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Un soldat congolais à Bangui, au sud de la Centrafrique le 8 novembre 2002. AFP/DESIREY MINKOH
Un soldat congolais à Bangui, au sud de la Centrafrique le 8 novembre 2002. AFP/DESIREY MINKOH

Pourquoi la République centrafricaine a-t-elle un nom aussi barbant?

La République centrafricaine était autrefois une colonie française. C'est donc la faute des Français.

Un groupe de défense des droits de l’Homme, basé à San Diego aux Etats-Unis, vient de diffuser une vidéo sur les atrocités commises par Joseph Kony, le chef d'une faction rebelle ougandaise terré en République centrafricaine et responsable de la mort de plusieurs personnes.

Maintenant que la République centrafricaine a attiré notre attention, il est nécessaire de poser cette question: comment ce pays s'est-il retrouvé avec un nom aussi barbant?  

Des bureaucrates français s'en sont mêlés. La République centrafricaine était autrefois une colonie française connue sous le nom d'Oubangui-Chari, car le territoire s'étalait entre les bassins de deux rivières, l'Oubangui et le Chari. Au milieu du XXème siècle, le chef du mouvement indépendantiste local, Barthélemy Boganda, avait de grands projets pour l'Afrique centrale post-impérialiste. Il voulait associer l'Oubangui-Chari avec neuf autres pays de la région parlant des langues romanes et former les «États-Unis de l'Afrique latine». Mais les dirigeants voisins ne l'entendaient pas de cette oreille. Quand ils refusèrent de rejoindre son union, Boganda dut renoncer à la grandiloquence.

Le nom soufflé par les Français

A un moment donné, l'administrateur colonial alors sur le départ, le Français Pierre Kalck, conseilla à Boganda d'adopter le nom de République Centrafricaine pour désigner une version allégée de son projet d'union, incluant simplement l'Oubangui-Chari, le Congo-Brazzaville (aujourd'hui République du Congo), le Tchad et le Cameroun.  Quand ces partenaires refusèrent aussi l'idée d'une coalition, Boganda décida, pour ce qui était devenu un Oubangui-Chari libre et indépendant, de garder le nom soufflé par les Français.

Boganda n'a pas expliqué pourquoi il avait abandonné le nom d'Oubangui-Chari, mais il espérait peut-être que ses voisins finissent par comprendre l'intérêt de l'unité et rejoignent la République centrafricaine. Boganda avait avec les autorités coloniales des relations bien plus cordiales que d'autres nationalistes africains, comme Jomo Kenyatta et Patrice Lumumba, il eut donc peut-être moins de scrupules à accepter un nom proposé par l'administrateur français sortant. Et ce n'est pas comme s'il s'était débarrassé de siècles de traditions: Oubangui et Chari ont beau être des noms indigènes, la région ne s'appelait pas l'Oubangui-Chari avant que les Français ne s'y installent.

Pays au nom curieux

Dans les années qui suivirent, la République centrafricaine fit l'objet d'un important changement de nom. Le deuxième président du pays, le mégalomane Jean-Bédel Bokassa, s'autoproclama Empereur Bokassa Ier en 1976 et, l'année suivante, se mit à appeler son domaine «Empire centrafricain». Le prédécesseur de l'empereur, David Dacko, reprit le pouvoir en 1979 et revint au nom d'origine. (Boganda n'a jamais été président du pays qui lui doit tant. Il mourut dans des circonstances étranges en 1959, un an avant que la république ne gagne sa pleine indépendance).

La République centrafricaine fait partie de ces nombreux pays d'Afrique aux noms curieux. Le Ghana et le Mali portent le nom d'empires pré-coloniaux qui n'avaient pas les mêmes frontières que leurs homonymes contemporains. Le Cameroun tire son nom d'un terme portugais voulant dire crevette, que les Européens pêchaient en nombre dans la région. Et l'Afrique du Sud et le Sahara occidental en sont aussi réduits à d'insipides signifiants géographiques.

Je remercie Richard Bradshaw, du Centre College et co-auteur de la prochaine et quatrième édition de l'Historical Dictionary of the Central African Republic (dictionnaire historique de la République centrafricaine), Pierre Englebert du Pomona College, Terry Lynn Karl de Stanford, Kairn Klieman de l'Université de Houston, et Daniel Lincoln de l'Université du Massachusetts.

Brian Palmer [Traduit par Peggy Sastre]

Foreign Policy

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