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Des soldats favorables à l'Algérie française le 1er février 1960. AFP/JEAN-CLAUDE COMBRISSON
Des soldats favorables à l'Algérie française le 1er février 1960. AFP/JEAN-CLAUDE COMBRISSON

Guerre d'Algérie: une histoire à plusieurs voix

«Guerre d’Algérie, la déchirure», un documentaire qui tente de dépasser les mémoires. Il sera diffusé le dimanche 11 mars à 20h45 sur France 2.

Mise à jour du 12 mars: Le documentaire inédit intitulé Guerre d'Algérie, la déchirure a été suivi par 3,3 millions de téléspectateurs. Rares sont les documentaires qui réunissent autant de personnes.

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Raconter l’histoire de la guerre d’Algérie n’est pas une tâche facile. Même cinquante ans après. Algériens et Français s’apprêtent pourtant à fêter la fin d’une guerre, qui ne dira jamais son nom, au moins jusqu’au 10 juin 1999, date à laquelle l’Assemblée nationale française a adopté une proposition de loi qualifiant de «guerre» les évènements qui ont déchiré la France et l’Algérie entre 1954 et 1962. Presque 40 ans d’omerta sur l’un des conflits les plus importants de la France contemporaine.

Difficile de surmonter les mémoires de tous les acteurs de la guerre. De Paris ou d’Alger, la guerre n’a ni le même visage ni le même nom. Les Algériens préfèrent notamment parler de guerre de libération.

Cinquante ans après la signature des accords d’Evian (18 mars 1962), il existe donc très peu d’ouvrages qui fassent consensus entre les différents acteurs, toujours prêts à se déchirer. Les conflits de mémoires sont à vif. Le réalisateur Gabriel Le Bomin et l’historien Benjamin Stora ont essayé de relever ce défi, celui d’une histoire qui rassemble. Une histoire à plusieurs voix. Le documentaire sera diffusé sur France 2 le 11 mars prochain à partir de 20h45.

Pour la première fois, la guerre d’Algérie racontée d’un seul trait et sous plusieurs angles. Guerre d’Algérie, la déchirure tente de prendre au corps huit années de guerre, avec le dessein de représenter tous les visages, tous les lieux et les crimes, d’un camp à l’autre.

Les deux volets du documentaire (55 minute chacun) s’articulent autour de l’année 1958. Une année centrale car elle signe le retour de l’homme providentiel. Le Général de Gaulle s’impose alors comme l’ultime recours pour sauver le pays. On peut voir les images de milliers de Français d'Algérie l'accueillir en héros le 13 mai 1958. Ils ne se doutent alors pas que le même homme sera à l’origine des accords d’Evian quatre ans plus tard.

Le documentaire se construit autour des faits historiques, auxquels se greffent les acteurs. Poignant, parfois bouleversant, le film s’adresse à un large public qui n’a pas forcément beaucoup de prise sur cette guerre, par ailleurs peu enseignée dans les manuels scolaires français. Nourri d’images d’époque inédites, notamment ceux de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) en couleur, le téléspectateur vit ou revit le conflit. La voix de Kad Merad, connue du grand public, a été choisie pour nous raconter cette histoire, comme si c’était la première fois.

La guerre sera violente

Le titre du documentaire renvoie à la fois à une situation passé et présente. La guerre a conduit les membres d’une même famille ou des voisins à s’entretuer car ils n’étaient pas dans le même camp. Cinquante après, les cicatrices de la déchirure se referment difficilement.

Dès la première scène, le ton est donné. La guerre sera violente, à la mesure de l’explosion d’un train dans le Constantinois. A l’agression d’Européens à Philippeville en 1955, la France répond par une répression aveugle. La spirale de la violence balaye des familles entières…

Le spectateur se voit doter d’un regard quasi omniscient sur l’évolution de la guerre. «L’Algérie, c’est la France», déclarait Pierre Mendès France, alors président du Conseil de la 4ième République. Alors que les responsables français refusent de lâcher l’Algérie française, symbole du temps où la France régnait sur le monde, le Général de Gaulle sent qu’il y a trop à perdre. L’image du pays des Lumières est en jeu.

Car derrière le vernis civilisateur, la colonisation a des répercussions réelles sur le pays colonisé. Européens et Algériens ne partageaient pas les mêmes terrasses de café, les mêmes rues, les mêmes destins. Les hommes musulmans se retrouvent dans les cafés populaires de la Casbah d'Alger qui deviendra l’une des planques du FLN pendant la guerre. En Algérie, cohabitaient deux types d'hommes, l’un avait plus de droits que l’autre.

Les visages humains de la guerre

Malgré l’horreur de la guerre, le documentaire réussit à dessiner un portrait nuancé et humain de chaque partie prenante. Le sort des pieds-noirs ne laisse pas insensible: valise à la main, beaucoup sont arrachés à leur terre natale. Certains ne s’en remettront jamais. Nous sommes avec eux, sur le bateau.

Combien de fois avons-nous entendu que les harkis étaient des traîtres et qu’ils se sont rendus coupables d’actes de tortures plus graves que ceux de l’armée française? Devant nous, des hommes et non des monstres. Ils ont combattu aux côté de la France pour des raisons diverses: protéger leur famille, subvenir à leurs besoins, par intérêt…Beaucoup pensaient être dans le camp du vainqueur, celui qui avait les moyens de distribuer de beaux fusils. Ils se sont trompés et nombre d’entre eux ont été assassinés au lendemain de la guerre.

A bien des égards, ce film fédère, tant les acteurs vivants que leurs progénitures en recherche d’explications et d’apaisements. N’attendons pas 50 ans pour aller plus loin dans l’écriture de cette histoire commune entre la France et l’Algérie.

Nadéra Bouazza

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Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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