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Togo - Le gouvernement togolais veut-il vraiment lutter contre la torture?

Qui veut étouffer la vérité sur la torture au Togo? L'enquête sur les actes de tortures perpétrés par l’Agence Nationale de Renseignement (ANR) au Togo a été bouclée. Mais la confusion a marqué la publication du rapport d'enquête.

L'enquête avait été commandée en septembre dernier à la Commission Nationale des Droits de l'Homme au Togo (CNDH-Togo) par le ministre de la Justice togolaise. L'objectif: faire la lumière sur les déclarations des détenus inculpés dans le coup d'Etat raté de 2009 au Togo qui ont accusé l'ANR, lors de leur procès, de les avoir torturés.

Au final, deux rapports contradictoires ont été publiés: l’un, le 18 février, sur le site du gouvernement togolais et l’autre, le 20 février, sur le site de la Commission Nationale des Droits de l'Homme au Togo (CNDH-Togo), rapporte la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

Le rapport dit «falsifié» du gouvernement togolais, mais présenté comme étant celui de l’institution nationale, conclut que «l’accusation de torture doit donc être rejetée». Deux jours plus tard, l’ONG togolaise dément la véracité de ce rapport et publie à son tour le «rapport authentique» signé par le président et le rapporteur de la commission, relate la FIDH.

«Le rapport que la CNDH a adopté en sa réunion plénière du 15 février 2012 est celui qui se trouve sur le site de la CNDH», affirme Koffi Sylvain Mensah Attoh, membre de la CNDH, à IciLome.

Quelques heures plus tard, le gouvernement togolais affirme dans un communiqué «avoir appris avec stupeur» que le rapport publié le 20 février sur le site de l’institution nationale «est différent de celui transmis le 17 février 2012 au gouvernement

Le «rapport authentique» retranscrit les interrogatoires des détenus et des membres soupçonnés de tortures de l’ANR. Les témoignages et les traces de tortures attestées par un médecin légiste confirment la thèse des détenus:

«il a été commis sur les détenus des actes de violences physique et morale à caractère inhumain et dégradant.»

Après la parution de ce rapport, le président de la CNDH Koffi Kounté a quitté la capitale togolaise Lomé pour Paris se sentant menacé. «Nous ne sommes pas étonnés puisque la pression avait déjà commencé il y a quelques jours», raconte-t-il à RFI le 20 février.

«Le rapport a été bien accueilli par le président, c’est l’entourage du chef de l’Etat qui est hostile», a-t-il expliqué à la radio française.

Après plusieurs jours de polémique internationale, «une rencontre de clarification» a eu lieu le 22 février entre la délégation de la CNDH et le Premier Ministre togolais Gilbert Fossoun Houngbo. Le CNDH a assuré que le rapport publié sur son site est le vrai. Pour sa part, le gouvernement togolais a annoncé sur son site: «Cela a été signifié au gouvernement qui en a pris acte, selon toujours la CNDH.»

Face au soutien de nombreuses ONG de défense des droits de l'Homme, le gouvernement togolais a reconnu le rapport de la CNDH. Pourtant, cette polémique fait planer le doute quant aux mesures qu’il doit prendre pour lutter contre la torture, s’inquiète Amnesty International.

Lu sur FIDH, IciLome, RFI, Amnesty International

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