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Des poissons empoisonnent les Camerounais

Le «port» de Youpwè est le principal lieu de vente de poisson frais à Douala, la capitale économique du Cameroun. Dans ce marché, situé sur les rives du fleuve Wouri, qui traverse la ville, accostent tous les jours petits bateaux et pirogues de pêcheurs. Ici aussi, viennent se régaler, dans les petits restaurants aménagés, les touristes et les habitants de la ville, quand ils ne s’approvisionnent pas tout simplement pour le reste de la semaine.

Mais selon le quotidien camerounais Mutations, la fréquentation de ce lieu est en forte baisse depuis quelques temps. Et pour cause: les poissons vendus ici et pêchés au large du Wouri seraient toxiques. Et malgré l’interdiction par les autorités, ils continuent d’être vendus au détriment de la santé des populations.

Début juin 2011, des cas d’intoxication alimentaire ont été signalés —dont un décès—, après consommation de poissons pêchés à la Gamaline, un puissant pesticide qui détruit la faune et la flore:

«En mer, il y a des endroits où les pêcheurs Nigérians pêchent à l’aide de la Gamaline. Ils jettent le produit pendant la marée basse. Celui-ci tue les poissons qui remontent à la surface pendant la marée haute. Et lorsque la marée est à nouveau basse, ces pêcheurs viennent ramasser le poisson», confie le pêcheur Franckson Abiassou au quotidien Mutations.

Pourtant, une note conjointe de la police et des responsables sanitaires, signée en juin 2011, détaille les dispositions prises pour lutter contre l’utilisation de ce produit chimique pour la pêche au Cameroun, particulièrement sur le fleuve Wouri, qui se jette dans l’océan Atlantique.

Un agent du poste de police du marché aux poissons de Youpwé tient même à rassurer que «la police maritime contrôle la pêche en mer, tandis que les vétérinaires contrôlent la qualité du poisson dès qu’il est débarqué des pirogues». Mais le poisson pêché à la Gamaline continue de faire des dégâts à Douala, où les urgences des hôpitaux sont de plus en plus sollicitées pour des problèmes d’intoxications alimentaires. Pour trier le bon grain de l’ivraie, Abiassou conseille de faire attention aux prix:

«Il coûte moins cher que le bon poisson tué de façon artisanale. La Gamaline est un poison qui étouffe le poisson qui, à la recherche de l’air, meurt la bouche ouverte.»

Le petit «port» de Youpwè n’attire donc plus beaucoup les foules. Les commerçantes se défendent de vendre du poisson contaminé et «les commandes des restaurateurs ont diminué par deux ou par trois depuis que la radio a annoncé que des personnes avaient été intoxiquées à la Gamaline», confie l’une d’elles. Une baisse de la consommation que confirme d’ailleurs une cliente, habituée des lieux:

«J’étais une grande consommatrice du poisson de Youpwè. Mais depuis qu’il est de mauvaise qualité avec les produits chimiques utilisés par certains pêcheurs, je ne le mange plus.»

Dur dur, donc, de pouvoir manger du poisson à Douala ces jours-ci. Pourtant, c’est l’un des principaux aliments consommés dans cette ville portuaire du Cameroun…

Lu sur Mutations