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Des centaines de maisons ont été détruites à Brazzaville, le 4 mars. AFP/
Des centaines de maisons ont été détruites à Brazzaville, le 4 mars. AFP/

Congo: le jour où Brazzaville a explosé

Une série d'explosions dans un dépôt de munitions à Brazzaville a fait plusieurs centaines de morts et de blessés et de nombreux dégâts matériels, jusqu’à la capitale voisine, Kinshasa. Le plus grave accident de ce type en Afrique depuis 10 ans.

Mise à jour du 14 juillet 2012: Les Congolais se rendent aux urnes ce dimanche 15 juillet pour le premier tour des élections législatives. 1200 candidats sont en lice pour ce scrutin qui réunit de nombreux observateurs internationaux. 135 sièges, sur les 139 que compte l'Assemblée congolaise, sont à pourvoir. Le vote n'aura pas lieu dans trois circonscriptions de Brazzaville touchées par les explosions du 4 mars. La campagne a été marquée par de vives critiques de l'opposition, qui a accusé le Parti congolais du Travail (PCT) du président Denis Sassou Nguesso d'avoir utilisé les moyens de l'Etat.

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Une série de cinq explosions s’est produite dimanche 4 mars de 8h à 10h45 dans un dépôt de munitions à Brazzaville, la capitale de la République du Congo, rapporte la radio congolaise Radio Okapi.

Selon le porte-parole du gouvernement, Bienvenue Okemi, un court-circuit électrique serait à l'origine d'un incendie qui se serait propagé au dépôt central des armes et munitions. 

«L'explosion d'un dépôt d'armement des forces armées congolaises dans le quartier de Mpila (...) a causé la mort de plus d'une centaine de Congolais, soit 146 décès au moment où nous parlons sans oublier les dégâts matériels», explique le compte-rendu d'un conseil des ministres extraordinaire tenu dans la nuit du 4 au 5 mars.

De leurs côtés, des sources diplomatiques parlent d’environ 200 morts.

Parmi les victimes figurent des militaires et des civils habitant les quartiers populaires environnants de Yoro, Dragage, Wenze Manzanza, précise Radio Okapi.

L’agence Xinhua précise que six Chinois ont été tués et un autre est porté disparu dans l'explosion alors qu’ils travaillaient pour une société de construction. Des dizaines d'ouvriers chinois ont été également blessés. Certains sont dans un état critique, a déclaré un diplomate de l'ambassade chinoise.

«Le Congo Brazzaville est en deuil, observe Le Pays du Burkina Faso. Il ne s’agit pas cette fois-ci d’un naufrage de bateau, d’un déraillement de train ou d’un crash d’avion, comme l’Afrique centrale nous y a habitués. C’est l’explosion d’une caserne militaire, située en pleine ville, qui cause l’émoi.»

 
Brazzaville, le 4 mars 2012

Le choc des victimes

«Ce que j'ai vécu c'est l'apocalypse. C'est par la grâce de Dieu que je vous parle. Toute ma maison s'est écroulée. Ma mère est décédée, mon père, mes deux frères et mes deux soeurs aussi. La vie ne me sert plus à rien», a raconté à l'AFP Jeanette Nuongui, 36 ans, sur son lit à l'hôpital militaire.

«C'est la première détonation qui a tout soufflé. Je suis militaire, ce qui s'est passé ici, c'est plus qu'un typhon, c'est plus qu'une guerre civile. Toute la maison a été détruite. Je ne sais pas ce que je vais devenir», a également témoigné un homme d'une quarantaine d'années.

«De nombreuses maisons ont été rasées par le souffle de l'explosion, des vitres ont volé en éclats, des toitures ont été éventrées et des portes défoncées», a constaté une journaliste de l'AFP.

Un mouvement de panique a suivi les déflagrations.

Des gens ont fui «avec leurs bagages sur la tête, pieds nus, certains à peine habillés. Il n'y a pas de circulation, pas de bus, pas de taxi», a déclaré en fin de matinée une habitante.

Le ministre congolais de la Défense, Charles Zacharie Bowao, est rapidement apparu à la télévision nationale pour appeler au calme à Brazzaville et à Kinshasa, la capitale voisine de la République Démocratique du Congo (RDC), séparée par le fleuve Congo.

«Les explosions que vous avez entendues ne signifient pas qu'il y ait une guerre ou un coup d'Etat», a-t-il assuré, rapporte la BBC.

Quotidien de Ouagadougou, Le Pays estime que le drame est évitable.

«On ne le dira jamais assez, la présence des dépôts d’armes dans les capitales africaines pose problème.»

Et de souligner:

«Pour assurer leur sécurité, les dirigeants préfèrent avoir des camps à proximité des institutions républicaines. La cohabitation entre cités populeuses et camps militaires se passe généralement bien, jusqu’au jour où le drame survient. En attendant d’en savoir plus sur les causes de cette explosion, ce triste événement devrait être le déclic pour une délocalisation des camps militaires vers des zones non habitées. On peut éviter l’hécatombe en cas d’accident (ou d’attentat ?) quand les bases militaires sont isolées. Ce qui est valable pour le Congo-Brazzaville l’est aussi pour la plupart des pays africains», conclut le journal burkinabé.

Il s'agirait du bilan le plus lourd d'un accident de ce type en Afrique depuis 10 ans.

L'organisation des secours

Le président de la République du Congo Denis Sassou Nguesso «a demandé à la force publique de circonscrire une zone de sécurité tout autour du sinistre et d'y déclarer le couvre-feu», selon le compte-rendu.

Il a également appelé les Congolais à faire preuve de «courage et de solidarité», précise la BBC.

Le ministre de la Santé, Georges Moyen, a déclaré que du personnel médical supplémentaire avait été déployé «pour dispenser les meilleurs soins possibles dans cette situation tragique», rapporte le quotidien sud-africain le Mail & Guardian.

Les services d’urgence des hôpitaux de base ont été rapidement débordés dans la prise en charge des blessés. Une opération de don de sang a été organisée par le responsable de l’hôpital de Makelekele.

Le gouvernement a informé que «la cathédrale Sacré Cœur de Brazzaville, le marché couvert de Nkombo et la paroisse Notre Dame du Rosaire vont servir de lieux d'hébergement. La recherche des disparus reste une priorité», rapporte l’AFP.

A Kinshasa, la capitale de la RDC frontalière, quelques dégâts matériels mineurs ont été enregistrés.

«Certains Kinois ont paniqué estimant que ces explosions provenaient de Kinshasa», a déclaré à Radio Okapi le 4 mars le ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende .

La France a annoncé l'envoi d'une aide d'urgence à Brazzaville, rapporte la radio belge RTBF.

«Dans ces circonstances particulièrement tragiques, je tiens à exprimer, à nouveau, la solidarité de la France aux autorités et au peuple congolais durement atteints par ce drame», a indiqué le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.

Le Maroc devrait aussi porter assistance. Un premier avion chargé de médicaments et de matériel médical devait quitter dimanche soir le Maroc à destination du Congo.

Annabelle Creuzé

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