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Marche des femmes pour la citoyenneté et l'égalité le 29 janvier 2011 à Tunis. REUTERS/Louafi Larbi
Marche des femmes pour la citoyenneté et l'égalité le 29 janvier 2011 à Tunis. REUTERS/Louafi Larbi

Préserver le statut des Tunisiennes

La Tunisie est le pays du monde arabe où la condition féminine est la plus avancée. Mais ces acquis pourraient bien être menacés.

La Tunisie est le pays du Maghreb, où l’on considère —à raison— que la situation de la femme est de loin la meilleure.

La femme tunisienne est (presque) l'égale de l'homme

Le 13 août 1956 le Code du statut personnel voulu par le président de l'époque Habib Bourguiba (au pouvoir de 1957 à 1987) et imposé aux courants les plus conservateurs de la société, proclame «le principe de l’égalité de l’homme et de la femme» sur le plan de la citoyenneté.

La polygamie est abolie, le divorce judiciaire est institué et le divorce religieux qui se résume généralement à une simple répudiation orale est interdit, l’âge minimum du mariage est établi à 17 ans avec l’obligation des parents d’obtenir le consentement de leur fille.

Contrairement à une idée répandue, aucune de ces mesures n’est contraire aux principes de l’islam, et toutes se basent sur l’exégèse du Coran ou ijtihad. Seul le principe de l’héritage tel que le prône l’islam —l’homme héritant du double par rapport à la femme— n’a jamais pu être remis en cause.

Aujourd’hui encore, s'il ne faut pas sous-estimer le poids de la tradition patriarcale et l’attachement de nombre de Tunisiens aux principes de l’islam, il ne faut pas oublier non plus que cette avancée a été le fait de Bourguiba, qui jouissait alors d’une légitimité telle qu’il pouvait prendre à contre-courant les milieux les plus conservateurs.

Le Code du statut personnel, instrument du régime Ben Ali

En 1988, Ben Ali promet de ne jamais supprimer le Code du statut personnel, il le consolide même par quelques amendements dont la participation de la mère à la gestion de ses enfants, l’attribution d’allocations familiales de façon automatique à toute femme divorcée ayant obtenu la garde de ses enfants, la possibilité pour une femme tunisienne mariée à un étranger d’accorder sa propre nationalité à sa progéniture.

Mais pour avantageux qu’il soit pour la femme, et même s’il est resté associé dans les esprits à la figure de Bourguiba, le Code du statut personnel a souvent servi d’alibi au régime autoritaire de Ben Ali, et d’argument de choix pour rallier l’opinion contre la propagande islamiste qui prêchait clandestinement son abrogation.

En instrumentalisant ainsi le Code du statut personnel, le régime de Ben Ali a peut-être durablement brouillé la perception que les Tunisiens peuvent en avoir, et rien n’assure qu’il ne soit pas aujourd’hui partiellement en péril car considéré —à tort— comme contraire aux principes de l’islam.

Les femmes toujours à l'écart de la politique

D’autant que si l’on peut parler d’avancées certaines du statut des femmes, la place de ces dernières en politique n’a pas véritablement progressé. Le pouvoir de Ben Ali s’est certes plu à avancer que le nombre de femmes députés est passé de 1,82% en 1996 à 11,5% en 2000, puis à 22,75 % en 2004, l’illégitimité de ces Parlements successifs nuit à la crédibilité de ces chiffres.

Il est plus inquiétant de constater que la participation des femmes à la vie politique reste insuffisante, même depuis le 14 janvier 2011 et la fuite de Ben Ali. Seules deux femmes font actuellement partie du gouvernement de transition qui compte 22 membres: Mme Lilia Laabidi, ministre des Affaires de la Femme et Mme Habiba Zehi Ben Romdhane, ministre de la Santé publique.

Aucune juriste ne préside la Commission nationale d'établissement des faits sur les abus commis durant la dernière période, ni la Commission nationale d'établissement des faits sur les affaires de malversation et de corruption, ni la Haute Commission pour la réalisation des objectifs de la révolution, la réforme politique et la transition démocratique.

Lynchage systématique

Certes, la société civile compte des figures féminines majeures, comme l’avocate Radhia Nasraoui, qui a fondé en 2003 l'Association contre la torture en Tunisie, dénonçant ainsi cette pratique systématique depuis l'accession au pouvoir du président Ben Ali. Egalement, la journaliste Sihem Bensedrine, qui a fondé en 1998 le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) dont elle est aujourd’hui la principale porte-parole. Ou encore la juriste Sana Ben Achour, qui préside depuis 2008 l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) qui a tenté de faire la lumière sur les domaines où la protection des droits de la femme laissait à désirer.

Toutes ont subi des actes de violence, de harcèlement, des condamnations arbitraires ou des campagnes systématiques de lynchage médiatique.

Une discrétion politique dangereuse pour le statut des femmes

Mais la Tunisie compte peu de femmes politiques de premier plan, à l’exception notable de Maya Jribi, première femme tunisienne à diriger un parti, puisqu’elle a été élue en 2006 à la tête du Parti démocrate progressiste (PDP), succédant ainsi à Nejib Chébbi. C’est néanmoins ce dernier qui a été mis en avant avec sa participation aux deux premiers gouvernements de transition.

Or, le faible taux de participation des femmes au niveau de la prise de décision politique risque d’avoir de graves répercussions sur leur avancement et leur capacité à jouir pleinement de leurs droits fondamentaux. Il est donc important dans les prochains mois que des figures politiques féminines s’affirment ou émergent pour l’élection de l’Assemblée constituante, qu’elles militent pour l’inscription dans la future Constitution du principe d’égalité de l’homme et de la femme et qu’elles veillent enfin, aidées des militants et militantes ainsi que des cadres de leurs partis, à ce que les acquis du Code du statut personnel ne soient pas remis en question.

Meryem Belkaïd

Meryem Belkaïd

Universitaire algéro-tunisienne.

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