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Peut-on encore critiquer l'islam?

«Peut-on encore critiquer l'islam?» La question fait le gros titre de une du magazine belge Le Vif/L’Express qui lui consacre son dossier de couverture. Le débat s'appuie notamment sur un incident récent qui s'est déroulée dans l'enceinte de l'Université Libre de Bruxelles (ULB). 

«Burqa bla-bla! Burqa bla-bla!» Le 7 février dernier, à Bruxelles, des manifestants s'affichant comme musulmans ont empêché par ce slogan l'essayiste française Caroline Fourest de s'exprimer face à l'historien Hervé Hasquin, lors d'un débat sur l'extrême droite à l'ULB.

Le Vif/L’Express explique que, pour ces activistes du courant islamo-gauchiste qui ont empêché le débat de se tenir, les musulmans sont «les nouveaux opprimés d'une société foncièrement colonialiste et partageraient le sort peu enviable de toutes les victimes de la crise économique».

«Tabou, l'islam?» Le Vif/L'Express a interrogé plusieurs musulmans dont l'islamologue Michaël Privot. Lors de la crise des caricatures danoises de Mahomet, ce membre de la confrérie des Frères musulmans née en Egypte avait été l'un des rares musulmans à ne pas condamner la caricature de l'image du Prophète.

Le 5 février 2006 à Bruxelles, plus de 3.000 personnes avaient défilé sur le boulevard Reyers pour protester contre cette utilisation de l'image de Mahomet.

Aujourd'hui, Privot dirige le secrétariat du Réseau européen contre le racisme (Enar), un lobby qui veut faire avancer la lutte contre les discriminations, le racisme,et l'islamophobie, explique le quotidien belge.

Si les remarques négatives sur l'islam sont souvent qualifiées d'«islamophobes», Privot maintient une position détachée sur le principe de la liberté d'expression.

«Dans une démocratie libérale, il n'y a aucune raison d'interdire une quelconque critique de l'islam. Vu de l'extérieur, l'islam est un objet susceptible d'être critiqué par tout un chacun. En outre, la critique de l'islam par des non-musulmans fait partie du projet divin tel qu'il est exprimé dans le Coran. La divergence d'opinions, la critique y sont considérées comme un puissant incitant à la recherche de vérité», explique Privot.

Mais selon lui, les critiques à l'égard de l'islam sont excessives et mal documentées.

«Il s'agit le plus souvent de jugements infondés, de grossières approximations, de dénonciations de pratiques culturelles soudain attribuées à l'islam, voire d'insultes purement et simplement à l'encontre d'une religion, voire de ses pratiquants. C'est pourquoi il est important de bien différencier les registres, car une critique solidement charpentée de l'islam ou de certains de ces aspects ne sera jamais un problème en soi, car elle implique toujours la possibilité d'un dialogue, d'un échange, d'une construction.»

Selon lui, ce n'est pas la critique qui poserait problème, mais le matraquage médiatique et politique, résiume le magazine belge.

«Si, en Europe, les musulmans avaient un accès équivalent à la parole publique, ils ne se sentiraient plus victimes d'un système qui les oppresse et qui nourrit le processus de victimisation et les attitudes de rejet à l'égard de tout ce qui peut être perçu comme critique à l'encontre de leur religion», conclut l'islamologue Michaël Privot.

Le Vif/L’Express a publié le 28 février le résumé des questions des internautes posés à Michaël Privot.

Pour Mohamed Boulif, ancien président de l'Exécutif des musulmans de Belgique et étiquetté Frères musulmans, la critique de l'islam n'est également pas négative en soi, rapporte le quotidien belge.

«Je n'ai pas et les musulmans ne devraient pas non plus avoir de problème à ce que des non-musulmans remettent en question notre religion. C'est leur droit comme j'ai le droit de critiquer ou de remettre en cause les autres religions ou convictions, ou tout autre sujet de société. Mais il y a une condition importante: le respect de l'autre. Cela doit se faire dans le dialogue et le partage sans blesser, insulter ou injurier, car cela mène à la confrontation et à la surenchère. C'est une exigence minimale du vivre ensemble.»

Lu sur Le Vif/L'Express

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