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Tunisie - L'avocat de Ben Ali porte plainte au Conseil des droits de l'homme de l'ONU

Akram Azouri, l’avocat de Ben Ali, a accordé une interview le 5 mars à Al Arabiya. Il explique les raisons du départ de l’ancien président tunisien et réagit sur les accusations portées à son encontre, rapporte la chaîne de télévision des Emirats arabes unis.

Selon son avocat, Ben Ali aurait quitté le pays le 14 janvier 2011 avec sa femme et son fils en direction de Djeddah, en Arabie Saoudite, sur les conseils de son chef de la Sûreté Ali Seriati, précise le journal électronique tunisien Business News. Il essayait de le mettre en garde contre «un complot visant son assassinat».

«Seriati a demandé à Ben Ali de quitter le pays pendant quelques heures jusqu'à ce qu'il parvienne à découvrir les détails du complot.»

Et pour l’avocat, si Ben Ali était resté en Tunisie, le scénario n’aurait pas été nécessairement le même que celui de Mouammar Kadhafi en Libye ou d’Hosni Moubarak en Egypte. 

«Le 13 Janvier 2011, il avait prononcé un discours dans lequel il annonçait son intention de mettre en œuvre une série de réformes. Cela aurait pu bien se terminer», a-t-il déclaré à la télévision.

Akram Azouri a également affirmé lors de cette interview que Ben Ali n’aurait pas donné l’ordre d’ouvrir le feu sur les manifestants.

Les coups de feu pourraient être justifiés par les «tirs de militaires ayant l’obligation de protéger leurs vies et leurs armes et de recourir aux armes à feu sans aucune instruction du président Ben Ali».

«Ben Ali n’est donc nullement responsable du décès de manifestants étant donné qu’il n’a formulé aucun ordre d’ouvrir le feu sur des citoyens… Si des manifestants ont été tués, cela a dû se passer dans des circonstances très exceptionnelles».

Il a demandé à ce que les enregistrements des appels téléphoniques entre l'ancien président et les ministères de l'Intérieur et de la Défense soient rendus publics pour le prouver. 

«Ben Ali assume la responsabilité politique pour tout ce qui s'est passé pendant son règne, mais, légalement, il n'est pas responsable de la fusillade des manifestants car il n'a pas donné d’instructions à cet effet.»

Concernant les avoirs de l’ancien président à l'étranger dont les autorités tunisiennes réclament la récupération, l’avocat libanais affirme que «les autorités compétentes en Suisse et en France lui ont certifié l’absence d’avoirs de Ben Ali sur leurs territoires» .

«Je les ai défiés de donner les montants appartenant à Ben Ali dans leurs banques et je n'ai jamais obtenu de réponse. Cependant, ils m'ont dit verbalement que l'ancien président n'avait pas d'argent dans ces deux pays.» 

«Ce n’était pas au président de prouver qu’il ne possède rien mais à ceux qui revendiquent le rapatriement de ses avoirs de prouver leur existence».

Quant aux avoirs de Ben Ali en Tunisie, l’avocat affirme que son client «possède une résidence privée meublée ainsi qu’une somme raisonnable déposée dans un compte en banque».

Pour lui, le véritable problème réside dans les avoirs de Ben Ali à l'intérieur de la Tunisie. Ils ont été saisis par les autorités après qu’il ait été renversé. 

«Ils l'ont fait sans décision de justice et ont vendu ses biens aux enchères publiques.»

Azouri a déposé une plainte contre les autorités tunisiennes auprès du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies pour n’avoir pas été autorisé à assister au procès de son client, rapporte Al Arabiya.

L'avocat précise que «les jugements émis contre Ben Ali sont juridiquement nuls et qu’il n’aurait aucun mal à les annuler» et d’ajouter que «Ben Ali n’a pas bénéficié d’un procès juste et équitable».

«Le verdict a été annoncé quelques heures seulement après le procès ait commencé et que seule l’accusation ait parlé.»

Enfin, interrogé sur sa confiance dans le système judiciaire tunisien, Azouri a dit qu'il était très difficile pour les juges de délivrer un verdict objectif vu la pression à laquelle ils sont actuellement confrontés.

«Lorsque le président est au pouvoir, tout le monde veut se rapprocher de lui, mais quand il est évincé, ils rivalisent pour le condamner pour s’acquitter eux-mêmes.»

Lu sur Al Arabiya

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