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Collomb sur le terrain de la crise migratoire

Le ministre français de l'Intérieur, Gérard Collomb, en visite au Niger, s'est rendu samedi "sur le terrain" de la crise migratoire à Agadez, aux portes de la Libye, où il a entendu les récits très durs d'hommes et de femmes cassés par leur parcours.

Accueilli au rythme des chants traditionnels par des Touaregs en costumes d'apparat, le ministre s'est rendu au centre de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) où plus de 300 migrants sont accueillis, dans l'attente de leur retour volontaire.

Des hommes patientent sous des préaux, les femmes surveillent leurs enfants dans le quartier réservé. "On veut rentrer à la maison. C'est trop horrible. Je reviens de Libye, c'était une expérience terrible", explique en se tordant les mains Jennifer, une Nigériane, au ministre.

M. Collomb avait débuté sa visite jeudi à Niamey, pour une rencontre sur la lutte contre les passeurs, lors de laquelle neuf pays africains se sont engagés à mieux coopérer pour bloquer les migrations irrégulières.

Mais pour "se rendre compte de la situation sur le terrain", alors que la crise migratoire inquiète les opinions publiques, M. Collomb s'est ensuite rendu à Agadez, aux portes du désert libyen, et qui a longtemps fait figure de plaque tournante des réseaux de passeurs.

Premier ministre français à se rendre à Agadez depuis au moins dix ans, il a pu entendre les expériences des rescapés de Libye.

"Mon mari voulait passer en Europe. J'ai préféré revenir toute seule. Je n'ai pas de nouvelles", explique au ministre Aïcha, une Sierra-Leonaise enceinte, avant d'éclater en sanglots.

Le récit est souvent difficile, face à cet aréopage de responsables officiels venu de l'autre côté de la Méditerranée. "J'ai perdu trois amis en Libye", déclare un jeune Libérien, avant de plonger la tête dans ses mains et de quitter la table où plusieurs migrants font le récit de leurs épreuves.

Samuel, un Camerounais, a passé deux mois en prison, après avoir été rattrapé en bateau par les gardes-côtes libyens, alors qu'il touchait les eaux internationales. "Les Libyens n'ont aucune pitié. Ils vous kidnappent et vous mettent en prison. La rançon c'est 200.000 francs CFA (300 euros) pour les hommes, 250.000 pour les femmes. Et si ta famille ne paie pas, on te tue", raconte-t-il.

 - 'Chimères' -

Mais à l'heure où Nigériens et Européens multiplient les efforts pour fermer la route passant par la Libye, un nombre croissant de personnes arrivent à Agadez en provenance d'Algérie, avec des récits pleins d'amertume.

"Nous les Noirs en Algérie, on est trop fatigués. Mon idée n'était pas d'aller en Europe, juste de m'occuper de ma famille. Mais là-bas, on nous prend pour des animaux", assure un jeune Burkinabè "rapatrié" de force d'Algérie.

"Ce sont des récits tragiques", soupire M. Collomb. "Ces gens croyaient trouver l'eldorado, mais ils se sont aperçus qu'il n'y avait que des chimères à vouloir partir", estime le ministre qui a fait de la lutte contre l'immigration irrégulière une priorité, avec un projet de loi controversé.

"Sans ce centre ils seraient perdus à la frontière. Heureusement qu'il y a un pays qui leur assure la sécurité et leur permet de se reconstruire", ajoute-t-il en se félicitant de la politique "de fermeté mais humaine menée par le Niger".

Lors d'une rencontre avec des responsables locaux dans la matinée, M. Collomb avait promis de se faire "le porte-parole d'Agadez" en France et au niveau européen pour doper les projets de soutien à la reconversion de l'économie régionale. "Nous sommes conscients qu'il faut essayer de reconstruire une économie alternative" à celle des passeurs de migrants, pour redonner des perspectives d'emploi aux jeunes.

L'économie de la migration illégale occupait 7.000 de ces jeunes dans la région, mais seuls 300 ont accepté d'entrer dans des programmes de reconversion, ont fait valoir les responsables locaux.

"Le Niger a tenu sa part d'engagements", a rappelé le gouverneur, en rappelant que l'aide permettait aussi d'"amener durablement une accalmie dans cette région".

AFP

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