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Ecair vient de se doter d’un deuxième Boeing 737-300 avec option d’un troisième appareil de même type cette année. By EI AMD
Ecair vient de se doter d’un deuxième Boeing 737-300 avec option d’un troisième appareil de même type cette année. By EI AMD

Congo-Brazzaville: décollage dans le brouillard pour le secteur aérien

Depuis son lancement en septembre 2011, la nouvelle compagnie aérienne Equatorial Congo airlines ne cesse de susciter des interrogations quant à sa viabilité dans le paysage sinistré du secteur aérien du Congo-Brazzaville.

La nomination, le 30 novembre dernier, en conseil des ministres, de Fatima Beyina Moussa en qualité de directrice générale est la seule indication qui consacre Equatorial Congo airlines (Ecair) comme une entreprise relevant du portefeuille de l’État.

Un énième pavillon national pour le Congo-Brazzaville qui possède déjà deux compagnies aériennes, Lina Congo et Air Congo, en quasi faillite et dont les salariés impayés depuis des lustres attendent d’être fixés sur leur sort.

Avec un capital social non communiqué, Ecair a bénéficié pour son décollage de l’expertise du bureau d’études allemand Lufthansa Consulting qui gère les aéroports de Brazzaville, Ollombo et Pointe-Noire à travers Aerco.

La société suisse Privat’Air l’assiste dans la maintenance de son Boeing 737 de 120 places. Dans son ambition de concurrencer les compagnies sous régionales telles que Camair Co, Gabon Airlines ou Rwandair, Ecair vient de se doter d'un deuxième Boeing 737-300 avec option d’un troisième appareil de même type cette année.

Luttes intestines

Une même ambition de couvrir le ciel sous régional avait été annoncée par le gouvernement congolais lors de la création d’Air Congo en 2007. Dotée d’un capital de FCFA 10 millions et de deux avions chinois Ma60, cette entreprise avait pour partenaire le groupe sud-africain Allegiance Air qui avait fini par se désengager deux ans plus tard, «tant la politique du gouvernement n’est pas lisible dans l’aérien», indique un syndicaliste du secteur.

Preuve de ce brouillard, la tentative gouvernementale de relancer Air Congo. En effet, un mois avant l’envol d’Ecair, le ministre des Transports et de l’aviation civile, Isidore Mvouba, avait signé avec Xu Bo, vice président de la société chinoise d’import-export en matière aéronautique, Avic International, un accord de maintenance pour les appareils cloués au sol d’Air Congo.

Il prévoyait, pour cette année, la dotation d’un nouvel aéronef pour cette entreprise, mais qui n’a pas été suivie d’effet.

Selon un fonctionnaire de ce ministère, «cette situation est révélatrice des luttes internes au sein du gouvernement pour la gestion des droits de trafic aérien».

Liste noire

Créée en 1965, Lina Congo a toujours été l’instrument officiel dans tous les accords aériens signés avec les pays tiers et la détentrice de ces droits de trafic. Avant de récupérer totalement les droits de trafic sur le Congo cédés à Air Afrique disparue en 2002, Lina Congo gérait déjà le flux sur Luanda, Libreville, Cotonou et Douala.

«Le contrôle de ces droits de trafic dont les montants ne sont connus que de quelques initiés est à la base de la liquidation de Lina Congo et à l’origine des créations de ces nouvelles sociétés aériennes», explique le commis de l’État.

Ancien représentant de Lina Congo au Gabon, Serge Albert Nkoua affirme qu’au Congo:

«l’État se confond très souvent avec des personnes physiques qui s’identifient à lui, les calendriers cachés de ces dernières causent fréquemment du tort au pays tout entier».

Outre ces trois entreprises toujours dans le giron de l’État, puisqu’aucune n’est officiellement liquidée, le Congo compte «une dizaine» de sociétés aériennes dont aucune ne peut survoler de l’Europe pour cause d’inscription sur «la liste noire» de la Commission européenne.

Selon un contrôleur aérien à l’aéroport de Maya Maya à Brazzaville, «ce n’est pas parce que votre business plan a été réalisé par un consultant international que vous abandonnez dès que les premières recettes rentrent en caisse que les Européens vous autoriseront le survol de leur espace. Tous les acteurs du secteur savent qu’avec des fonds de démarrage incertains et un manque criant de trésorerie, ces entreprises jouent en permanence au yo-yo avec la vie des passagers».

Jean Clotaire Hymboud

Cet article a d'abord été publié sur Marchés Tropicaux & Méditerranéens.

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