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Libye - L'Italie condamné pour avoir refoulé les immigrés entre les mains de Kadhafi

L’Italie a été reconnue coupable d’avoir bafoué les droits de l’Homme par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) à Strasbourg le 23 février, a annoncé Arte. Face à l’afflux continu des migrants en 2009, le gouvernement Berlusconi avait conclu un accord avec Mouammar Kadhafi pour refouler automatiquement tous les clandestins interceptés en mer directement vers la Libye où ils ont été maltraités. 

Rome ne pouvait ignorer que «les migrants irréguliers et demandeurs d'asile étaient systématiquement arrêtés et détenus (en Libye) dans des conditions que les observateurs (dont le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés) ont qualifié d'inhumaines», a affirmé la CEDH à Reuters.

La CEDH a reconnu que l’Italie n’a pas respecté le droit à l’examen de la demande d’asile. Et pour cause, les clandestins ont été renvoyés en Libye sans même être identifiés, relate l’agence de presse.

Ce jugement est une vraie avancée juridique: la CEDH a reconnu officiellement que les refoulements en mer sont considérés légalement comme des expulsions collectives, proscrites par le Protocole numéro 4 à la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales, rapporte The Guardian.

«La CEDH a reconnu que l’Italie a violé l’article 3 qui interdit la torture et les mauvais traitements ainsi que le protocole numéro 4», se réjouit l’avocat des réfugiés Anton Giulio Lana.

Le procès a été intenté par 23 clandestins érythréens et somaliens qui avaient été interceptés en pleine mer au Sud de Lampedusa. Selon Arte, après quatre jours de navigation sans essence, ils avaient appelés à l’aide et avaient été secourus par la Marine italienne.

«Nous les avons suivis mais à la fin, nous nous sommes retrouvés devant les soldats libyens qui nous attendaient pour nous enfermer dans des containers. Ils nous ont frappés avec des barres de fer», raconte l’un des clandestins à Arte.

Le site d'informations italien Diaro del Web a recueilli les différentes réactions des hommes politiques italiens. Dans l’ensemble, la classe politique italienne accueille assez bien ce jugement et reconnaît les torts de l’Italie dans cette affaire.

«L'arrêt de la CEDH confirme, une fois de plus, que la direction de Berlusconi a alimenté le racisme et la xénophobie», a déclaré Orlando, élu du parti l’Italie des valeurs (OVD).

Lu sur Arte, Reuters, The Guardian, Diaro del Web

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