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Conférence de presse de Macky Sall à Dakar le 4 février 2012. AFP/SEYLLOU
Conférence de presse de Macky Sall à Dakar le 4 février 2012. AFP/SEYLLOU

Macky Sall, l'homme qui a battu Wade

Ancien compagnon d'Abdoulaye Wade, Macky Sall sera le quatrième président de l'histoire du Sénégal. Retour sur son ascension fulgurante.

 

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Dakar bouillonne. La capitale sénégalaise vibre au rythme des premières tendances de la présidentielle du 26 février qui place le président sortant Abdoulaye Wade en tête du premier tour avec 32% des suffrages suivi de Macky Sall, avec 27%. La tension des grands soirs de campagne électorale règne toujours. Tous sont accrochés à un poste radio, attentifs aux derniers résultats du scrutin. Devant les locaux du quartier général de Macky Sall, qui se trouve sur les deux voies de dégagement de Liberté VI, des journalistes font le pied de grue. Va-et-vient incessants des membres du bureau. Eclats de rire par ci, tape des mains par là. Et on rit, on s’esclaffe comme pour savourer une victoire. Même si le tour n’est pas joué, «les Sénégalais sont en passe de réaliser une seconde alternance générationnelle», clament des passants.

Macky Sall, président? Si l’on en croit les premières estimations du scrutin du 26 février, le Sénégal s’achemine inéluctablement vers un second tour. Abdoulaye Wade est au coude à coude avec le leader de l’Alliance pour la République (Apr). Désormais pour ce dernier, plus que «quelques pas le séparent du palais présidentiel», a déclaré un membre de l’opposition sur les ondes de la Radio Futurs Médias (RFM). Car, soutient-il, «aucun candidat ne nouera d’alliance avec Wade. Il est fini».

A Dakar, la nouvelle a surpris. Jusqu’à la publication des premiers résultats, le soir du scrutin, certains pensaient  encore à un «hold up électoral» du camp libéral. Même si certains se sont réveillés avec la «gueule de bois» à cause de la défaite du parti de l’unité et du rassemblement, Bennoo Siggil Senegaal, d’autres savourent la victoire du peuple au soir du 26 février, qui est en passe de réussir sa seconde alternance.

Génial et travailleur pour certains, incompétent et peu charismatique pour d’autres, Macky Sall divise. Même s’il est respecté par tous pour ces quatre années de dure labeur dans le Sénégal des profondeurs. Pour beaucoup, Macky Sall récolte aujourd’hui les fruits de ce travail car derrière sa nonchalance et son physique imposant, se cache une volonté de fer à toute épreuve, grâce à laquelle il a conquis l’électorat sénégalais.

Ancien faucon de Wade

Il est rare, même très rare de voir son visage s’éclairer d'un simple sourire. Macky Sall n’est pas du genre à rire ou à s’enthousiasmer. Il est du genre introverti avec une mine toujours sévère. Ce qui lui a valu d’être surnommé par la presse locale Niangal Sall (sévère en wolof).

Homme politique sénégalais né le 11 décembre 1961 dans la région de Fatick, localité située au centre du pays, Macky Sall est un ingénieur et géophysicien de formation. Issu d’une famille très modeste de quatre enfants, de père ouvrier dans la fonction publique et d’une mère vendeuse de cacahuètes, Macky Sall passe une enfance tranquille dans la campagne entre la région de Fatick et le Fouta. Le baccalauréat en poche, il s’envole pour l’université de Dakar où il fait la rencontre de Landing Savané, leader d’And jëf, dont il intègre le mouvement. Quelques temps après, il se sépare de ce dernier, et rejoint le camp libéral. En 1983, débute son compagnonnage avec Wade. Malgré toutes les péripéties que rencontrent le PDS, avec l’emprisonnement de l’opposant Wade et le départ de certains des leurs, Macky Sall reste aux côtés de son mentor, jusqu’en 2000, qui porte Abdoulaye Wade à la magistrature suprême du pays.

La montée en puissance

Après avoir pris une part active à la victoire des libéraux, Wade ne lui confie, pas pour autant, de portefeuille ministériel. De décembre 2000 à juillet 2001, il est nommé directeur général de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen). Ensuite, il devient conseiller spécial du président de la République chargé de l’Energie et des Mines, d’avril 2000 à mai 2001. Avant d’être bombardé ministre des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique. Ensuite de novembre 2002 à août 2003, il détient en sus de son portefeuille ministériel celui de ministre d’Etat. D'août 2003 à avril 2004, il est affecté au poste de ministre d'État, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, porte-parole du gouvernement dont Idrissa Seck est le Premier ministre. Et, parallèlement, il est nommé vice-président du comité directeur du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) en avril 2004.

C'est en avril 2004 qu'il obtient la consécration. Il est nommé Premier ministre, poste qu’il occupera jusqu’en juin 2007. Cette année-là, il devient président de l’Assemblée nationale. C’est de là que commence ces bisbilles avec son pygmalion.

Le 16 novembre 2007, le comité directeur du PDS décide de supprimer le poste de numéro deux du parti et de réduire le mandat du président de l’Assemblée nationale, de 5 à un an. Une sanction qui en vérité n’est destinée qu’à faire payer «la lourde faute politique», selon les termes utilisés par les libéraux, de Macky, coupable d’avoir convoqué, Karim Wade, fils du président, pour l’auditionner dans le cadre des travaux de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci). Acculé et bousculé par ses «frères», il démissionne du parti et de son poste le 9 novembre 2008. Et crée son propre parti, Alliance pour la République (Apr/Yakaar). Il commence dès lors à régler ses comptes avec le clan Wade.

C’est du Macky(llage)

Pour beaucoup d’observateurs, l’humiliation de Macky Sall au sein du Parti démocratique n’est en fait que la résultante de ses basses œuvres au sein de la formation. «Macky Sall n’est pas un ange», témoigne d’emblée un journaliste sous couvert de l’anonymat. Alors directeur de campagne de Wade à l’élection présidentielle de 2007, Macky Sall arrive dans son bureau de vote sans présenter de pièce d’identité et défie l’autorité du président en place pour accomplir son acte citoyen, en lui lançant un simple «je suis le Premier ministre». 

Un geste, qui selon ce journaliste, n’est rien d’autre qu’un acte de despote. Pour celui-ci, il ne faudrait pas oublier non plus, que le probable futur président du Sénégal a joué un rôle majeur dans l’emprisonnement  d’Idrissa Seck —ancien Premier ministre de 2002 à 2004 et candidat à la présidentielle—, pendant huit mois, dans le cadre de  l’affaire des chantiers de Thiès. En retour, Idrissa Seck l’a ouvertement accusé de détournement de deniers publics qui s’élèvent à 7 milliards de francs CFA, soit plus de dix millions d'euros. La prouesse de l'actuel challenger de Wade, c'est d'avoir réussi à faire oublier ses années de compagnonnage avec celui qu'il n'hésitait pas à comparer à Napoléon.

Tout cela est aujourd'hui de l'histoire ancienne. Depuis sa disgrâce, il est resté cohérent dans son engagement à lutter contre le pouvoir du président, Abdoulaye Wade. Pour beaucoup de Sénégalais, il apparaît comme l'homme qui a subi une injustice après avoir tenté de freiner la dévolution monarchique du pouvoir.

Même son attitude controversée au sein du M23 (Rassemblement de l'opposition), Macky Sall n'ayant pas brillé par une dénonciation appuyée de la candidature de Wade, a porté ses fruits. Et tout porte à croire que ce sera bien lui qui sera le futur locataire du palais de l'avenue Léopold sédar Senghor.

Lala Ndiaye

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Lala Ndiaye

Lala Ndiaye. Journaliste à Slate Afrique

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