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Un 2ème escadron de la gendarmerie composé de 85 hommes est attendu ce 24 février., by Richard Bouet / AFP
Un 2ème escadron de la gendarmerie composé de 85 hommes est attendu ce 24 février., by Richard Bouet / AFP

Pourquoi la Réunion explose

Initialement limitée à la capitale Saint-Denis et au Port, foyers habituels de la contestation sociale, les violences se sont propagées à une dizaine de communes de l’île.

Troisième nuit de violences urbaines sur fond de crise sociale à La Réunion. Le bilan est lourd: poubelles et voitures incendiées, commerces vandalisés, bâtiments publics dégradés, grandes surfaces prises d’assaut, une bibliothèque municipale détruite… et plus d’une dizaine de gendarmes et policiers blessés, rapporte le quotidien réunionnais linfo.re.

Les émeutes ont commencé le 21 février, lorsque des casseurs se sont mêlés aux routiers manifestant contre la hausse des prix du carburant et la vie chère. C'est à Saint-Denis, dans le quartier du Chaudron, et au Port que les affrontements les plus violents ont eu lieu. Depuis, la violence s'est étendue à une dizaine de communes de l’île.

Dans la nuit du 23 au 24 février, Sainte-Marie, Saint-André (au nord-est), Etang-Salé, Saint-Louis et Saint-Pierre (au sud-ouest) ont également été le théâtre d'affrontements entre jeunes et forces de l'ordre.

Policiers et gendarmes ont observé une radicalisation de la violence. Face aux jets de pierres et aux cocktails Molotov, difficile de disperser à coups de bombes lacrymogènes et de flash-balls les jeunes casseurs, parfois âgés de 15-16 ans. Cette nuit, pris en embuscade à Saint-Benoit, un gendarme a été blessé au visage, précise le journal local Zinfo974.

Ce mouvement de contestation contre la vie chère et l’augmentation du prix des carburants n’est pas nouveau à la Réunion. La précédente crise sociale date de 2009, encadrée par le COSPAR (Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives). Mais trois ans après, la fracture semble s’être encore élargie entre les décideurs et la population.

En pleine période présidentielle, la gauche attaque la droite et réciproquement, quand certains dénoncent l’inertie de l’Etat, d’autres reprochent aux élus locaux leur passivité. Chacun s’accuse et la souffrance de la population ne semble pas être entendue.

Le cri de détresse des Réunionnais

A la Réunion, le taux de chômage est trois fois plus important qu'en métropole, avoisinant les 60% pour les 15-25 ans. Et la situation ne semble pas aller en s’améliorant dans un département français où près de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté,rappelle linfo.re.

Pascal, un jeune diplômé en informatique de 26 ans, cherche un emploi depuis plus de deux ans. Le 23 février, il est parti manifester sa colère dans le quartier du Chaudron.

«Je n’ai rien à perdre, j’en ai marre que rien ne bouge ici. J’espère qu’avec la présidentielle qui approche, les jeunes vont arriver à se faire entendre, ça ne peut plus durer. Il faut que ça change.»

Pour le maire socialiste de Saint-Denis, Gilbert Annette, cette contestation «est l'expression d'un ras-le-bol contre une société qui va mal», rapporte linfo.re.

Le mouvement de contestation est parti de négociations interrompues entre la Société réunionnaise de produits Pétroliers (SRPP) et les syndicats de transporteurs. L’objectif était de faire baisser le prix des carburants.

Et si Jean-Bernard Caroupaye, président de la Fédération nationale des transporteurs routiers avait vivement appelé à la mobilisation des Réunionnais pour soutenir les revendications des  transporteurs, il a condamné fermement les émeutes, rapporte le même quotidien.

Le préfet de la Réunion, Michel Lalande, souhaitant appaiser les tensions a demandé solennellement «aux parents et adultes étrangers à ces violences de ne pas venir assister aux affrontements compte tenu des dangers et pour permettre aux policiers et gendarmes d'intervenir avec plus d'efficacité», précise linfo.re.

Quel espoir de sortie de crise ?

Invité le 23 février du journal de la chaîne de télévision réunionnaise Antenne Réunion, le maire de Saint Denis a souligné l’urgence d’adopter des mesures concrètes pour lutter contre la cherté de la vie et le chômage.

«Il faut un plan, des mesures d’urgence maintenant. Il faut un gel des prix, un panier de la ménagère pour les minima sociaux, pour redonner du pouvoir d’achat… Je rappelle qu’il y a des dégâts matériels mais que si les choses s’enveniment, il peut y avoir des drames humains…J’appelle la population, notamment les jeunes à renoncer à la violence, puisque la violence tourne le dos aux vraies solutions.»

Selon la préfecture, en trois jours, 141 émeutiers ont été interpellés dont 99 placés en garde à vue. Rien qu’au cours de la nuit du 23 au 24 février, 77 personnes ont été interpellées, 51 sont en garde à vue.

Des condamnations ont déjà été prononcées par le tribunal de Saint-Denis. Quatre jeunes ont écopé de 6 mois à 2 ans de prison ferme, rapporte la chaine de télévision Réunion 1ère.

Les discussions entre pétroliers et transporteurs ont repris ce 24 février après-midi. Cette table ronde est prévue dans les locaux de la Préfecture. La question brûlante de la vie chère et du prix des carburants reste au cœur des débats.

Annabelle Creuzé

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