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Des blogueurs sénégalais dans une rue de Dakar. AFP
Des blogueurs sénégalais dans une rue de Dakar. AFP

Présidentielle sénégalaise: les internautes montent au front

Rarement une élection dans un pays de l’Afrique de l’Ouest aura suscité un si grand intérêt de la part des médias sociaux locaux. Des net-citoyens sénégalais semblent avoir pris une longueur d’avance sur les hommes politiques.

Mise à jour du 5 mars: Le second tour de l'élection présidentielle au Sénégal opposant le chef de l'Etat sortant Abdoulaye Wade à son ancien premier ministre Macky Sall aura lieu le 25 mars, a annoncé à l'AFP la Commission électorale nationale autonome (Céna).

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Les doutes sont dissipés, les Sénégalais sont désormais fixés. Il y aura bien un second tour de la présidentielle qui opposera le président sortant Abdoulaye Wade à son ex-Premier ministre Macky Sall. Si le premier tour du dimanche 26 février a été scruté sur le terrain par de nombreux observateurs locaux et internationaux, il l’aura été autant sur Internet. Les cybers-citoyens sénégalais ont en effet déployé un véritable arsenal sur la Toile pour suivre, dans leurs moindres détails, la campagne électorale et le scrutin.

Et ceux qui étaient à l’affut d’anecdotes dont raffolent généralement les internautes n’auront pas été déçus. Deux des 13 candidats qui étaient en lice ont commis une bévue dont se sont délectés notamment les utilisateurs du site de microbloging Twitter, créant le buzz.

Candidats gaffeurs

C’est Abdoulaye Wade qui a ouvert le bal. Arrivant ce dimanche à son bureau de vote au centre Mouhamed Fadilou Mbacké de Point E (Dakar), il est accueilli par des huées. Ce qui met le président visiblement très mal à l’aise au point d’oublier ses pièces d’identité sur place après avoir —correctement— accompli son vote. La scène du chahut est filmée par des journalistes et blogueurs et la séquence vidéo se retrouve immédiatement sur YouTube. Un blogueur réussit à récupérer la carte d’identité de Wade et à prendre une photo qui, en quelques secondes, fait le tour du Web et finit par donner lieu à un article posté sur le blog RFI-France24 spécialement créé pour suivre l’élection présidentielle.

La candidate et couturière Diouma Dieng Diakhaté, elle, a créé un style de vote jusque-là inconnu des Sénégalais. Pour accomplir son devoir civique, elle a tout simplement jeté l’enveloppe contenant son bulletin dans la poubelle de l’isoloir pour mettre celui des 13 autres candidats dans l’urne. Ce qui a fait pouffer de rire les membres du bureau de vote du centre de vote Aldo Gentina situé dans le quartier chic des Almadies (Dakar) et a inspiré ce tweet à @JusticeJFK: «Diouma Dieng Diakhaté prend la poubelle pour l’urne».

Tentant de redresser la barre, elle s'explique: «Toutes les fois que j’ai eu à voter, j’ai laissé l’enveloppe contenant le bulletin dans l’isoloir». Raté. Message qu’elle rectifiera plus tard sur Zik Fm par: «J’ai fait exprès de m’être trompée en votant». Elle assume donc et Twitter s’en donne à cœur joie.

Les net-citoyens veillent au grain

Les blogueurs sénégalais auront veillé jusqu’à tard la nuit du 26 février dernier. Ces mordus d’Internet ont été particulièrement présents sur la Toile. A travers un livetweet soutenu, les Twittos (utilisateurs de Twitter)  et  Facebookiens (Facebook) ont chauffé à blanc la Timeline (journal) de ces deux réseaux sociaux.

Après le terrain pour contester la candidature du président sortant ces dernières semaines, c’est en effet sur Internet que s’est déplacée la campagne présidentielle sénégalaise qui a culminé avec le vote du dimanche.

Sur Twitter, le nouveau hashtag #sunu2012 fait un tabac. Tout comme son ainé #kebetu. Pour espérer se faire lire sur Twitter concernant notamment la présidentielle, ces deux mots-clés sont incontournables. #sunu2012 qui signifie «élection de 2012, notre cause» en langue Wolof, a été spécialement créé pour suivre le scrutin. Il constitue maintenant une plateforme de veille permanente et 100% citoyenne, donnant naissance à un blog, une page Facebook et une «chaîne» sur YouTube crées par l’Association des blogueurs du Sénégal que préside @basileniane.

Très inspirés, les blogueurs, journalistes et web-activistes sénégalais ont traduit Twitter en wolof par #kebetu. Ce mot-clé «représente à lui seul un sésame d'entrée dans la conscience twittosphérique d'internautes, de journalistes et de blogueurs qui s'inscrivent sur la voie des e-médias pour y faire exister le Sénégal», comme l’écrit le blog Citizen Nantes.

Après le vote, par exemple, il était possible de suivre en temps réel le dépouillement des bulletins par bureau de vote à travers ces deux hashtags.

Pour le blogueur Basile Niane:

«Jamais une élection au Sénégal n'a eu autant d'engouement à travers les réseaux sociaux. Personne ne peut voler ces élections, dit-il. Parce qu'on est là. Notre pouvoir, c'est de veiller et de dire aux gens: ça c'est une mauvaise information, ça c'est une bonne information. Même s'ils n'ont pas accès à l'Internet, les téléphones portables sont là. Nous sommes en Afrique et nous allons sauter des étapes».

C’est en tout cas de pied ferme que médias traditionnels et sociaux ont sauté dans l’arène politique sénégalaise pour suivre la campagne et «sécuriser le vote». Rarement une élection dans un pays de l’Afrique de l’Ouest aura suscité un si grand intérêt de la part des médias sociaux locaux. Des net-citoyens qui semblent avoir pris une longueur d’avance sur les hommes politiques sur la Toile.

Facebook, une force de frappe

«Devrait-on regarder les candidats continuer à utiliser les canaux de communication traditionnels et laisser en marge le monde des blogs, le développement des sites de démocratie participative, le monde et le réseau des plateformes inter-connectés pour la diffusion et le partage de l’information?», s’interrogeait fin janvier, le blogueur Cheik Fall.

Comme «par définition un Sénégalais aime parler de politique, de coupures de courant. Il aime critiquer Wade et son fils Karim, raconter des blagues, etc.», le site paroles-aux-sénégalais, qui s’ouvre sur ces propos, a été justement créé. Ce site qui se définit comme «un espace sérieux fait par des Sénégalais pour les Sénégalais» fait partie du dispositif de veille mis en place.

Déjà en 2011, le mouvement de contestations avait commencé sur la Toile à la suite du projet de réforme constitutionnelle (le fameux Ticket présidentiel), soumis à l’Assemblée nationale par le président Wade. Cela avait suscité un tollé donnant naissance au mouvement M23 et un florilège de groupes Facebook: «Y’en a marre», «Non à la manipulation de la Constitution pour un 3e mandat de Wade», «Touche pas à ma Constitution», «Non à la candidature anticonstitutionnelle de Wade en 2012»,  Les «Enchaînés de la République», «Deloci goor» (Retour à la dignité), «Y’en a marre des députés de Wade»,  «Wade dégage», «Doyna Seuk» (Ça suffit), «Réhabilitons notre Sénégal», «Action générale Wade dégage», ou encore «Révolution sénégalaise», totalisent plus de 70.000 membres.

Cette dynamique des réseaux sociaux et de la blogosphère est une preuve de la «vitalité sénégalaise sur Internet [à  cause de] la qualité de la connexion généralement bonne». Avec une population de 12,6 millions d’habitants, le Sénégal compte près de 2 millions d’internautes, dont 620.000 comptes Facebook, selon le site de référence Internetworlstats. Une vivacité d’autant plus remarquable que les internautes sénégalais représentent à peine 16% de la population dans un pays où la radio et le téléphone portable gardent encore toute leur place. 

Alimou Sow

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Alimou Sow

Journaliste blogueur guinéen.

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