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Burkina Faso - Coup de filet sur les «voitures-kamikazes» qui font taxis

Conduire avec des bouteilles à gaz dans son coffre sans être kamikaze, c’est possible!

Au Burkina Faso, un réseau de taximen utilisant comme combustible du gaz butane à la place du carburant a été démantelé le 21 février.

Six taxis contenant des bouteilles de 12,5 kg dans leur coffre ont été mis hors d’état de nuire. Depuis les 16 et 17 février, la police municipale de Ouagadougou a lancé l'opération «Coffre taxis».

L'objectif: arrêter tous les véhicules sillonnant la capitale avec comme combustible le très inflammable gaz butane, rapporte le quotidien burkinabais l'Observateur Paalga. 

Cette enquête est partie d’un banal contrôle de visite technique d’un taxi où l’agent a senti du gaz. C’est alors qu’il a découvert dans le coffre une bouteille de gaz avec une installation particulière.

«J’ai immédiatement donné l’ordre d’ouvrir tous les coffres des taxis qu’ils rencontreront dans la ville et c’est ainsi qu’on a saisi des taxis et nous savons qu’il y en a qui circulent encore», a expliqué au quotidien Clément Ouongo, directeur de la police municipale de Ouagadougou.

Chez les syndicats, les avis sont partagés. Pour Issouf Compaoré, secrétaire général du Syndicat national des taximen et de la solidarité, l’Etat doit autoriser cette pratique, comme c’est le cas au Ghana, ou alors baisser les prix à la pompe.

Au contraire, El Hadj Amadou Kaboré, président du syndicat des taximen de Ouagadougou s’oppose totalement à cette pratique:  

«Nous ne sommes pas d’accord avec ces taximen. Quel que soit le prix du carburant, ils n’ont pas le droit d’utiliser du gaz butane, car c’est très dangereux»

Bien que conscients du danger, les chauffeurs des taxis souhaitent pour l’instant continuer à rouler au gaz.

«La vie est dure pour nous, le gasoil est coûteux et c’est le moyen pour nous de pouvoir joindre les deux bouts. Il y a 2 ans que j’utilise le gaz pour mon taxi. Nous savons que c’est dangereux, nous avons juste besoin d’un peu de temps pour acquérir un moteur à essence et l’installer», a dit Firmin Awia, chauffeur de taxi arrêté.

«Avec la bouteille de 6 kilogrammes, qui coûte 4.000 FCFA (près de 6 euros), les taximen s’en sortent mieux. Par contre avec l’essence ou le gasoil, c’est la merde», confiait au quotidien burkinabais Burkina 24, Abdoulaye Toungara, taximan.

Alors comment arrêter cette pratique? Les rencontres organisées depuis près d’un an entre autorités et syndicats de taximen ne semblent pas suffisantes. Le directeur de la police municipale compte désormais sur une sensibilisation de la population via les médias.

 «Pour le moment, nous les inviterons à réviser le système que les garagistes ont aidé à mettre en place et à ramener cela à la consommation habituelle et nous allons les verbaliser simplement pour défaut de visite technique. Après la phase de sensibilisation, avec le ministère en charge des Transports, nous prendrons des mesures strictes».

Ouagadougou n'est pas la seule ville concernée du Burkina Faso. Cette pratique existe depuis 2008 à Bobo-Dioulasso selon Burkina 24.

En octobre dernier, sur les 757 taxis que compte la ville, plus de 300 taxis roulaient à base du gaz butane en janvier 2011, contre 240 taxis en fin d’année, rapporte Burkina 24.

Et le phénomène a gagné du terrain. Il existerait désormais des garages spécialisés dans la transformation des moteurs pour les adapter à cette nouvelle source d’énergie.

Lu sur L'Observateur Paalga

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