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Nigeria: le dernier enlèvement de Boko Haram, nouvel obstacle

Le récent enlèvement d'une centaine de jeunes filles par Boko Haram soulève des craintes sur la sécurité dans les écoles dans le nord-est du Nigeria, quatre ans après un enlèvement de masse similaire et les promesses des autorités de protéger les élèves.

La disparition des élèves de l'internat de Dapchi, dans l'Etat de Yobe, le 19 février, menace également l'accès à l'éducation des filles dans une région minée par l'analphabétisme.

Le Corps nigérian de défense et de sécurité civile (NSCDC), une agence gouvernementale para-militaire, a annoncé le week-end dernier l'envoi de 250 "agents armés" pour assurer la sécurité dans les 30 écoles secondaires publiques de Yobe. Cinq cents ont été envoyés dans l'Etat voisin de Borno et 400 dans l'Etat d'Adamawa. 

Mais pour les écolières qui ont échappé à Boko Haram en fuyant à travers la brousse, comme pour les parents des disparues, ces renforts sont arrivés trop tard à Dapchi. 

"Aucun parent ne renverra sa fille dans cette école, même ceux dont les filles ont échappé à l'enlèvement. S'ils trouvent une autre école sûre, ils iront, mais pas dans cette école car leur sécurité n'est pas garantie", affirme Alhaji Deri, dont la fille, Aisha, reste introuvable. 

Fatima Bukar, 13 ans, partage ce sentiment: "Si on me met dans une école sûre, j'irai, mais je ne retournerai certainement pas dans cette école". 

"La pensée de mes camarades enlevées ne me laissera pas en paix pour étudier. Ma s½ur aînée et dix de mes camarades de classe sont parmi les kidnappées".

- 'Manquement au devoir' -

Après l'enlèvement de plus de 200 filles dans leur école à Chibok (Etat voisin du Borno), qui avait suscité en 2014 une indignation mondiale, le gouvernement avait promis de tout faire pour protéger les établissements scolaires du nord-est de la menace jihadiste. 

Parmi les engagements alors pris figurait la "Safe Schools Initiative", lancée en mai 2014 par l'envoyé spécial des Nations Unies pour l'éducation, l'ancien Premier ministre britannique, Gordon Brown. 

Le programme a aidé près de 50.000 enfants touchés par le conflit, notamment en déplaçant des élèves scolarisés dans les zones de combat vers des régions plus sûres du pays. 

Lorsque le président Muhammadu Buhari a pris ses fonctions en 2015, la "Safe Schools Initiative" a été reprise par le Comité présidentiel sur l'initiative du Nord-Est (PCNI), qui vise à coordonner les actions humanitaires et de développement. 

Le PCNI a indiqué que ce programme a bien été "réalisé". 

Selon le porte-parole du comité, Alkasim Abdulkadir, 2.000 élèves de zones difficiles d'accès et à risques ont été transférés du nord-est vers 43 écoles du reste du pays. 

Pourtant selon plusieurs enseignants en poste dans le nord-est, rien n'a changé en termes de sécurité dans les établissements scolaires et pour le reste des élèves n'ayant pas bénéficié du programme. 

Sesugh Akame, du groupe de soutien #BringBackOurGirls mis en place après l'enlèvement de Chibok, n'a constaté "absolument aucune amélioration" depuis quatre ans. "Les écoles restent vulnérables, les administrations successives n'ont pas fait (de la sécurité) une priorité. Pourquoi? Personne ne peut l'expliquer".

- Filles touchées - 

L'action du groupe jihadiste pour imposer un califat islamique a fait au moins 20.000 morts et plus de 2,6 millions de déplacés depuis 2009. 

Boko Haram ("L'éducation occidentale est un péché") a visé les écoles laïques à plusieurs reprises et enlevé des milliers de jeunes filles utilisées comme épouses de combattants ou bombes humaines.

Selon l'Unicef, près de 1.400 écoles ont été détruites et plus de 2.295 enseignants ont été tués au cours des neuf dernières années. 

Hormis Chibok, plusieurs attaques d'envergure ont visé des écoliers, notamment en février 2014, quand 43 garçons avaient été tués à Buni Yadi (Etat de Yobe). 

De telles attaques, le traumatisme et les longues fermetures d'établissements n'ont guère contribué à améliorer les faibles niveaux d'éducation. 

Dans le Nord-Est, 52,4% des hommes et des garçons de plus de six ans n'ont jamais été à l'école, selon une ONG nigériane. Ce chiffre grimpe à 61,1% pour les filles.

Plus largement au Nigeria, quelque 8,7 millions d'enfants âgés de six à onze ans - dont cinq millions de filles - ne sont pas scolarisés.

"Les parents seront (encore) plus réticents à permettre à leurs filles d'aller à l'école" après l'enlèvement de Dapchi, estime Yagana Mustapha, 15 ans, qui fait partie des rescapées.

enlèvement

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