preuve d’une réelle ouverture: les relations du Sénégal avec la sous-région (l’Afrique de l’Ouest), mais aussi avec le reste du monde lui tiennent à coeur. Pour moi, cela est très important, car il va pouvoir redorer le blason du Sénégal.

Au niveau intérieur, je crois que ce qu'il a dit sur la Casamance [partie méridionale du Sénégal, en proie à une guerre larvée entre les indépendantistes et l’armée sénégalaise depuis plusieurs décennies] est quelque chose qui nous satisfait. Son discours sur la Casamance nous donne de l'espoir. C'est-à-dire, qu’avec lui il n'y aura pas d'exclus sur la crise casamançaise. Il faut essayer de ratisser large, de donner la parole à tous pour trouver des solutions aux crises en Casamance. Et ailleurs au Sénégal.

Propos recueillis par Pierre Cherruau

Deuxième partie de l'interview: "Wade prépare une fraude extraordinaire"

Troisème partie de l'interview: La France devrait demander à Wade de partir

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Pierre Cherruau

Pierre Cherruau a publié de nombreux ouvrages, notamment Chien fantôme (Ed. Après la Lune), Nena Rastaquouère (Seuil), Togo or not Togo (Ed. Baleine), La Vacance du Petit Nicolas (Ed. Baleine) et Dakar Paris, L'Afrique à petite foulée (Ed. Calmann-Lévy).

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