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Des soldats de l'armée nationale de la Cyrénaïque lors d'une parade militaire, à Benghazi, le 3 mars 2012.REUTERS/Esam Al-Fetori
Des soldats de l'armée nationale de la Cyrénaïque lors d'une parade militaire, à Benghazi, le 3 mars 2012.REUTERS/Esam Al-Fetori

Un pied de nez à la révolution libyenne

Le bout du tunnel du processus de transition n’est visiblement pas pour demain. La dernière contrainte en date est une tentative de sécession menée par certains chefs tribaux des régions pétrolifères de l’Est.

Les dirigeants de la transition ne sont vraiment pas au bout de leur peine. Plus le gouvernement provisoire dure, plus les problèmes qu’il rencontre sont difficiles à solutionner.

L’exécutif libyen fait en réalité face à un mouvement à caractère indépendantiste qui ne dit pas son nom. C’est le risque que courent d’ailleurs les systèmes à vocation transitoire qui tardent à faire place à leurs successeurs logiques. L’organe dirigeant lui-même a eu du mal à prendre corps dans un contexte où les populations ayant initié et soutenu l’insurrection malgré leurs moyens insuffisants, avaient légitimement hâte de tourner la page de Mouammar Kadhafi.

Cette propension à voir les choses changer et le plus vite possible ne s’est nullement émoussée. Mieux, les Libyens trouvent que le changement escompté s’opère avec tellement de lenteur qu’il est nécessaire de lui donner un coup d’accélérateur. Seulement, à force de vouloir jouir tout de suite des fruits de leur révolution, ils risquent de formuler des revendications déplacées qu’ils regretteront un jour.

Garder la tête froide

L’option de l’irrédentisme a en effet ceci de paradoxal qu’elle risque de dévoyer les premiers et nobles objectifs de la révolution. Le but de la révolte contre le régime du Guide était en effet d’instaurer une gouvernance démocratique dans une Libye nouvelle mais surtout unie. S’inscrire dans une logique de sécession au moment même où la structuration des institutions républicaines est en train d’être élaborée à travers la future Constitution, s’apparente à un pied de nez adressé à la révolution.

Certes, les révolutionnaires ont le droit de réclamer une transition diligente. Ils ont risqué leurs vies et perdu beaucoup de leurs proches pour cette cause. Seulement, ils doivent savoir raison garder pour ne pas, à cause d’une quelconque maladresse due à un empressement immature, faire basculer à nouveau le pays dans le chaos.

C’est justement pour éviter une deuxième descente aux enfers que les premiers responsables de la transition ne doivent pas céder à la pression qui monte. Moustapha Abdeljalil et ses collaborateurs doivent garder la tête froide et surtout dialoguer avec ceux qui se disent déjà déçus des tenants de la révolution. Les récriminateurs doivent se ressaisir, et le plus vite serait le mieux.

Ils doivent réaliser que leur projet de construction d’une Libye meilleure passera forcément par d’énormes sacrifices au milieu desquels la patience doit occuper une place de choix. Pour éviter de vivre une situation beaucoup moins enviable que celle à laquelle ils ont voulu mettre fin, les Libyens doivent éviter d’avoir la mémoire courte.

Les dirigeants libyens doivent pour leur part œuvrer à rétablir la confiance avec le peuple libyen. Cette même confiance qui a concouru à leur engagement sans réserve à combattre aux côtés de la rébellion est indispensable à la bonne conduite de la transition.

Car, en réalité, la gestion du pouvoir en cette période s’avère, sinon plus difficile, du moins aussi complexe que sa conquête. Les autorités libyennes doivent donc trouver la bonne formule pour rassurer leurs concitoyens qu’elles n’ont aucune intention de leur ravir leur révolution.

C’est seulement quand les premiers acteurs du mouvement de contestation du pouvoir de la Jamahiriya seront convaincus de la bonne foi de leurs gouvernants qu’ils cesseront de faire planer toutes ces menaces qui risquent de faire traîner davantage, voire échouer la transition.

Ne pas abdiquer

Les ténors de la révolution doivent surtout s’interdire de mettre à exécution leur menace de démission et de répression. En abdiquant ainsi, ils laisseront un pays en reconstruction à la merci de groupes aussi épars et nombreux que leurs intentions, leurs ambitions et leurs prétentions.

Toute chose qui risque de plonger le pays dans une impasse qui pourrait faire regretter l’ère Kadhafi. Ni le Conseil national de transition, ni le gouvernement de transition n’ont intérêt à rendre le tablier à quelques pas d’un réel début de sortie de crise. Ils ne rendront surtout pas service à leur pays en l’abandonnant maintenant dans les mains d’agitateurs inorganisés dont certaines revendications sont loin d’avoir été murement réfléchies.

Le Premier ministre Abderrahim El-Keib a certes minimisé l’ampleur des tentations séparatistes en les prêtant à une minorité. Mais le problème est tout de même réel et vient s’ajouter à celui du contrôle des anciennes brigades rebelles, que des pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont jugé insuffisant.

Le gouvernement provisoire de Tripoli aura sa tâche beaucoup moins aisée d’autant plus qu’il est en outre accusé par la Russie d’abriter des camps d’entraînement des rebelles syriens.

Il ne doit cependant pas laisser ces attaques internes et extérieures saper son moral ou le pousser à la démission. Les autorités libyennes doivent tenir bon en reconquérant la confiance des Libyens pour réussir avec eux leur mission. C’est le seul combat qui vaille en ce moment.

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