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Societe pour le Traitement du Terril de Lubumbashi, RDC. REUTERS/Stringer
Societe pour le Traitement du Terril de Lubumbashi, RDC. REUTERS/Stringer

RDC: la face cachée du secteur minier

Les autorités de la RDC voient se réduire leur marge de manœuvre, entre le marteau de leur candidature à l’ITIE et l’enclume d’un lourd passif d’attributions obscures de contrats miniers et d’exportations de minerais issus des zones de conflits.

Interdiction d’export de minerais non certifiés, présentation du système de traçabilité des minéraux MetTrak, les annonces se multiplient en ce mois de février en faveur d’une plus grande transparence du secteur minier congolais. Mais les effets d’annonce n’y suffiront pas.

Pour attirer des investisseurs moins opaques, moins controversés et participant plus largement au développement du pays, la RD Congo ne peut plus faire l’économie d’une validation de conformité ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives).

Et pour atteindre ce stade, le pays va devoir accélérer la publication de ses rapports, systématiquement en retard depuis sa candidature à l’initiative.

Pour l’instant, Kinshasa est plus proche de la suspension du processus que de son achèvement.

Une richesse scandaleuse...

Difficile d’être exhaustif sur ses ressources: le pays renferme dans son sous-sol 80 % des réserves mondiales de coltan, près de la moitié de celles de  cobalt (1), 10 % du cuivre mondial, plus d’un quart des diamants, et beaucoup d’or, de manganèse, de fer, etc.

…ment mal valorisée

Un député britannique à la tête du groupe parlementaire chargé de la région des Grands Lacs, Eric Joyce, dénonçait fin 2011 un manque à gagner de $ 5,5 milliards pour la République démocratique du Congo suite à la vente à moindre coût d’actifs miniers.  

«Des membres du gouvernement de la RDC, en particulier le président actuel, Joseph Kabila, ont vendu d’importants biens miniers à des prix dérisoires à diverses sociétés fictives étrangères » installées pour la plupart aux Îles vierges britanniques.

Ces sociétés-écrans les ont ensuite revendus à des sociétés minières internationales, parfois cotées à Londres, engrangeant au passage d’importantes plus-values.

Selon le rapport d’E. Joyce, une bonne partie de ces sociétés appartiennent plus ou moins directement ou sont liées à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler.

En bout de chaîne : Glencore

Parmi les acheteurs, on retrouve le géant mondial du négoce de matières premières Glencore, qui grignote des parts vers l’amont et la production minière, à travers Xstrata mais également en direct, notamment en RD Congo.

En juillet 2011, une enquête de Bloomberg met au jour une longue série d’accords commerciaux opaques dans le secteur minier congolais.

La multinationale – réputée pour son goût pour les terrains boueux – a ces dernières années développé plusieurs joint ventures avec des sociétés locales.

Elle possède entre autres 50 % de Samref Congo elle-même actionnaire à 80 % de la mine de Mutanda, et 50 % de Kansuki Investments, propriétaire à 75 % de la mine de Kansuki. Les 20 % restants de Mutanda et les 25 % de Kansuki appartenant avant la vente à la Gécamines.

Quand le 28 mars 2011 la Gécamines, fortement endettée, décide de vendre ces deux mines, elle ne passe pas par un système d’appel d’offres, mais les cède discrètement à des sociétés basées aux Îles vierges britanniques, Rowny Assets (Mutanda) et Biko Invest (Kansuki), toutes deux liées à Dan Gertler.

Cet homme d’affaire, proche de la famille Kabila et très actif en RD Congo, avait déjà, en 2006, vendu sa société Nikanor à une filiale de Glencore, Katanga Mining.

Dan Gertler était très proche du conseiller de Joseph Kabila sur les mines Augustin Katumba Mwanke, décédé en février dans un accident d’avion.

Son nom a déjà été évoqué dans d’autres affaires liées aux ressources du sous-sol congolais, notamment derrière les sociétés immatriculées aux Îles vierges intermédiaires sur le permis de Kolwezi (retiré à First Quantum sans indemnités avant sa revente pour $ 175 millions à ENRC).

Un processus qui ne manque pas d’évoquer le cas de Tullow Oil, qui s’est elle aussi vu retirer ses droits sur deux blocs pétroliers par la suite attribués à deux sociétés inconnues, Caprikat et Foxwhelp, immatriculées… aux Îles vierges elles aussi.

Manque à gagner

Le 7 février 2012, après un long silence suivi d’explications parcellaires, la Gécamines a fini par publier sur son site les contrats de cession de parts sociales à Rowny Assets et Biko Invest.

La vente de Mutanda lui aura rapporté $ 120 millions et celle de Kansuki $ 17 millions. Selon E. Joyce, sur la vente de ses parts dans ces deux seules mines, la Gécamines (donc le gouvernement congolais, actionnaire à 100 %) a perdu $ 920 millions.

Dommage, elle cherche actuellement 631 millions pour relancer son développement. Heureusement, selon son directeur général Ahmed Kalej Nkand, la Development Bank of Southern Africa et l’Agence française de développement pourraient financer cet investissement…

(1) Selon l’US Geological Survey, 3,4 millions de tonnes de réserves prouvées sur les 7,3 Mt évaluées au monde en 2010.

Myrtille Delamarche

Cet article a initalement été publié sur Marchés Tropicaux et Méditerranéens

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