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Un Sénégalais montre sa carte d'électeur, le 26 février 2012, à Dakar. REUTERS/Joe Penney
Un Sénégalais montre sa carte d'électeur, le 26 février 2012, à Dakar. REUTERS/Joe Penney

Tribune: Monsieur le Président du Sénégal, ne ratez pas votre sortie!

Depuis Dakar, le professeur Gorgui Dieng, du département d'anglais de l'Université Cheikh Anta Diop, s'adresse au président sortant Abdoulaye Wade pour qu'il fasse l'économie d'un second tour perdu d'avance.

Contre vents et marées et contre l’avis des éminents constitutionalistes de ce pays, le Conseil constitutionnel a validé votre candidature à un troisième mandat! Vous avez utilisé notre police pour la sécuriser au prix de vies humaines, comme nous le savons!

Vous aviez dit que seul Dieu (qui est d’une patience déconcertante!) pouvait vous empêcher d’être candidat, et que vous alliez respecter le verdict des urnes le 26 février. Incapable de vous contraindre à retirer votre candidature inconstitutionnelle, le peuple vous a pris au mot et est allé voter massivement! Et le verdict que vous entendiez est tombé, implacable!

Vous vous croyiez toujours populaire, induit en erreur que vous avez été par vous-même, par votre entourage de flagorneurs et par vos camarades de parti qui gonflaient vos meetings par des «militants» grassement payés, blanchis et convoyés!

Monsieur le Président, le réveil est brutal, mais cette fois-ci, vous avez brûlé toutes vos cartes et avez le devoir de préserver le pays et ses maigres ressources financières! Vous feriez mieux de ne plus écouter Souleymane Ndéné Ndiaye, Macky Sall et les marchands d’illusions enturbannés qui ne font que vous ruiner l’étroite marge de manœuvre qu’il vous reste pour demeurer encore dans le cœur meurtri de bon nombre de Sénégalais!

Si vous forcez le passage, vous n’aurez plus personne pour vous soutenir dans cette aventure, même pas certains marabouts qui ont jusque-là essayé de vous comprendre, vu votre âge et votre rang. Ils auront maintenant la conviction, et vous le diront haut et fort, que c’est vous qui torpillez la paix à laquelle ils appellent les dirigeants politiques et le peuple depuis longtemps!

Les résultats sont aujourd’hui, et le seront demain, bien entre les mains de la presse nationale et internationale, de toutes les chancelleries et de toutes les missions d’observation des élections, et ces dernières ont déjà une idée très précise des tendances lourdes: le second tour va bien avoir lieu! Et le Sénégal ne saurait faire bande à part dans ce monde «globalisé».

Le moment de se retirer

Cher président, il est grand temps d’arrêter l’aventure qui a tant coûté à votre peuple (plus de 12 personnes fauchées par la police, des centaines de blessés, la baisse de notre cote au niveau mondial, des dizaines de milliards engloutis, une économie au ralenti, entre autres) et à vous-même (la gloire d’un Nelson Mandela, d’un Léopold Sédar Senghor et d’un Abdou Diouf qui ont su quitter le pouvoir avec élégance)!

65,12% des Sénégalais ont voté contre vous au premier tour! C’est énorme! Le peuple a parlé et rejeté votre candidature que nous a imposée le Conseil constitutionnel; et il faut nécessairement l’entendre avec humilité et grandeur! Vous ne pouvez plus le convoquer pour justifier quelque légitimité que ce soit!

Excellence, toutes les issues sont maintenant hermétiquement verrouillées. A votre place, j’opterais sans hésiter pour le désistement qui vous grandirait un tantinet, alors que le second tour vers lequel vous allez, risque assurément d’être désastreux!

En effet, avec votre isolement incontestable et qui va aller sans nul doute crescendo (toute l’opposition, qui a engrangé 65% des voix au premier tour, le peuple des Assises nationales, ainsi la société civile se sont déjà rangés derrière votre adversaire!), 15% serait un miracle! Presque tous vos «fans» sont sortis le 26 février pour vous donner 34,82%, alors que beaucoup de vos adversaires sont restés chez eux pour plusieurs raisons. Avec la tournure des évènements, si tous les mécontents sortent, ce sera le tsunami à la sénégalaise…

Monsieur le Président, le peuple tient le bon bout que vous lui avez gracieusement tendu… Il ne va plus lâcher le morceau! La cause est définitivement entendue!

Pr. Gorgui Dieng

L'auteur est notamment maître de conférences et responsable du laboratoire d'études africaines et postcoloniale du département d'anglais de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

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Professeur au département d'anglais de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, au Sénégal.

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