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Les présidents sud-africain Jacob Zuma et nigérian Jonathan Goodluck à Aduja, le 10 décembre 2011. AFP/KOLAWOLE OSHIYEMI
Les présidents sud-africain Jacob Zuma et nigérian Jonathan Goodluck à Aduja, le 10 décembre 2011. AFP/KOLAWOLE OSHIYEMI

La guerre du leadership africain

Les relations entre l’Afrique du Sud et le Nigeria se détériorent depuis qu’une centaine de Nigérians ont été refoulés à la frontière sud-africaine. Mais leur rivalité ne date pas d’hier…

L’axe Abuja-Pretoria se porte mal. La faute à des carnets de vaccination jugés peu fiables et qui ont valu le refoulement, le 2 mars dernier à l’aéroport de Johannesburg, en Afrique du Sud, de 125 Nigérians qui en étaient détenteurs.

Comme il fallait s’y attendre, les représailles n’ont pas manqué côté nigérian avec le refoulement systématique, depuis cette date, de tout Sud-Africain débarquant au Nigeria même si ses papiers sont en règle. On dénombre déjà au moins 84 Sud-Africains à qui l’autorisation d’entrée sur le territoire nigérian a été refusée. Mais cela n’a visiblement pas suffi et le ministre nigérian des Affaires étrangères, Olugbenga Ashiru, est monté au créneau pour dénoncer une xénophobie contre ses compatriotes au pays de Nelson Mandela et a menacé de prendre des mesures de rétorsion pouvant toucher les entreprises sud-africaines installées au Nigéria ou qui y ont des intérêts.

Le Nigeria ne badine donc pas avec la défense de ses ressortissants établis à l’extérieur. La nation arc-en-ciel semble l’avoir compris et a présenté, hier 8 mars, ses excuses «pour cet incident malheureux».

Une rivalité immuable

Cet «incident malheureux» et les représailles qui en ont résulté côté nigérian sont en fait des gouttes d’eau qui ont fait déborder un vase déjà plein des rivalités et de la guerre de leadership que se livrent ces deux pays.

Le vice-ministre sud-africain a beau déclarer l’affaire close, espérer qu’elle ne va pas affecter les relations entre les deux pays et annoncer des mesures pour que pareil incident ne se répète plus, on ne peut jurer pour autant que le ciel est dégagé. Ce qui s’est passé à l’aéroport de Jo’burg est la manifestation de confrontations entre les deux pays sur d’autres terrains.

Puissances régionales et têtes fortes du continent africain, chacune d’elles estime que c’est elle qui doit être la locomotive de l’Afrique et parler en son nom. Le combat pour le leadership est sans pitié et s’apparente à un combat d’éléphants au regard du gabarit de chacun des protagonistes.

La course au leadership

A titre d’exemple, le Nigeria ne supporte pas que l’Afrique du Sud quitte sa zone d’influence qui est la partie australe du continent pour venir régler des crises en Afrique occidentale censée être la «basse-cour» du pays de Goodluck Jonathan. L’exemple le plus illustratif a été la crise ivoirienne avec la médiation confiée à l’ex-président Thabo M’Beki. On peut dire sans se tromper que l’échec de la médiation sud-africaine a réjoui le Nigeria surtout que l’on a entendu dire que Thabo M’Beki ne connaissait pas la mentalité ouest-africaine.

Autant on peut dire que l’Afrique du Sud n’acceptera pas que le Nigeria joue un rôle de premier plan au Zimbabwe ou à Madagascar, autant le Nigeria n’acceptera pas non plus que l’Afrique du Sud le fasse dans sa sphère d’influence. La crise libyenne, l’élection avortée du président de la Commission de l’Union africaine ont été d’autres champs de bataille entre ces deux pays qui ne sont pas prêts à se faire de cadeaux étant donné que chacun a derrière lui d’autres pays qui le soutiennent.

L’image d’une Afrique désunie

La guerre de leadership se mène également aux Nations unies dans la perspective de l’élargissement du Conseil de sécurité où l’Afrique pourrait se voir attribuer un siège de membre permanent. Face à l’image d’un combat d’éléphants qui fait pâtir l’herbe, l’Afrique gagnerait beaucoup à ce que ces titans s’entendent. Leurs divergences de vues et leurs affrontements desservent le continent. Cette situation est plus dommageable qu’avantageuse et jure avec l’unité du continent tant prônée. Celle-ci risque d’être problématique si les pays qui comptent, se regardent en chiens de faïence.

Alors «Afrique du Sud-Nigeria, entendez-vous!» comme dirait l’humoriste camerounais, Jean Miché Kankan.

Séni Dabo

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Séni Dabo

Journaliste au quotidien burkinabè Le Pays.

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