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Nigeria - Le procès anti-corruption qui fait tomber le roi du pétrole

Voitures et hôtels de luxe, villas de rêve, maîtresses couvertes de cadeau, jet privés, etc. James Onanefe Ibori dépensait sans compter. Aujourd'hui, ce Nigérian richissime de 49 ans qui a occupé de hautes fonctions politiques au Nigeria plaide coupable de 10 chefs d’accusation qui pèsent contre lui, dont le blanchiment de millions de dollars de fonds publics nigérians. Il l'a fait, le 27 février, devant le tribunal de Southwark Crown à Londres. Et pour cause, le blanchiment d’argent s’est fait notamment au Royaume-Uni.

L'information sur le procès réjouit Sahara Reporters, un site anti-corruption nigérian, qui y voit l’aboutissement de «la saga judiciaire et politique sans doute la plus spectaculaire impliquant une personnalité publique nigériane ces dernières années».

L'histoire de James Ibori se résume à une irrésistible ascension sociale, par des voies criminelles.

Jeune étudiant nigérian à Londres, James Ibori arrondit ses fins de mois par de petits larcins, regagne son pays pour devenir délinquant, puis gouverneur d’Etat et finit par être l’un des hommes les plus riches du Nigeria. Mais aussi le plus corrompu. James Onanefe Ibori, 49 ans, paye aujourd’hui sa vie fastueuse de ploutocrate devant la justice.

Selon le Wall Street Journal, James Ibori est accusé d’avoir siphonné 250 millions de dollars des caisses du riche Etat pétrolier du Delta dont il fut Gouverneur entre 1999 et 2007. Un montant que Sahara Reporters situe plutôt à 3 milliards de dollars. L’accusé, s’il est reconnu coupable, risque pour l’instant jusqu’à 10 ans de prison ferme.

L'inculpation de celui qui se faisait appeler l'«Ogidigbodigbo d’Afrique» au sommet de sa gloire est l’aboutissement d’une longue enquête lancée en 2005 par la police britannique.

Six des proches de James Ibori ont été reconnus coupables de complicité: sa sœur, Christine Ibie-Ibori, sa maîtresse, Udoamaka Okonkwo (née Onuigbo), son épouse, Theresa Nkoyo-Ibori et des avocats londoniens décrits comme «bien nantis» par Sahara Reporters.

Le Wall Street Journal explique que James Ibori a été arrêté à Dubaï en mai 2010 à la suite d'un mandat d’arrêt international, puis extradé à Londres par les autorités émiraties.

Sahara Reporters effectue une plongée dans le passé de l'ancien gouverneur qualifié de «criminel». On apprend ainsi que c’est à Londres, où il vivait dans les années 1990 comme un pauvre immigrant dans un appartement subventionné, que les activités de délinquance de James ont commencé. Lui et sa copine —et future épouse— Thérèse Nkoyo, arrondissaient leur fin de mois par des vols de cartes de crédit et des matériaux de construction, notamment dans un magasin à Londres. Actes pour lesquels il sera jugé et condamné à une amende.

James finit par rentrer au Nigeria pendant le régime de l’ancien dictateur Sani Abacha où son premier fait d’arme fut le «pillage d’un chantier de construction à Abuja». Il devient un agent au service de la machine répressive du régime.

Toujours selon le site, dans le Nigeria de l’ère post-Abacha, James Ibori finit par devenir puissant et riche en fructifiant ses gains illicites. En 1999, il se présente sous la bannière du parti PDP et remporte l’élection au poste de gouverneur de l'Etat du Delta.

Sept années durant, il amasse une fortune colossale lui permettant d’avoir une compagnie aérienne, des villas cossues dans tout le Nigéria ainsi qu’à Londres, aux Emirats arabes Unis et aux Etats-Unis. Il aurait même financé à lui tout seul la campagne présidentielle qui a porté l’ex-président Umaru Yar'Adua au pouvoir. 

Lu sur Sahara ReportersWall Street Journal

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